XI. Prétentions du pape snr tous les royaumes
Grégoire VII n'étoit pas seulement persuadé en général que, suivant le bon ordre , la puissance temporelle devoit être soumise à la spirituelle; il croyoit encore avoir des litres particuliers pour s assujettir tous les royaumes de l'Europe, comme je vais le montrer en détail par ses lettres. ,
Premièrement, il prétendoit avoir droit de donner l'empire d'Occident avec la couronne impériale; et c'est sans doute la raison pourquoi jamais il n'emploie les années des empereurs dans la date de ses lettres, comme faisoient les papiîs, ses prédécesseurs, au moins jusqu'à trente ans avant lui. H est vrai que depuis Louis le débonnaire aucun prince n'a voit pris le titre d'empereur, qu'après avoir été couronné par le pape ; el depuis les Ollion, îe titre d'empereur étoit attaché au royaume d'Allemagne. INous voyons quelle étoit la prétention du pape sur ce royaume, par le serment qu'il vouloit que l'on exigeât du roi qui seroit élu à la place de Rodolphe; savoir , de lui rendre hommage comme son vassal et lui obéir en tout ce qu'il lui commandcroit par vraie obéissance. C'étoit la formule du commandement le plus exprès. Quant à la Saxe en particulier, il prétendoit que Charlemagne, après l'avoir soumise, l'avoit donnée à saint Pierre (2).
11 en disoil autant de la France, et en écrivoii ainsi à ses légats : H faut dire à tous les François, et leur ordonner , par vraie obéissance, que chaque maison paye à saint Pierre au moins un denier par an, s'ils le reconnoissent pour père et pasteur suivant l'ancienne coutume (3). Car l'empereur Charles, comme on lit dans son livre qui est aux archives de l'église de Saint-Pierre, n»cueilloit tous les ans en trois endroits douz(i cents livres pour le service du saint-siège, savoir : à Aix-la- Chapelle , au Puy en Vêlai et à Saint-Gilles : outre ce que chacun offroit pour sa dévotion pairticuliére. On ne voit rien de ces collectes, ni dans les capitulai res de Charlemagne, ni dans les histoires el les autres monuments de son temps ; mais on pouvoit avoir fabriqué de faux titres pendant les deux siècles suivants.
d'' vui, Ep. 2f.
{%) Sup. I L.\il, n. 30, p.
470, B. Tora î, Conc. p.
1J7 Mcrmaul. vieS.Chr}^.
(1^ Su,). liv. XX.\, n. 5.3.
(2 Mibill. Uiplom. u, c.
W. Papcbr.Conat.inGreg.
VI; i.\, Lp. III; vin, Ep. '2.i.
. (3; Lad Lp. U.
Quant à l'Angleterre, nous avons vu que le roi Guillaume envoyoit au pape le tribut en argent accordé par ses prédécesseurs , mais qu'il refusa l'hommage que le pape demandoit, et que le pape fut fort irrité de ce refus. Les deux lettres de Grégoire à Suénon , roi de Danemarck, montrent qu il prétendoit que ce prince avoit promis de se donner à saint Pierre lui et son royaume , et se mettre sous sa pro^ tection , mais nous ne voyons point d'effet de celte promesse. Et l'offre que le pape fait à ce roi d'une province occupée parles hérétiques pour la donner à un de ses enfants, semble montrer qu'il croyoit avoir droit de disposer des biens des hérétiques (1).
Quanta l'Espagne, nous avons vu que dès le commencement de son pontifical, il prétendoit qu'avant 1 invasion des Sarrasins elle appartenoit à saint Pierre; et qu'il aimoit mieux qu'elle demeurât à ses infidèles , que d'être occupée par des chrétiens, qui n'en fissent pas hommage au saint-siège (2j. Il répéta la même prétention en mil soixante-seize, envoyant pour légats en Espagne Amar, évêque d'Oleron, et 1 abbé de Saint-Pons.
Dès la première année , il écrivit au juge de Sardaigne, et en particulier à Orzoc de Cagliari, de satisfaire aux droits de saint Pierre négligés par leurs ancêtres ; avec menace, s'ils y manquoient, que leur pays en souffriroit (3). Quelques années après, il écrivit au même Orzoc en ces termes : ]\ous ne voulons pas que vous ignoriez, que plusieurs nations nous ont demandé votre terre, nous promettant de grandes redevances si nous leur permettions de s'en rendre maîtres ; en sorte qu'ils nous laisseroient la jouissance de la moitié , el nous feroienl hommage de l'autre. Celte pro[)osition nous a souvent été faite , non-seulement par les Normands , les Toscans et les Lombards, mais encore par quelques Ultramonlains; toutefois, nous n'avons point voulu y donner notre consentement, jusqu'à ce que nous ayons envoyé un légat pour savoir votre intention. Puis donc que vous nous avez témoigné être dévoué à saint Pierre , si vous persévérez, comme vous devez , non-seulement nous ne donncTons à personne la permission d'entrer dans votre terre, mais si quelqu'un l'entreprend, nous l'en empêcherons par les voies temporelles el spirituelles. C'est-à-dire qu'il expos<Ta au pillage ces insulaires, s'ils ne lui payent le tribut qu'il pré* tend. Dans la même lettre, le pape dit : Vous ne devez pas trouver mauvais que nous ayons obligé votre archevêque Jacques à raser sa barbe, suivant la coutume de l'église romaine observée par tout l'Occident depuis le commencement du christianisme, qui est que le
1; Sup. liv. 62, n. 53; n, Kpist. 51, 7ô. Sup. liv.