LIVRE SOIXANTE-TROISIÈME
(1) V, Ep. 17. Sup. I.
Lxii.n 4»;i.\, Ep. al. Chr.
Virdun, p. 227.
(2) AclaGreff. c. 3. ^^p- Boll. p. Ijj. Ikriljold. au.
pape Grégoire , et s'avança jusqu'en Souabe ; mais les affaires l obligèrent de retourner en Saxe, et Tannée suivante, mil qualre-vingttrois , le roi Henri revint en Italie , et se trouva près de Rome avant la Pentecôte. Mais voyant que Hugues, abbé de Clugny, qui étoil alors en Italie , et plusieurs autres saints personnages, le lenoient pour excommunié , il voulut se justifier auprès d'eux (1). Pour cet effet, il renvoya l'évêque d'Oslie el plusieurs autres qu'il avoit pris; il donna sûreté, même par serment, à tous ceux qui voulroienl aller à Rome visiter les saints lieux , el dit publiquement qu il vouhùt recevoir la couronne impériale de la main du pipe Grégoire. Le peuple romain et les personnes pieuses , ayant appris ces nouvelles, en eurent une grande joie, cl, se jetant aux pieds du pape, ils le prièrent instamment el avec larmes d avoir compassion de leur parie presque perdue. Grég(>ire leur repondit : J ai souvent éprouvé les artifices du roi; mais, s'il veut salislaire à Dieu el à l'Eglise, je l'absoudrai volontiers, et lui donnerai la couronne impériale, autrement je ne puis vous écouter
Comme le roi refusoil de faire cette satisfaction, et que le pape, nonobstant les instances du p<'uple, demeuroit ferme à la demander, le roi gagna insensiblement le peuple par argent el par crainte, oulre qu'ils éloienl fatigues du siège qui duroil depuis Irois ans. On convint donc que le pape assembleroil à la mi-novembre un concile, où la question du royaume seroit décidée , el que Henri , les Romains et tous les autres seroienl tenus d'en o!)stTver les décrets (-2). Henri pnmiit par serment de donner sûreté a tous ceux qui iroîent à ce concile, et le pape y appela par ses lettres tous les évéques et les abbés. Henri retourna en Lombardie, el la garnis(m qu'il avoit laissée au château, près de Saint-Pierre, mourut de maladie, en sorte que de quatre cents hommes à peine en resta-l-il trente: ce que les Romains regardèrent comme une punition de saint Pierre.
Henri renvoya l'antipape Guiberl à Ravenne, et marcha vers Rome pour le concile, où les députes des seigneurs d Allemagne se dévoient trouver ; mais Henri les fil arrêter en chemin à Forcassi en Toscane, vers la Saint- Martin, nonobstant la sûreté qu'il avoit promise. C éloienl des moines el des riercs, elavec eux fut pris Olhon, évêque d'Oslie, en revenant de sa légation auprès de Henri. Plusieurs prélats françois, lani évéques qu'abbés, nt; laissèrent pas de venir au concile ; mais Henri en empêcha particulièrement ceux qui éloienl les plus nécessaires au pape, savoir, Hugues de Lyon , Anselme de Lucques el Reuald de Côme.
Le pape tint donc le concile pendant trois
(l) Acta c. 3, n. 15.
(3) Berlhold.
jours , commençant le vingtième novembre , et on le compte pour le neuvième concile de Rome sous son pontifi( at. Car les troubles l'avoient empêché pendant trois années de tenir un concile le carême, suivant la coutume (1). En celui-ci, il y eut plusieurs prélats de la partie méridionale d'Italie. Le pape y parla si fortement delà foi, de la morale chrétienne et de la constance nécessaire dans la persécution présente, qu'il lira des larmes de toute l'assemblée. Il céda à peine aux prières du concile, pour ne pas renouveler l'excommunication contre Henri ; mais il la prononça contre quiconque avoit empêche ceux qui venoient à Rome.
Cependant les Romains, à l'insu du pape, avoient juréà Henri, l'été précédent, d'obliger le pape à le couronner, ou d'élire un autre pape à sa place Le terme de leur promesse elantéchu, ils la déclarèrent au pripe, ajoutant qu'ils n'avoient pas promis qu'il le couronnât solennellement avec l'onction , mais simplement qu'il lui donnât une couroime. Le pape y consentit pour les acquitter de leur serment : ainsi les Romains mandèrent à Henri qu'il vînt prendre la couronne, ou avec justice en satisfaisant le pape , ou contre son gré , auquel cas il la lui jetteroit par une baguette du château .^aint-Angc. Henri refusa l'un et l'autre, elles Romains lui déclarèrent qu'ils éloienl quittes de leur serment. Lui , de son côté, s'appliqua de plus en plus à les gagner par menaces et par promesses. Depuis sept ans que duroil cette division entre le pape Grégoire el le roi Henri , il restoit dans ses états peu d'évêques fidèles au pape ; encore étoientils la plupart chassés de leurs sièges et réduits à se cacher dans des monastères.
Alexis, empereur de Constantinople, voulant arrêter Robert Guischard en Italie, avoit écrit au roi Henri pour l'exciter à lui faire la guerre, cl lui avoit envoyé cent quarantequatre mille sous d'or el cent pièces d'écarlale. Mais Henri se servit de cel argent pour gagner le peuple de Rome , et par son secours il entra dans le palais de Latran, avec l'antipape Guiberl , le jeudi , fée de Saint-Benoît, vingt-unième de mars mil quatre-vingt-quatre. Les nobles romains demeurèrent la plupart fidèles au pape, qui se retira au château Saint- Ange (2). Le dimanche suivant, qui étoit le dimanche des Rameaux, Henri fil inlnmiser Guiberl sous le nom de Clément III , par les évéques de Bologne, de Modéne et de Cervia , au lieu que, suivant l'ancienne coutume, l'ordination du pape appartenoit aux évéques d'Oslie, d Albane et de Porto. Le jour de Pâques, dernier de mars, Tantipape donna au roi Henri la couronne impériale; ils demeui oient l'un et l'autre au palais de Latran , et ceux qui
(1) Tom. X, p. 401. Henr. lo. 12. Spicil. p. 228.
(2: BerllioId.lOSi. Anna Chr. Virid. p. 2287. Acla.
Comn. lib. m, p 93. Episl. Greg. ap. Coll. c. 3, n. 14.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
(An de J.-C. 1084.
tenoîeht encore pour Grégoire ne leur permettoient pas d aller à Saint-Pierre ; l'empereur les attaqua dans la semaine mt^'me de Pâques , mais il y perdit environ quarante hommes, et pas un ne fut tué du côté du pape Grégoire. Ensuite l'empereur commença à assiéger le château Saint-Ange. Aussitôt il donna part de son entrée à Rome et de son couronnement à Thierry, évéque de Verdun, un des plus zélés pour son parti, lui ordonnant, de la part du pape Clément et de la sienne, de sacrer incessamment Egilbert, archevêque de Trêves; ce que Thierry exécuta peu de temps après avec des évêques d'autres provinces. Mais, quand Egilbert voulut faire une ordination , on lui représenta qu'il ne le pouvoit, n'ayant pas reçu le pallium. 11 l'envoya donc demander à l'antipape Clément, qui le lui accorda avec plaisir. Egilbert occupa le siège de Trêves vingt-deux ans (1).