LIVRE SOIXANTE-DEUXIEME
roi ne vouloit pas recevroit avec une grande alîcction , et leur donneroit toute sorte de commodités et de secours pour célébrer un concile et régler les affaires ecclésiastiques. Ce comte étoit sans doute Thibaut III , comte de Champagne ; et quant à l'êvêque de Langres, c'étoit Rainard, surnommé Hugues, frère de Milon, comte de Tonnerre et de Bar. Cet évéque avoit un bel esprit , beaucoup de science et d'éloquence, car il avoit particulièrement étudié la rhétorique, et il étoit de bon conseil (1).
Le pape continue : Voyez donc avec révéque ée Langres où il sera plus à propos de tenir le concile; appelez-y l'archevêque de Reims, et le plus que vous pourrez d'archevêques et d'évêques de France, et y terminez premièrement la cause de l'évêque dv* Cambrai , puis les affaires des évtk|ues de Chàlons, de Chartres , du Puy et de Clermont , et du monastère de Saint-Denis , en sorte que nous n'en soyons plus fatigués. Nous voulons aussi que vous fassiez assister au concile notre vénérable frère Hugues, abbé de Clugny, étant assures de sa vertu et de son intégrité. Au reste , vous aurez soin de dénoncer expressément dans ce concile qu'aucun métropolitain ni aucun évéque n'impose les mains à celui qui aura reçu le don de l'évêché d'une personne laïque, et qu'aucune personne puissante ni autre ne s'ingère à faire de pareils dons , sous peine d'encourir les censures portées par le pape Adrien dans le huitième concile. Vous ferez confirmer ce décret par tout le concile , et, si quelqu'un reçoit ensuite l'investiture , vous lui ordonnerez de nous en venir rendre raison. Cette lettre est du douzième de mai mil soixanle-dix-sept.
Quant aux évêques qui y sont nonuués , celui de Chàlons étoit Roger 111, tils de Herman de Thuringe, comte de Hainaut. Dès le premier concile que le pape Grégoire VU tint à Rome, en mil soixante-quatorze, il l'avoit cité pour répondre à la plainte que son église avoit déjà plusieurs fois réitérée contre lui , et l'avoit menacé de déposition ; toutefois , il tint ce siège jusqu'en l'an mil quatre-vingt-treize, qu'il mourut. L'évêque de Chartres étoit Robert, qui, étant moine, avoit envahi cette église par ambition, et, après avoir juré sur le corps de saint Pierre, au mois d'avril mil soixante-seize, qu'il la quittèrent, s'étoit parjuré en refusant de le faire , lorsqu'il en fut admonesté par le légat. C'est pourquoi le pape écrivit au clergé et au peuple de Chartres de ne le pas reconnoitre pour évéque ni pour seigneur, et d'en élire un autre (2). Il en écrivit
■1^ Chr. Virdun. p. l'JO.
Gall. Christ (2) Gall. Ciii*. lo X, p
."jOi : lib. î, E;;i3l sa-, lo. \, Conc. p. ;i5;; iv, Epi&l. 14; IV, Epist. 15.
avoientùlè. Ces deux lettres sont du quatrième de mars mil soixante-dix-sept. J'ai parlé d'Etienne de Polignac, évéque de Clermont, qui avoit usurpé révê( hé du Puy. Enfin , l'abbé de Saint-Denis étoit Yves , contre lequel il y avoit déjà eu des plaintes portées à Rome deux ans auparavant (1).
Manassès avoit succédé à Gervais dans le siège de Reims dès l'année mil soixante-huit, et s'étoit rendu odieux par son entrée simoniaque, la dissipation du trésor de l'église, les vexations contre ses clercs, qu il dépouilloit de leurs biens, l'usurpation des abbayes, les excommunications injustes. H étoit noble, mais sans politesse, plein de faste, violent et emporté, affectant la (ompagniede la noblesse et méprisant le clergé. Il dit un jour que l'arcbevéclié de Reims seroit un beau bènèlice s'il n'obligeoit à chanter des messes. Dès l'année mil soixante - treize, le pape Grégoire Vil l'ayant repris de ce qu'il usurpoit les biens de Saint-Remi , il la donna à (iuillaume, abbé de Saint- Arnoul (ie Metz, homme de mérite • mais il la lui (Ma ensuite, ce qui donna occasion à l'abbé Guillaume de lui dire ses vérités avec une grande liberté. Eu mil soixante-seize, sur les plaintes de plusieurs personnes qui se prétendoient injustement excommuniées par l'archevêque, le pape donna conmiission à Joffroy, évéque de Paris, d'examiner leurs ciiuses sur les lieux, et, s'il les trouvoit justes, les absoudre par Tautorité du saint-siège (2).