X. Autres lettres sur I excommunication des rois
La même année milquatre-yinjrt-un,Gébehard, archevêque de Saltzbourg, écrivit à Herman, évéquede Metz, une lettre qui commence ainsi : Vous m'avez déjà mande deux fois de vous indiquer ce que Ton doit cmire dans celte division de l'Eglise , afin que vous puissiez répondre à ceux qui sont d un autre sentiment. Ensuite il met ainsi l'état de la question : Dans TalTaire présente nous tenons seulement ce que l'Eglise a toujours tenu jusqu'à ces malheureux temps, savoir, qu'il ne faut point communiquer avec les excommuniés , au lieu que nos adversaires ne s'en abstiennent point, et enseignent que l'on ne doit pas s en abstenir. C'est la cause des divisions et des séditions. Il montre ensuite que l'excommunication subsiste jusqu à ce qu elle ait été cassée après un examen canoniijue ; puis il relève l'injustice des schismatiques , qui ont déposé le pape Grégoire à VVormes, san.s qu'il ait été convaincu, enl€»ndu ni appelé (2). Voilà , dit-il , les causes de la division que nous ne communiquons point comme eux avec les excommuniés, que nous n'os(ms renoncer au pape, ni en recim noitre un autre , lui vivant et demeurant uni à
I église romaine.
Comme on reprochoit aux catholiques et au pape même d'avoir violé le serment qu'ils a voient l'ait au roi Henri , Gélxhard fait de grands elîorls pour réjwndreà cette objection.
II dit que le serment fait au pape par les évéques en leur ordination est préférable à celui qu'ils ont fait au roi, que la meilleure manière de garder la foi au prince est de le servir fidèlement, et que ceux-là sont infidèles qui prennent part à ses crimes, et qui par leurs conseils l'engagent à de mauvaises atlaires (3) ; que les serments faits contre la justice ne sont point valables; enfin, qu'on vouloit obliger les catholiques à renoncer au pape s'ils vouloient être fidèles au prince.
il [)aroit par ces réponses que Gébehard nentendoit pas même l'état de la question. Car, pour garder la fideUté à son roi, il n'étoit
(1> Supi. L\, n. iO, IV, (i) Ep. ap. Tengiiagel Epist. 16. Calel. Mem. lib. p 7 , lu, n. 15, p. 71 «0. V, p 78r (3) p 2i, 25, etc.
pas nécessaire de renoncer à l'obéissance du pape, il falloit obéir au roi pour le temporel, et au pape pour le spirituel. 11 falloit ne piis obéir au roi s'il commandoit des crimes , mais il ne s'ensuit pas qu'il ne fallut lui rendre aucune obéissance. 11 étoit détendu de communiquer avec lui , quant à l'exercice de la religion , mais non pas quant au service de l'état. On avoit raison de tenir Henri pour excommunié, Grégoire pour pape légitime , ot Guibert pour antipape , el de soutenir qu'on nedevoit point communiquer avec les excom munies, mais on ne devoit point en conclure que Henri ne dût plus être regardé connut' roi. Aussi dans toute cette lettre, qui est trèslongue, Gébehard ne rapporte aucune preuve du pouvoir de l'Eglise sur le temporel des rois , et n'entreprend pas même de le prouver.
Vers le même temps, le pape Grégoire écrivit à llerman, évêque de Metz , une seconde lettre( 1 ), pour répondre à ceux qui soutenoienl, au sujet de Henri , que 1 on ne pouvoit excommunier les rois ni absoudre leurs sujets du serment de fidélité. H répète les mêmes preuves qu'il avoit employées dans la lettre de l'année mil soixante-seize , et y ajoute l'exemple de l'empereur Arcade, excommunié par le pape saint Innocent , pour avoir consenti à l'expulsion de saint Jean Chrysoslôrae. Mais la lettre de saint Innocent, contenant celle excommunicatit)n, est rejetée de tous les savants, et, qu ind elle seroit vraie. Arcade y est seulement excommunié , et non pas déposé de la dignité im;)t'riale, de quoi, toutefois, il étoit question dans 1 affaire du roi Henri {'II. Grégoire Ml dit ensuite : On donne une plus grande puissance à un exorciste qu'à aucun seigneur laïque, car les rois et les princes qui ne vivent pas chrétiennement sont (esclaves des démons. Si dimc les exorcistes ont reçu l'empire sur les démons. Combien plus sur les esclaves et les membres des démons , et si les exorcistes ont ce pouvoir, combien plus les évêques? H relève ensuite le pouvoir de remettre les péchés et de conférer les sacrements, pour montrer combien les p* êtres sont au-dessus des rois , et ajoute : Enfin les bons chrétiens, de quelque rang qu'ils soient, méritent bien mieux d être estimés rois que les mauvais princes. Les uns, cht^rchant la gloire de Dieu , se gouvernent bien eux-mêmes; les autres, ne cherchant que leurs intérêts , oppriment tyranniquement leurs ennemis. Le» uns sont les membres de Jésus-Christ, les autres du diable. La conséquence naturelle seroit de ne plus reconnoi re [mur priines les méchants , mai? ce seroit une hérésie, et on en diroit autant des évêques. Le pape ajoute, pour humilier les rois, qu'il y en a peu de n'connus pour saints,
et qu'ils font ordinairement beaucoup de pc- I chés et peu de pénitence. Il dit que le samtsiége rend saints ceux qui le remplissent. Sur quoi il cite les décrets du pape Symmaque, c'est-à-dire, l'apologie d Ennodius que j'ai rapportée en son lieu. Mais il est étonnant qu on ne fût pas désabusé de ce paradoxe par la triste expérience de tant de papes indignes du dixième siècle (Ij.