XII. Le roi Henri devant Rome
Le roi Henri marcha vers Rome avec l'antipape Clém(»nt, el, y étant arrivé vers la Pentrcôte, qui fut le vingl-lroisieme de mai mil quatre-vingi-un , il campa dans les prairies de INeron (•>). Mais les ilomains refusèrent de recevoir l'antipap:', le chargeant d'injures, el se défend »nl à main armée; en sorte que le roi, après avoir fait le degàt dans le pays, lut obligé de ret<ïurner avec son paue en Loinbardie. Ce fui la comtesse Maihilde qui resisla le plus au roi en celle occasion, par Ir moyen des forteresses imprenables qu ll( avoit en plusieurs endroits. Pendant lou' le temps que dura cette guerre, elle n'ep<ir^-n,i ni ses vassau ■ ■
fense de Gre les évêques
«|u allemands que le roi chassoitet depouiïloit deleucs biens; et elle ne les laissoit manquer de rien (3j. Elle employoit aussi toutes sortes a<^ moyens pour ô(er des partisans au roi Henri , les uns en leur dormant des fiefs ou d autr. s présents , les autres en leur faisan la guerre et en brûlant leurs châteaux. Elle envoyoit souvent à Rome des secours d'argent au pape Grégoire. Llle suivoit principalement es conseils de saint Anselme de Lucques, que ^« pape lui avoit donne pour directeur.
XIU. Nicéphore déposé. Alexis Comnéne, empereur.
Robert Guischard, autre protecteur de Grégoire, etoii en Grèce, où il faisoit la guerre a 1 empereur Alexis. JNicéphore Botaniate, J-'Iant très-vieux et mou naturellement, s'abandonna à deux esclaves dont l'insoience le rendit odieux ; et l'amitié qu il lein )ignoit aux ^eux frères Comnéne, Isaac el Alexis, les rendit suspects a ces valets, qui, les voulant
perdre , les engagèrent à prétendre ouvertement à l'empire (1). Alexis fut déclaré empereur par les troupes à Andrinople, et entra à Constanlinople par intelligence le jeudi-saint premier jour d'avril mil quatre-vingt-unla ville fut pillée pendant tout le jour, et Mcéphore se retira dans un monasière dont il étoit bienfaiteur, et y prit l'habit.
Anne Dalassène, mère des Comnéne, eut un si grand crédit sous leur règne, qu'on la nommoit simplement la dame. Elle avoit grande opiniim d'Eustrale, moine eunuque surnommé Garidas , qui lui avoit prédit l'empire, et elle le vouloit faire patriarche, sous prétexte que Côme, qui remplissoit le siège de Constanlinople, étoit un homme simple et peu propre aux affaires , quoiqu'Eustrate luimême n'en eût aucune expérience ni aucune étude des lettres. Elle fit donc proposer à Côme de se retirer , comme pour son propre intérêt, mais il voulut auparavant couronner Alexis et Irène, son épouse. Alexis fut touché d'un grand remords des violences exen ées à Constanlinople à son entrée (2). C'est pourquoi , par le conseil de sa mère , il assembla avec le patriarche Côme des évêques et des moines choisis, et les consulta sur les moyens d'expier sa faute. Ils lui imposèrent une pénitence à lui et à ses parents , et autres auteurs de la révolte, savoir, un jeûne de quarante jours , accompagné d'autres austérités, de porter un cilice sur la chair, et de coucher à terre avec une pierre pour chevet. L'empereur accomplit exactement cette pénitence, les femssaux, ni s.s richesses p.ur Vdé- 1 '"''^ "**" ^"''^"^ P^^ exemptes, et le palais Grégoire Elle étoit le refuge de tous ^*^^^*^ P'^*" ^^ ^ missements et de larmes, es, les clercs et les moines italiens ^^ J^^"r ^e la fête de saint Je^in lévangélis-
--• ' te, que les Grecs célèbrent le huitième jour
de mai, le patriarche Côme, après avoir dit la messe, dit à celui qui le servoit (3) ; Prends mon psautier el suis-moi, et quitta ainsi son église, mal satisfait du gouvernement présent, aprésa voir rempli lesiégedeConstantinoplecinq ans et neuf mois. L'empereur et son frère le prièrent instamment de revenir, mais il le refusa, et se retira dans le monastère de Caillias. La mèn» des Comnéne fit mettre à sa place Eustrate Garidas , plus propre à garder le silence dans le coin d'un monastère qu'à être patriarche de Constanlinople , et il le fut toutefois pendant trois ans.
