XLI. Indignation des Lombards
Avant que le roi sortît de Canosse, le pape envoya Eppon, évéque de Ceitz, pour absoudre ceux qui avoient communiqué avec ce prince avant son absolution, de peur qu'il ne retombât dans l'excommunication en communiquant avec eux (1). Mais, quand l'évêqueeut exposé aux Lombards le sujet de sa venue , ils s'emportèrent furieusement contre lui de paroles et de gestes, empêchant par des cris moqueurs qu'on n'écoutât ce qu'il disoit de la part du pape, elle chargeant des injures les plus infâmes. Ils déclarèrent qu ils ne comptoienl pour rien l'excomnmnication d'un homme que tous les èvêques d'Italie avoient excommunié luimême, qui avoit usurpé lesaint-siége par simonie, et l'avoil déshonoré par des homicides, des adultères et d'autres crimes capitaux. Que le roi s'étoit couvert d'une honte irréparable , se soumettant à un hérétique chargé de toutes sortes de crimes , trahissant indignement l'Eglise et l'étal, dont ils avoient cru qu'il seroit le protecteur , et les abandonnant honteusement, après que pour le venger ils s'étoient si hautement déclarés contre le pape. Les discours des seign -urs lombards répandus parmi le peuple excitèrent bienlôt une grande haine ccmtre le roi; et elle vint à un tel point , qu'ils résolurent unanimement de le rejeter, et de reconnoître pour leur roi s(m fils, encore enfant, de le mènera Rome, et d'y élire un autre pape, qui le couronneroil empereur et c^sseroit tout ce qu'avoit fait Hildebrand.
Le roi ayant appris cette conspiration envoya tout ce qu'il avoit auprès de lui de seigneurs pour apaiser les Lombards, à quelque prix que ce fût , en leur représentant qu'ils ne dévoient pas prendre à injure ce qu'il n'avoit fait que dans une extrême nécessité , ne pouvant satisfaire autrement les seigneurs allemands qu'en se faisant absoudre avant le jour désigné. H arrêta ainsi le premier mouvement de la révolte, mais la plupart des seigneurs lombards se retirèrent de son armée sans congé ; les autres le reçurent , mais avec peu de respect, témoignant ouvertement leur
mépris de sa légèreté , et leur indignation de ce qu'il avoit trompé leurs espérances. H éprouvoit le mrme mépris des peuples dans toutes les villes où il passoit ; et il crut enfin que le seul moyen d'apaiser les Lombards et de regagner leur affection , étoit de rompre le traité qu'il venoit de faireavecle pape, comme il fit au bout d'environ quinze jours. Il commença donc à rappeler auprès de lui Ulric de Cosheim et ses autres confidents , que le pape avoit excommuniés ; et dans l'assemblée des seigneurs il déclamoit continuellement contre le pape , l'accusant d'être auteur de tous les troubles dans l'Eglise et dans l'état, et exhortant les Lombards à se venger sous sa conduite des injures qu'ils en avoient reçues, il les apaisa nsi , et ses troupes augmentoient tous les jours.