‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1514 sur 2407 · XLIX. Affaires de France · texte numérisé non relu

XLIX. Affaires de France

Il écrivit depuis son retour une lettre adressée à Richer, archevêque de Sens , à Richard de Bourges et à leurs sutîragants , où il dit (ii) : Vous savez combien Rainier, évéque d'Orléans , s'est montré désobéissant contre le saintsiége , et vous n'ignorez pas les exc'^.s dont on l'accuse ; car on dit qu'il a envahi cette église sans élection valable du clergé et du peuple , quoiqu'il n'eût pas l'âge légitime, et qu'il a vendu les archidiaconés et les abbayes. Nous l'avons appelé jusqu'à trois fois pour s'en justifier, sans qu'il ait seulement daigné envoyer personne pour proposer ses excuses ; et, après que nous l'avons suspendu et excommunié , il n'a pas laissé de faire les fonctions épiscopales. Il a même permis à ses gens de tenir longtemps prisonnier celui qui portoit nos lettres. C'est pourquoi nous vous enjoignons de vous assembler au lieu que vous jugerez le plus convenable, où vous l'appellerez pour répondre sur ces chefs. Que si dans quarante jours il n'y vient pas , ou ne se purge pas canoniquement , nous le déclarons déposé sans espérance de restitution. Vous publierez cette sentence , et mettrez à la place de Rainier Sanson , dont vous m'avez écrit. C'étoit un ecclésiastique que le clergé et le peuple d'Orléans, au moins une partie , avoit élu pour évéque. Le pape écrivit une lettre conforme à Rainier lui-même ; et , par deux lettres de l'année précédente, il paroît qu'il avoit déjà été accusé devant Alexandre II. Toutefois, l'élection.de Sanson n'eut pas

(1) Domniz. Chr- Cassin. (2) Lib. v, Ep. 8. Ub. IIJ, c. 49.

d'effet, et Rainier étoit encore évoque d'Orléans en mil quatre-vingt-deux (1).

Le concile de Poitiers, indiqué pour le quinzième de janvier mil soixante-dix-huit, se tint en effet, elle légat Hugues, évéque de Die, en rendit aussi compte au pape. Nous avons essuyé plusieurs périls en allant à ce concile , et plusieurs oppositions dans le concile même (2j. Le roi de France m'a voit d'abord écrit des hêtres par lesquelles il témoignoil un grand plaisir d'honorer et d'appuyer notre légation ; mais ensuite il écrivit au comte de Poitiers , lui défendant, par la fidélité qu'il lui devoit,de souffrir que nous tinssions un concile dans ses états, et aux évéques de sa dépendance de s'y trouver , prétendant que nous voulions ternir le lustre de sa couronne et des seigneurs de son royaume. Cette conduite du roi encouragea les ennemis de la vérité à nous insulter, et détourna de nous ceux qui étoient bien disposés. Car l'archovc^iue de Tours, la peste et l'opprobre i\o l'Eglise, et l'évéque de Rennes avec lui , s'étoient presque rendus maîtres de tout le concile. 11 marque ensuite les reproches qu'il y avoit contre ces deux piélats, particulièrement contre l'archevêque , accusé de simonie ; puis il ajoute : Ils avoient presque attiré l'archevêque» de Lyon à leur parti ; et, comme il parloit pour eux, leurs serviteurs, ayant rompu à coups de haches les portes de l'église, entrèrent à main armée, et troublèrent le concile. JNotre frère Teuzon pensa être tué dans ce tumulte. Nous demeurâmes en petit nombre, honteusement abandonnés, et l'archevêque de Tours se retira insolemment avec ses suffragants.

Le lendemain, le concile s'assembla dans l'église de Saint-Hilaire ; et, comme l'archevcHjue ne nous faisoit aucune satisfaction de cette insulte, nous le suspendîmes de ses fonctions ; il appela au saint-siège, et nous vous le renvoyâmes. L'abbé de Bergues en Flandre fut accusé de sinjonie et déposé. L'archevêque de Besançon ne se présenta ni au concile d'Aulun ni à celui de Poitiers , et n'y envoya point d'excuse. Nous vous avons envoyé l'évéque de Beauvais, accusé de simonie, celui de Noyon, et l'usurpateur du siège d'Amiens avec ceux qui l'ont ordonné. A la fin de la lettre, il ajoute : Que votre sainteté ne nous expose pas plus long-temps à recevoir des affronts. Car les coupables que nous avons condamnés courent à Rome ; et, au lieu d'être traités plus rigoureusement comme ils le mériteroient , on leur fait grâce, et ils en deviennent plus insolents.

On attribue à ce concile de Poitiers dix canons, dont le premier défend aux évêques et aux autres ecclésiastiques de recevoir les investitures des rois ou des autres laïques, ni aux laïques de les donner, sous peine d'excommunication et d'interdit des églises. Défense d'avoir deux prèlatures, deux prébendes , et ,

(1) V. Ep. 9; IU,Ep. 7; p. 2i5.

IV, Ep. 9. Gai. Chr. lo. 2, (2} To. x, p. 306.

comme nous parlons aujourd'hui , deux bénéfices. Défense aux. abbés et aux moines d'imposer des pénitences , sinon par commission de l'évéque. Les abbés seront prêtres aussi bien que les archiprêtres , les archidiacres seront diacres ou perdront leur dignité (l).

Page 1