‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1525 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-DELXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-DELXIEME

(1) V, Ep. 17.

(2) To. 10, p. il8. Mabill. Pr«fal. S»c. 0, n. 28,

itO, etc. Anonyra. to. I.x, Conc. p. 1051.

le pain et le vin est changé substantiellement au corps de JNotre Seigneur, qui est né de la vierge , et qui a été attaché à la croix, et au sang qui a coulé de son côté ; et ils le prouvoient par les autorités des pères, tant grecs que latins; quelques-uns toutefois disoient que ce n'étoit qu'une ligure, et que lecorps substan tiel est assis à la droite du pére.Mais, avant la troisième journée du concile, ils furent si clairement convaincus, qu'ils cessèrent de combattre la vérité; et que Bérenger lui-même, qui enseignoit cette erreur depuis si longtemps, confessa en plein concile qu'il s'étoit trompé , demanda pardon et l'obtint, en faisant la profession de foi suivante :

Moi, Bérenger, je crois de cœur et confesse de bouche que le pain et le vin qu'on met sur l'autel sont changés substantiellement par le mystère de l'oraison sacrée et les paroles de notre rédempteur, en la chair vraie , propre et vivifiante, et au sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, et qu'après la consécration c'est son véritable corps qui est né delà vierge, qui a été offert sur la croix pour le salut du monde, et qui est assis à la droite du père ; et le vrai sang de Jésus-Christ qui a coulé de son côté , non-seulement en signe et par la vertu du sacrement , mais en propriété de nature et vérité de substance ; comme il est contenu dans cet écrit que j'ai lu et que vous avez entendu. Je crois ainsi, et je n'enseignerai plus rien de contraire à cette foi. Ainsi , Dieu me soit en aide et ses saints Evangiles. Alors, le pape défendit à Bérenger, de la part de Dieu, de jamais plus disputer touchant le corps et le sang de ISotre Seigneur, ni d'instruire personne sur ce mystère, sinon pour ramener ceux qu'il avoit induits en erreur.

Entre ceux qui disputèrent contre Bérenger en ce concile, on nomme deux savants moines. Bru non , depuis évêijue de Seigny, et Albéric du mont Cassin (1). Après le concile , le pape renvoya Bérenger avec des lettres de sauf-conduit, par lesquelles il menaçoit d'anathème tous ceux qui lui feroient injure en sa personne ou en ses biens , ou qui l'appelleroient hérétique ; et il envoya avec lui un clerc de sa maison, nommé Foulques. Il écrivit aussi à Raoul, archevêque de Tours, et à Eusébe, évêque d'Angers , afin d'ordonner de sa part à Foulques, comte d'Anjou , de ne plus persécuter Bérenger. Mais à peine fut-il arrivé en France, qu'il publia un écrit contre la dernière profession de foi qu'il venoit de faire à Rome , et cet écrit se trouve encore. Eusébe , évêque d'Angers, avoit renoncé à l'erreur de Bérenger dès l'an mil soixante-deux par une profession de foi , contenant nettement la doctrine de l'Eglise ; et il ne paroit point avoir été depuis soupçonné de cette erreur.

En ce même concile, que l'on compte pour

(1) Tom. .\,Conc. p. 410. Lx, lom. 2, Spicil. p. 50S.

le sixième de Rome sous le pontificat de Grégoire VU , les ambassadeurs du roi Rodolphe se plaignirent que le roi Henri détruisoit la religion en Allemagne, sans épargner les lieux ni les personnes consacrées à Dieu ; qu'il traitoit comme de vils esclaves , non-seulement les prêtres, mais les évêques, les mettoil aux fers et en faisoit mourir quelques-uns (1). La plupart du concile étoient d'avisque le pape employât contre lui la rigueur des censures; mais il différa par indulgence, et les ambassadeurs du roi Henri firent le serment qui suit : Vous recevrez dans l'Ascension des ambassadeurs du roi, mon maître, qui mèneront et ramèneront en sûreté les légats du saint-siège ; et le roi leur obéira en tout selon la justice. Les ambassadeurs du roi Rodolphe jurèrent ainsi de leur côté : Si l'on établit par votre ordre une conférence en Allemagne , le roi Rodolphe, notre maître, y viendra en personne ou y enverra ses évêques et ses serviteurs; il sera prêt à subir le jugement du saint-siège touchant le différent du royaume, s'emploiera à faire que vos légats puissent procurer la paix. Henri, archevêque d'Aquilèe, fit aussi serment de fidélité et d'obéissance au pape ; et on renouvela les excommunications contre quelques évêques de Lombardie. Ainsi , le pape continuoit à demeurer neutre entre les deux rois.

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