LVI. Afliiires de Dol en Bretagne
Le pape Grégoire avoit renvoyé à son légat, Hugues de Die, le différent entre Evenou Ivon évêque de Dol en Bretagne, et Johonée, soiî prédécesseur (3). Ce dernier étoit entré dans ce siege par simonie, en donnant au comte Alain de grands présents , au vu et su de tout le monde; et, depuis son épiscopat, il s'étoit marie publiquement, et avoit plusieurs entants. Quand ses tilles étoient venues en âo-e d'être mariées , il leur avoit donné en dot des terres de l'Eglise. Le pape, Nicolas II, averti de ce scandale, avoit cité à Rome Johonée, mais inutilement ; Grégoire VII le déposa , et 1 eghse de Dol lui envoya , pour être ordonné a sa place, unjeune homme, nommé Geldouin, chanoine de Dol , qu'ils avoient élu (4). Il étoit de grande naissance et de bonnes mœurs; mais, comme il n'avoit pas l'âge porté par les canons ni la maturité nécessaire pour l'épiscopat, le pape Grégoire refusa de l'ordonner; et, du consentement de Geldouin même ci de ceux qui l'accompagnoient , il ordonna,
(1) Orderic. lib. iv, an.
1073. Hist.S. Mart.Tornac.
lo. il, Spicil. p. 40i.
(2} Berlhold. an. t077.
(3) Acta ap. Martenn.
(4) P. 56, iiS. Greg- Vf, Ep. 4. Argentré, liv. m, c.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[ An deJ.-C. 1078.
évéque de Dol Even , abbé de Saint-Mclagnc, qui étoit de la même dépulation , homme sage et vertueux. Il ne s'altendoit à rien moins, et il fallut le forcer à accepter l'épiscopat : c'est ce qui paroît par la lettre du pape au clergé et au peuple de Dol , en date du vingt-septième de septembre mil soixante-seize, et par la lettre à Guillaume, roi d'Angleterre, dont la Bretagne relevoit , étant un arricre-fief de la Normandie.
Comme l'évéque de Dol étoit en possession depuis deux cents ans du titre d'archevêque, et de la juridiction sur les évêques de Bretagne, le pape lui donna le pallium, et écrivit à tous les évéques de la province de lui rendre obéissance, sans préjudice toutefois des droits de Tarchevéque de Tours, qui se prétendoit toujours métropolitain de la Bretagne. Cette précaution n'empêcha pas que Raoul , archevêque de Tours , ne se plaignît de ce que le pape avoit accordé le pallium à l'évêque de Dol, sur quoi le pape lui répondit (1) : Les sei«;neurs du pays, ayant envoyé nous demander un evêque pour ce siège , et déclaré qu'ils vouloient renoncer à l'ancien abus de donner 1 investiture et de prendre de l'argent pour l'ordination des évêques , nous avons reçu leur offre avec joie , et avons cru leur devoir accorder ce qu'ils demandoient. Mais vous pouvez voir par nos lettres les précautions que nous avons prises pour conserver la dignité de l'église de Tours. C est pourquoi vous devez attendre, sans murmurer, l'examen et la décision de cette affaire, qui se fera bientôt, comme nous espérons, soit sur les lieux, soit à Rome, en notre présence.
Johonée chassé de Dol, s'efforçoit toujours d'y rentrer , se plaignant d'avoir été déposé injustement , et fit écrire au pape en sa faveur par le roi d'Angleterre, à qui le pape répondit : Nous croyons cette affaire terminée; mais, pour vous montrer l'attention que nous faisons à votre prière, et de peur d'avoir été surpris , ce que nous ne croyons pas , nous avons résolu d'envoyer sur les lieux Hugues, évêque de Die, Hubert, sous-diacre de l'église romaine, et le moine Teuzon , qui a déjà pris connoissance de cette affaire , pour l'examiner encore soigneusement et vous la faire connoitre , ne doutant point que vous ne vous rendiez à ce que demande la justice, car nous savons que vous êtes principalement recommandable par cette vertu. La lettre est du vingt-unième de mars mil soixante-dix-sept. L'année suivante, le pape écrivit à quelques seigneurs bretons, que l'archevêque Even s'étoit présenté à liii, mais que la cause n avoit pu être jugée par l'absence de son compétiteur (2). C'est pourquoi, ajoute-t-il, nous avons envoyé toute cette affaire à Hugues de Die, notre légat , qui doit célébrer un concile
(1 Sup. liv.xLViu, n.4i; («) iVjEp. 17;y, Ep.23. Y,Epi8..5;IV,Episl. 13.
en France , où nous vous prions de faire assister les évêques , les abbés et les autres personnes nécessaires pour faire terminer ce différent. La lettre est du vingt-deuxicme de mai mil soixante-dix-huit.