LVIII. Michel Parapinacp déposé. Nicéphore Bolaniale
empereur. '
L'emp«»reur de Conslantinople, qui fut excommunié en ce concile, éloit Aicéphore Rotaniate, regardé en Italie comme usurpateur Le jeune empereur IVlichel Parapinace régna SIX ans et demi, pendant lesquels les Turcs Seljouquides , profitant de sa foiblesse, firent de grands progrès en iXalolie (3). Car, tandis que ce prince s'amusoit à des jeux d'enfant ceux qui gouvernoient sous son nom rompirent le traité fait par Romain Diogène avec les Turcs, qui , en étant irrités , et du traitement indigne que les Grecs avoient fait à cet empereur, entrèrent sur leurs terres, battirent plusieurs fois leurs armées, et firent de grandes conquêtes. Cependant l'empereur fa isoit des vers , et composoit des harangues suivant les instructions de Psellus, lepljs grand philosophe du temps; car ce mot ne signifioit alors qu'un homme de lettres. Ce mauvais gouvernement causa deux révoltes en même temps : celle de JNicéphore Rrienne en Occident, et celle de Nicéphore Rotaniate en Orient, lis furent tous deux proclamés empt^eurs dans leur parti, mais Rotaniate l'emporta.
Il étoit Curopalate , et fut déclaré empereur le premier d'octobre mil soixante-dix-sept, ludiction première; et, étant appuyé par les Turcs, il marcha vers Conslantinople, où il fut proclamé le jour de T Annonciation, vingtnnquème mars mil soixanU'-dix-huit, par Einilien, palriarched'Antioche,elle métropolitain d'Icone, du consentement du clergé et du sénat (4). Ils déposèrent l'empereur Michel, qui
^1) VI, Ep. 10. (3) Sup. liv. LiX, ti. i
(2) Chr. Cûss. II, c. 46; Curopal. p. 845 ^'' ^^P 7. (4) l\ «.«iT, 861, 802.
s'en étoit fui au palais de Blanquernes avec lilarie, son épouse, et leur fils Constantin Porphyrogenèle; ils l'envoyèrent sur un méchant cheval au couvent de Slude , pour y mener la vie monastique. C'étoit le samedi du Lazare selon les Grecs , c est-à-dire la veille du di'raanche des Rameaux, dernier jour de mars. Enfin JNicephore Rotaniate entra à Conslantinople le mardi de la semaine sainte et fut couronné par le patriarche Côme. '
Jean Xiphilin éloit mort le second jour (laout mil soixante -dix -sept, après avoir tenu le siège de Conslantinople onze ans et sept mois. La conformité du nom lui a fait attribuer l'abrégé de 1 histoire romaine de Dion Cassius; mais l'auteur dit lui-même qu'il eloit neveu du patriarche. Ce qui nous reste de plus considérable de ce prélat , sont trois constitutions sur des matières ecclésiastiques La première du vingt-sixième d'avril, 1 an du monde six mil cinq cent soixante -quatorze de J.-C. mil soixante-six, qui étoit la première année du patriarcat de Xiphilin. Il fit celte constitution dans un concile, où assistèrent vingt -huit, tant métropolitains qu archevêques, et elle contient un règlement sur les liançailles, savoir, qu'encore que le mariage ne s en soit point ensuivi, les fiançailles légitimement contractées ont le même effet que le mariage, pour prcxluire une affinité qui empêche de contracter mariage avec les parents de l'autre partie, ou pour rendre un clerc bigame et par conséquent irrégulier. Celte constitution synodale fut ensuite confirmée en mil quatre-vingt par une bulle d'or de l'empereur J\icéphoreRo:aniale. La seconde constitution de Xiphilin , qui n'est qu'une confirmation de la première, fut faite l'année suivante, mil soixante-seize, dans un concile de quatorze, tant métropolitains qu'archevêques (1). La troisième est une ordonnance du patriarche seul, en date du mardi seizième de février indiction huitième, qui est l'an mil soixanledix-huit; il y parle ainsi : Vovant plusieurs d entre les ecclésiastiques et Wmoines soutenir les causes d'autrui, et postuler tant au tribunal séculier que dans l'ecclésiastique, et jugeant que celte conduite est illégitime et éloignée de l'usage de l'Eglise, nous ordonnons qu'à l'avenir aucun moine ou ecclésiastique ne plaide pour un autre dans aucun tribunal; car c'est manifestement une action mercenaire; et nous ne la laisserons point impunie. Si ce n'est que dans une cause ecclésiastique, on prenne par notre ordre la défense de l'une des parties. Et sera lue la présente ordonnance à tous les juges séculiers, afin qu'ils n'admettent point ces personnes à postuler devant eux.
A la place de Jean Xiphilin , l'empereur Mi-
(1) Liv. LVf,n. 5*.Anna Jus Grecj Rom. p. 211,121, Comn. liv. Li, p. 75.Zonar. 212,214.
liv. wiii, n. 18-, p. 71, A.
HISTOIRE DU CHIUSTIAWISME
[.\ndfiJ.-C. 1079.
chel Parapinace mit sur le siéiçc de Conslantinople Côme, venu de Jérusalem, qu'il honoroit sinj^ulicremenl pour sa vertu, quoiqu'il n'eût aucune teinture des lettres humaines; et il tint le siège de Constantinople cinq ans et neuf mois. Emilien, patriarche d'Antioche, mourut aussi peu de temps après, et JNicéphore, surnommé le Maure, lui succéda. Théophy lacté, archevêque d'Acride en Bulgarie, vivoitdu même temps, c'est-à-dire depuis le règne de Romain Diogène jusqu'à celui de INicéphore Bolaniate. Il ètoit de Conslanlinople, et regardoit comme un exil d'être obligé à passer sa vie chez des barbares (1). C'est ce qui paroit par ses lettres, où l'on voit aussi combien l'église de Bulgarie eut à souffrir dans l'irruption des Serviens ou Croates, et combien les évèques étoient maltraités, tant par les magistrats et les receveurs des impositions, que par les autres mauvais chrétiens. Théophylacle est principalement célèbre par ses commentaires sur les saintes Ecritures, qui ne sont guère que des extraits de saint Jean Chrysostùme. Il a commenté les Evangiles, les actes des apôtres, les èpitres de saint Paul, et quatre des petits prophètes. INous avons aussi de lui une instruction pour un prince, adressée au jeune Constantin, fils de l'empereur Michel Parapinace, dont il ètoit précepteur.
L'empereur JNicéphore, étant devenu veuf, épousa l'impératrice Marie, femme de Michel, son prédécesseur, quoiqu'il fût encore vivant (2). Aussi le prèlre qui leur avoit donné la bénédiclion nuptiale lut déposé. Quant à l'empereur Michel, depuis qu'il eut embrassé la vie monastique, il fut ordonné métropolitain d'Ephèse, par une concile ; mais il n'y alla qu une seule fois, et revint à Constantinople dans le monastère de Manuel, où il finit ses jours.