‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1512 sur 2407 · XLVII. Concile d'Autun · texte numérisé non relu

XLVII. Concile d'Autun

En exécution des ordres du pape , le légat Hugues, évéque de Die, assembla un concile à Aulun la même année mil soixante-dix-sept, du consentement de Hugues P", duc de Bourgogne (:{). 11 s'y trouva plusieurs évêques et plusieurs abbés de France ol de Bourgogne , accompagnés de clercs et de moines, et on y traita de plusieurs affaires ecclésiastiques. INÏanassès y fut accusé par le clergé de Reims comme simoniaque et usurpateur de ctîtte église; et il fut suspendu de ses fonctions, parce que , ayant été appelé au concile pour se justitier, il n'y comparut point. Quand les chanoines de Reims qui l'avoient accusé retournèrent du concile, il leur tendit des embûches, et entln brisa leurs maisons, pilla leurs biens et vendit leurs prébendes. Ensuite , ayant reçu des lettres du pape pour aller se purger dans un concile avec six évêques , il prit le chemin de Rome.

Clj Sup.n.îSji, Ep ni.

(2) I, Kp 13, li. (;uil.

Ep. lo. 1. Analect. p. 251,

de Ep. IV, 20.

(3' To. X, p. 36, ex Clir.

Virdun, p. 13y.

L'église de Lyon étoit vacante par la retrait de l'archevêque llumbert, qui , ayant été chasso comme simoniaciue , s'étoit fait moine à Saint- Claude dans le numt Jura. C'est pourquoi , à la cinquièmejournée du concile d'Autun, Gébouin, archidiacre de Langres , qui accompagnoit son év(Hiue, fut élu archevêque de Lyon , suivant le désir des clercs et des laïques de la même église qui éloient présents, et du consentement de tout le concile. C'étoit un homme de grande probité et de mœurs exemplaires ; on le tira de f autel où il s'étoit réfugié, et on le garda pour être sacré le dimanche suivant. L'évêque de Langres et ceux de son clergé qui étoient présents furent alUi^^és de ce qu on leur enlevoit un H bon sujet ; et le lendemain , sixième jour du concile, l'évêque se leva au milieu de l'assemblée et lit un discours éloquent, où il se plaignit qu'on lui avoit arraché son œil droit, suivant le style des canons , qui nomment l'arcbidiacre l'œil et la main de révêque.

Ensuite il fwirla du monastère de Saint-Réuigue de Dijon, dont l'abbé, Adalbéron , étoit mort la même année. Ce monastère étoit fort déchu drpuis la mort de l'illustre abbé Guillaume. 11 avoit perdu une grande partie de son temporel par la négligence des abbés et la violence de Robert , premier duc de Bourgogne, aïeul de Hugues, alors régnant, et la diminution du temporel avoit attiré le relâchement de l'observance (1). L'évêque de Langres représenta donc le triste état de ce monastère, d'où autrefois on avoit tiré des prélats pour plusieurs églises, etoù il ne se trouvoit pas même alors un sujet capable de le gouverner. Le légat lui ayant dit de nommer celui des assistants qu il croyoil «ligne de cette place, il demanda Jarenlon, prieur de la Chaise- Uieu, qui étoit venu au concile se plaindre des injustices que l'on faisoit à son monastère, et l'évêque de Langres, qui l'avoit connu séculier, avoit été fort édiliè de sa conversion. Après gue l'évêque l'eut demandé , il s'eflorca de s'en- Uiir secrètement à la faveur du tumulte que faisoient les moines de sa suite pour s'opposer à cette élection; mais, comme il s'échappoit, il fut pris pleurant et sensiblement affligé , et ramené dans le concile, où on le remit à l'évêque de Langres qui le sépara des siens et le fit garder soigneusement. Les moines de Saint-Bénigne donnèrent leur consentement; et le dimanche suivant, dix-septième de septembre mil soixante-dix-sept, Gébouin fut sacré archevêque de Lyon par le légat, et Jarenton fut béni comme abbé de Saint-Bénigne par l'évêque de Langres , puis le concile se sépara.

On jugea dans ce concile d'Autun plusieurs autres évêques de France, comme il paroit par une lettre du légat Hugues de Die, où il en rend compte au pape en ces termes (2) :

(1) Sup. liv. Lix, : 22. (2; Tom. x, Concil. p. 364

Nous vous prions de vouloir bien nous écrire votre sentiment touchant la disposition des églises de Reims , de Bourges et de Chartres. Sachez aussi que le prétendu évéque de iVoyon, étant menacé d'un examen public , nous a confessé sa simonie en présence des évêques de Laon , de Langres et de quelques autres ; c'est pourquoi il nous a promis sur les Evangiles de quitter cette église quand vous l'ordonnerez. L'évêque de Sentis, ayant reçu l'investiture de la main du roi , a été ordonné par cet hérésiarque de Reims contre votre défense. L'évêque d' Auxerre , ordonné avant l'âge , n'a pas pris linvestiture delà main du roi, quoiqu'il ait gagné ses bonnes grâces. C'étoit Robert, fils du comte de Nevers et proche parent du roi (1).

La lettre continue : Quant à l'archevêque de Sons , je crois que vous aurez déjà appris l'injure qu'il a faite à votre autorité en notre légation. L'archevêque de Bordeaux , ayant été appelé l'année passée au concile de Clermont, ny vint point, et ne s'en excusa point canoniquement : c'est pourquoi il y fut suspendu; mais il n'a pas laissé d'exercer ses fonctions au mépris de notre censure. Etant encore appelé au concile d'Autun, nous l'avons suspendu parce qu'il ne nous a point envoyé d'excuse. Nous vous prions donc de nous écrire ce que vous voulez faire sur tous ces chefs.

Nous vous prions instamment de nous envoyer par l'évêque de Valence le pallium pour l'archevêque de Lyon, afin d'autoriser son ordination contre les hérétiques qui en murmurent et se prévalent de l'indignation du roi. Il iroit lui-même se présenter à votre sainteté, si son église, abandonnée depuis long-temps, pou voit souffrir son absence. Ordonnez à l'évêque de Valence, et lui faites promettre de se trouver dans son église à la Saint-Jean, comme nous en sommes convenus, parce quil paroit très-pro[.re à combattre l'arrogance des gens de la province. Nous vous recommandons, comme un défenseur sincère de la foi catholique, Manassès, notre ami en Jésus-Christ, qui, dans le concile de Clermont, quitta entre nos mains la prévôté de Reims qu'il avoit mal acquise, et Bruno, très-digne docteur de la même église. Ils méritent que vous les souteniez par votre autorité, parce qu'ils ont été maltraités pour le nom de Jé.sus-Christ : ainsi ils pourront vous donner conseil et vous aider en France pour la cause de Dieu. Ce Manassès étoit fils d'un seigneur de même nom , qui étoit vidame de Reims, et il en fut archevêque vingt ans après. Bruno, natif de Cologne, étoit recommandable dès lors par sa doctrine et sa vertu , et devint ensuite bien plus illustre par l'ordre des chartreux, dont il fut le fondateur. Ces deux étoient les principaux accusateurs de l'anhevêque Manassès. A la fin de la lettre , le légat Hugues marque qu'il dcvoit

(1) Hist. Kpisc. Auîiss. c. 52.

HISTOIRE DU CHRlSTI/lJNlSME.

An (IcJ.-C. 1077.

AndeJ.-C. i019.]

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