‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1551 sur 2407 · XVII. L'abbé Didier devant Henri · texte numérisé non relu

XVII. L'abbé Didier devant Henri

Dès que les seigneurs lombards de la Pouille virent le roi Henri devant Rome, ils espérèrent qu'après qu'ils Tauroient prise ils pourroient chasser les Normands (2). Ceux-ci, de leur côté, alarmés de cette conspiration et de l'absence de Robert Guischard, résolurent de traiter avec le roi, et la conflance qu'ils avoient en Didier, abbé du mont Cassin , fit qu'ils le prièrent de venir avec eux trouver ce prince, disant qu'outre leur sûreté ils cherchoient à procurer la paix entre lui et le pape Grégoire. Le roi Henri, de son côté, manda plusieurs fois l'abbé Didier, qui refusa de l'aller trouver ; maisenfln, craignant la destruction de son monastère , il y alla avec les Normands et le prince de Capoue, se gardant toutefois en ce voyage de communiquer avec les excommuniés. Ainsi , quoiqu'il rencontrât plusieurs évêques et plusieurs personnes considérables , m jrae de ses amis, entre autres le chancelier du roi , il ne leur donna point de baiser, ne pria et ne mangea point avec eux.

Etant arrivé à Albane, il n'alla point trou- V(^r le roi , ne lui envoya personne , et souffrit jx ndant toute une semaine les menaces que le roi lui faisoit faire , pour l'obliger à lui jurer fidélité et recevoir de sa main 1 investiture de 1 abbaye. Enfin , il vit le roi avec le prince de Capoue , et , comme le roi le pressoit encore de recevoir l'investiture, il répondit : Quand je vous verrai couronné empereur, alors je la recevrai si je le juge à propos. Ce qui marque, ou que Henri n'a voit pas encore été couronné par l'antipape, ou que l'abbé Didier ne comptoit pour rien ce couronnement , car on ne sait pas le temps précis de cette entrevue. Pendant qu'elle dura , l'abbé disputoit souvent sur les

ri) Hist Trpvir.

Spicii. p. 22, 232.

to. 12. (2) Chr. Cass. lib. m, c.

droits du saint-siége avec les évéques de la suite du roi, particulièrement avec l'évéque d'Oslie, qui toutefois étoit pour le pape. Cet évêque allcguoit en faveur du roi le décret du pape JNicolas II , fait avec cent vingt-cinq évéques et avec Hildebrand lui-même, alors archidiacre, portant qu'on ne feroit point de pape sans le consentement de 1 empereur (1). Mais Didier soutenoit que ni pape, ni évêque, ni homme vivant , ne pouvoit validement faire un tel décret, parce que le saint-siège est audessus de tout , et ne peut jamais être soumis à personne. H ajouloit : Si le papelNicolas l'a lait, ill'a fait injustement et imprudemment: la faute d'un homme ne doit pas faire perdre à l'Eglise sa dignité, et nous ne consentirons jamais que le roi des Allemands établisse le pape des Romains. L'évêque d'Oslie répondit : Si les Ullramontains entendoient ce discours, ils se réuniroient tous contre vous. Didier répliqua : Quand tout le monde se réuniroit, il ne nous feroit pas changer d'avis sur ce point. L'empereur peut se prévaloir pour un temps, si Dieu le permet , et faire violence à l'Eglise ; mais il ne nous y fera jamais consentir. Didier disputa sur ce sujet avec l'antipape Guibert, et lui reprocha son intrusion dans le saint-siége ; sur quoi Guibert , se sentant pressé, lui dit qu'il l'avoit fait malgré lui , parce que, autrement , le roi Henri auroit jKTdu sa dignité. L'abbé Didier obtint de Henri une bulle d'or en faveur de son monastère, et s'en retourna avec son congé.

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