‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1523 sur 2407 · LIX. Hugues, duc de Bourgogne, moine · texte numérisé non relu

LIX. Hugues, duc de Bourgogne, moine

Vers la fin de la même année mil soixantedix-huit, Hugues, duc de Bourgogne, se rendit moine à Clugny. 11 ètoit petit-lilsde Robert, fils du roi Robert, et premier duc de Bourgogne de la maison de France. Hugues, lui ayant succédé en mil soixante-quinze, gouverna le duché environ trois ans ; puis, touché du désir de son salut, il quitta le monde, et se retira à Clugny, sous la conduite de l'abbé Hugues, son parent (3). 11 fut principalement excité à se retirer par l'exemple de Simon, comte de Crespi en Valois, un des plus puissants seigneurs de France, qui, deux ans auparavant, persuada à son épouse, la nuit de ses noces, de se consacrer à Dieu, el, ayant renoncé à fout, s'alla rendre moine à Sainl-Claudc en Bourgogne, et y mourut saintement le dernier jour de sep-

(1) Curopal. p 860. Ep.

apud r>aron. an. 1071. Ibid.

an. 1073.

(2) Curopal. Sai.

(3) JVlabil. l. Sa:c.O, par.

tembre mil quatre-vingt-deux, après avoir fondé dix ou douze monastères. Le pape, ayant appris la retraite du duc de Bourgogne, en écrivit en ces termes à l'abbé de Clugny (1) : Pourquoi , mon cher frère , ne considérez-vous pas en quel péril est l'Eglise ? où sont ceux qui résistent aux impies, et qui ne craignent point de mourir pour la vérité? Les hommes qui semblent aimer Dieu abandonnent la guerre de Jésus-Christ, et, sans se mettre en peine du salut de leurs frères , ils cherchent le repos , et n'aiment qu'eux-mêmes. Les pasteurs s'enfuient, et même les chiens qui devroient défendre le troupeau ; ainsi les loups el les voleurs ne trouvent plus de résistance. Vous avez enlevé ou du moins reçu ce duc dans le repos de Clugny, et vous avez laissé cent mille chrétiens sans protecteur. Que si vous avez été peu touché de nos exhortations, pourquoi nel'avezvous pas été des larmes des veuves et des orphelins, du murmure des moines et des prêtres, delà ruine des églises? On trouve assez de moines et de particuliers craignant Dieu , mais à peine trouve-t-on un bon prince. Cette lettre est du second jour de janvier mil soixante-dixneuf.

Elle montre en quelle estime étoit le duc de Bourgogne, tant auprès du pape que du public; et on voit par plusieurs chartes le soin qu'il eut de restituer aux églises ce que son pi-re et ses ancêtres leur avoient ôté. Pendant les trois ans qu'il gouverna son état, il fut par sa justice l'amour de gens de bien et la terreur des méchants; mais, depuis qu'il eut embrassé la vie monastique, il fut par son humilité l'admiration de tout le monde, s'abaissant audessous des personnes les plus viles, et jusqu'à graisser les souliers des tréres. Il persévéra constamment pendant quinze ans, et mourut l'an mil quatrtvvingt-treize. Vers le même temps, et suivant le même exemple de Simon de Crespi, Guy, comte de Màcon, se donna aussi à Clugny avec ses enfants, en sorte que ce comté fut réuni au duché de Bourgogne, qui passa à Eudes, surnommé Borel, frère de Hugues.

Page 1