II. Manassés, archevêque de Reims, condamné
En ce même concile de Rome , le pape confirma la sentence portée au concile de Lyon contre Manassés, archevêque de Reims. Hugues, évêque de Die, avoit été chargé par le pape, dès l'année précédente, de terminer un différent entre l'archevêque de Lyon et l'abbé de Clugny , et quelques autres^ affaires de France. Pour cet eff't, Hugues indiqua un concile à Lyon, et y appela rarchevêque de Reims, pour se justitier des crimes dont il étoit accusé (2). Hugues, s'étant arrêté à Vienne, y reçut des députés de 1 archevêque , qui le prioient instamment de se contenter qu'il se purgeât par serment avec six de ses suffragants à son choix, et pour l'obtenir ils offroient au légat trois cents livres d'or et de grands présents à ses domestiques. Ils offroient encore de plus grandes sommes si on permettoil à l'archevêque de se purger seul, et promettoient d'assurer le légat par serment, que jamais personne ne sauroit rien de ses conventions. Mais Hugues refusa généreusement toutes ses offres.
Aussi l'archevêque Manassés se garda bien d'aller au concile de Lyon , et se contenta d'envoyer au légat une apologie, où il dit : Il est notoire presque dans toutes les Gaules, en Italio même et à Rome (3) , avec quelle violence cl quelle injustice vous m'avez traité dans cette niême province il y a deux ans. 11 parle du conciled'Autun, tenu en mil soixante-dix-sept. J'en appelai au pape, et j'allai à Rome; et parce que vous étiez absent j'y demeurai par
(1) VII, Ep. 15.
(^) Chr. Vird. p. 20t, t.
■X, Conc p. 300.
(3) Musc. Italie, to. 1, p. 1119.
ordre du pape , et je vous attendis près de onze semaines (1 ). Enfin , je me défendis si bien en présence du pape et du concile contre ceux que vous aviez envoyés , que ce qui avoit été fait contre moi fut jugé nul et irrégulier. Alors je déclarai publiquement au pape que je ne voulois plus ra'exposer à votre jugement ; et , comme le pape me demanda de qui j'aimerois le mieux subir le jugement dans les Gaules, je choisis Fabbé de Clugny ; ce qui me fut accordé. Puis le pape me fit jurer que si j'étois appelé de sa part à un concile dans les Gaules , je m'y trouverois , si je n'a vois un empêchement canonique. C'est pourquoi, quand vous indiquâtes dernièrement un concile à Troyes, où l'abbé de Clugny devoit se trouver, je ne fis aucune difficullé d'y aller avec mes abbés, mes clercs et les vassaux démon église; et, quoique vous ayez contremandé ce concile, j'ai fait de ma part ce qui dépendoit de moi, et me suis acquitté de mon serment. Mais je ne suis point allé à ce concile de Lyon , parce que j'ai plusieurs excuses canoniques.
Il explique ensuite ces prétendues excuses, qui ne sont en effet que des chicanes (2) , savoir , que le concile de Lyon se tiendra dans la même province , où il a déjà été maltraité ; que ce lieu est éloigné de Reims , et qu'il n'est pas facile d'y amener des témoins ; que l'on ne peut y aller en sûreté à cause des guerres qui troublent le pays ; que l'abbé de Clugny qui devoit être son juge n'y étoit p(Hnt, c'est-àdire qu'on ne lui avoit pas signifié qu'il y seroit ; qu'on lui ordonnoit d'amener dans vingt jours six évéques sans reproche pour le justifier, en cas qu'il n'y eût point d'accusateurs contre lui , ce qui lui étoit impossible. Quant à ses trois accusateurs, il dit (3) qu'il s'étoit accordé avec Manassés et tous ceux de son parti, excepté deux, dont l'un, ajoute-t-il, savoir, Brunon, n'est point notre clerc, mais chanoine de Saint-Cunibert, de Cologne dans le royaume d'Allemagne ; et nous ne cherchons guère sa société , parce que nous ne connoissons point du tout sa vie et sa liberté, c'est-àdire s'il est serf ou libre de naissance, et que, quand il a été chez nous, il en a mal usé après avoir reçu plusieurs bienfaits. L'autre, qui est Pouce , a été convaincu de faux au concile de Rome , en notre présence. C'est pourquoi nous ne devons répondre ni à l'un ni à l'autre dans un jugement ecclésiastique. Enfin , pour montrer qu'il ne veut pas fuir le jugement, il offre au légat , de la part du roi et de la sienne, la liberté de tenir un concile en France , à Reims , à Soissons , à Compiègne ou à Sentis.
L'archevêque Manassés écrivit aussi au pape pour s'excuser d'aller à ce concile de Lyon , sous) prétexte de la division qui étoit en France, et toutefois il offroit d'aller à Rome. Sur quoi le pape lui répondit qu'il devoit plutôt être
(1) Sup. 1. LXII, n. 41.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[Ande J.-C. 1080.
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