Au mois d'août de la même année mil qua« tre-vingt-un, l'empereur Alexis apprit que Robert Guischard avoif passé la mer avec une grande flotte. En efl'et, il prit Duras eu Epire ; et, quoiqu il n'eût que quinze mille hommes , il battit et mit en fuite Alexis, qui étoit venu au devant de lui avec cent soixanttvdix mille. Il remporta celte victoirele jour de Saint-Luc, dix-huitième d octobre de la même année, la cinquième indiction étant commencée ; et pas-
ToMK ly.
i2) Acla Greg. c. 3. Ap.
Bol! p. 15,*.
(3) Domoizo, c. 2, Jl.
(1) Zonar. liv. .\vm, n, 19,20
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Histoire du christianisme.
§3 }4 i^uit de devant la bataille à prier avec tpute son armée dans Véglise du martyr saint ThéodQre, où ils conimunièrent. Robert donna part de cette victoire au pape Grégoire , qui l'exhorta à en témoigner sa reconnoissance à saint Pierre , en donnant au saint-siége le secours qu'il lui avoit promis contre le roi Henri (1).
Pour soutenir les dépenses de cette guerre , Fempereur Alexis ne crut pas devoir épargner les choses sacrées (2). Car, à son avènement à reqr|pire , il trouva les finances tellement épuisées par la mauvaise conduite de son prédécesseur, qu'on ne fermoit pas même les portes du trésor , et y passoit qui vouloit. En cette extrémité , Isaac Comnène, qui étoit demeuré à Constanlinople, tandis que l'empereur, son frère, étoit à la guerre, assembla le concile (Jes évéques présents et du clergé dans la grandie église , et représenta que les lois et les canons permettoient de vendre les vases sacrés pour la rédemption des captifs , et que ce qui restoit de richesses dans les églises d'Asie, étoit pxposé au pillage des infidèles; en sorte qu'il seroit employé plus utilement en monnoie pour payer les troupes. Il y eut quelque résistance de la part des prélats ; mais l'autorité l'emporta, et l'on fondit Targenlerie des églises à Conslantinople et partout l'empire.
Cette entreprise attira de grands reproches aux Comnène ; l l,éon , entre autres, évéque de Chalcèdoine, s'en plaignit si haut et si long-temps, qu'à la On l'empereur le lit déposeç- et exiler. Pour apaiser l'indignation publique, l'empereur Alexis p iblia , la seconde année de son règne, une bulle d'or, où il avoue qu'il a failli en touchant aux trésors des églises , quoiqu'il l'ait fait sans mauvaise intention^ ccmtraint par la nécessité des affaires publiques(3). Craignant toutefois d'avoir attiré ia colère de Dieu par ce péché, il en demande pardon publiquement , et promet de rendre tout ce qu'il a pris aux églises , quand les affaires de l'empire seront revenues en meilleur état, en faisant sa dette propre. Il s'engagea lui et ses successeurs à ne jamais en user ainsi à l'avenir, et ne point toucher aux choses sacrées , sous prétexte de quelque nécessité que ce soit, et prononce de terribles malédictions contre quiconque osera faire un pareil attentat. Cette constitution est du mois d'août , indiclicn cinquième , l'an six mil cinq cent qualrevwgt-dix, c'est à-dire l'an mil quatre-vingtdeux.
Le patriarche Eustrate Garidas, ayant tenu le siège de Constanlinople trois ans, fut déposé par ordre de la cour , sans qu'on en sût bien le sujet. On mit en sa place un autre moine Nicolas, surnommé le grammairien, qui
rt) P. 83. Chr. Cass. m, ra) x, Epist. 17. Anna, n. 40. Anna. Comn. lib.iv, lib. v, p. 127. p. 114.
An de J.-C. 108L
avoit passé sa vie dans les exercices des piété, et n'ètoit pas ignorant des lettres humaines, quoiqu'il n'y fût pas fort savant. Il entra dans le siège de Conslantinople , l'an six n\\\ cinq cent quatre-vingt-douze, indiction cinquième, qui est l'an mil qqatr^;-vingl-quatre, et le remplit pendant vingt-sept ans (1).
Cependant , les Saxons et les autres Allemands de leur parti , élurent pour roi, à la Saint-Laurent, llerman , seigneur de Luxembourg 2) , qui célébra à Goslar sqlennellement |a fête de ]>îoël mil quatre-vingt-un , et le lendemain, jour de Saint-Etienne, il fut sacré et couroimè roi par les évéques , du consentement des seigneurs.