XXIX. Ecrits de sa'mt Anselme contre les schismatiques
Le premier est adressé à l'antipape Guibert, et est la réplique à la réponse de Guibert sur une première lettre, par laquelle Anselme l'exhortoit à renoncer au schisme. En celle-ci, il ramasse plusieurs passages des pères contre les schismatiques , et charge Guibert d injures, sans entrer dans le fond de la question , qui étoit de* montrer les nullités de la déposition d'Hildebrand, et par conséquent de 1 élection de Guibert. Il convient qu'il seroil plus parfait de ue pas employer les armes de fer , même pour la justice ; mais il prétend que c'est une nécessité dans l'èlal présent des choses, et que 1 on ne doit pas imputer à ceux qui font bien le mal qui peut suivre de leur conduite. Or, il soutient qu'on est obligé de se séparer des mé- -
(1) vu, Epi»^. î, ç. 4.
chants , et de travailler à leur correction , sous peine de se rendre leur complice (1).
Dans le second discours, saint Anselme rntreprend de répondre à ceux qui disent que
I Eglise est soumise à la puissance royale ; en sorte que le roi peut, comme il lui plaît, lui donner des pasti'urs et disposer de ses biens.
II rapporte premièrement le canon des apôtres qui porte que, si un évéque a obtenu son église par le moyen des puissances séculières, il doit être déposé et excommunié, lui et tous ceux qui
communiquentaveclui(2).llajoulequ'aprèslos «ipôtres , toutes les églises du monde ont gardé inviolablement cette coutume qu'elles avoient reçue d'eux, qu'à la mort d'un évéque le clergé et le peuple de l'église vacante, par délibération commune , se donnassent un pasteur tiré du clergé de la même église ou d'une autre. Que Zenon et Anastase, empereurs eutychéens ont été les premiers qui ont asservi l'Eglise, erî chassant les évêques catholiques pour en mettre de leur secte. 11 avoue que les empereurs avoient ordonné que le décret de l élection du pape leur seroit envoyé avant que le pape fut sacré; mais il remarque qu'ils n'ont jamais changé l'élection faite à Rome ; et prétend que les empereurs postérieurs ont révoqué ce décret, parce qu il faisoit trop longtemps vaquer le saint-siege.
Il rapporte quelques autorités des papes et des conciles, pour montrer quelle duit être l élection canonique des évêques. Il s'objecte le décret de Aiculas II au concile de Rome , en mil cinquante-^neuf (3), où il est dit que lélection du pap(î se fera sans préjudice de 1 honneur du roi, c'est-à-dire, comme Anselme I explique, que le pape neserasacréqu'aprèsque son élection aura été notifiée au roi. Sur quoi, après quelques autres réponses plus foibles , il apporte comme une solution invincibh; que le papeiNicolas, n étant qu'un des patriarches, n'a pu , avec quelque corn ile que ce fût, révoquer les décrets des conciles généraux , particulièrement du huitième, autorisés par les cinq patriarches, et plus de deux cent cinquante évêques, en présence des empereurs. Il est remarquable quecelui qui parle ainsi est l'admirateur de Grégoire V II , et un des plus zélés défenseurs de l'autorité du saint-siège. Il ajoute que le pape JNicolas étoit homme, et que par conséquent il a pu faillir par surprise.
Quanta la longue possessionqu'oîialleguoilen faveur des rois, il dit qu'il faut revenir à l'origine, etque le temps ne peut jamaisautoriser les abus. Puis il décrit ainsi les inconvénients du
pouvoirquelesprincess'étoientatlribuèsurl'Eglise. Qui ne voit, dit-il, que c'est la source de la simonie et la destruction de toute la religion.^ Car, quand on espéreobtenir du prince ladignité épiscopale, les clercs méprisent leurs évoques et abandonnent 1 Eglise; les uns répandent beau-
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coup d'argent parmi les courtisans pour acheter leurs recommandations ; les autres font de grandes dépenses pour servir à la cour pendant plus
dedixannées, souffrant avec patience le chaud, le froid , la pluie et les autres incommodités des vo3'ages. Ils souhaitent la mort de celui dont ils briguent la place, et sont jaloux de ceux par lesquels ils craignent d'être supplantés. Quelquefois, le mauvais choix va jusqu'à donner ladignité épiscopale à des serfs et à des débauchés, parce qu'on sait bien que de telles gens, étant en place, n'oseront reprendre les pèches des grands, qui les y ont élevés, et c'est pour cela même qu'on les met. Ces faux pasteurs ne songent qu'à s'engraisser aux dépens du troupeau, dont ils négligent absolument le salut. D'autres donnent dans toutes les vanités du siècle, entretenant des chiens et des oiseaux pour la chasse , et iwrtant des fourrures précieuses. Ils quittent leurs églises pour suivre les empereurs , quoique les canons défendent aux évêques d'aller à la cour, leur permettant seulement d'y envoyer leurs diacres s'ils y ont quelques affaires. El au lieu que les canons défendent à un évêque de s'absenter de sa cathédrale pendant trois dimanches, quelques-uns n'y vont que trois ou quatre fois l'année, d'autres à peine une fois, donnant au clergé l'exemple d'abandonner leurs églises. On dit qu'il faut qu'il y ait des clercs a la suite de la cour pour faire le service divin aux princes ; comme s'il n'étoit pas plus raisonnable que l'évêque, dans le diocèse duquel le prince se trouve , lui envoyât des ciers vertueux pour faire 1 office , et leur en fit succéder d'autres, selon la longueur du séjour. Cestpourremedierà ces abus que Grégoire Vlï a défendu les investitures dans un concile de cinquante évêques.
Anselme prétend ensuite prouver qu'il n'y a chez les simoniaques ni vrai sacerdoce ni vrai sacrifice, ce qui, pris à la rigueur, seroit une erreur ; mais il faut entendre qu'ils ne peuvent exercer licitement leurs fonctions (1). il rapporte le canon du concile d'Antioche, qui dit que les schismatiques qui troublent i Eglise doivent être réprimés par la puissance séculière comme séditieux ; d où il conclut que les simoniaques, qui sont encore pires que les schismaliq.ies, s'ils ne se convertissent pas après avoir été avertis, doiyent être reprimés par le bras séculier. Mais il faut remarquer que ce cinquième canon d'Antioche ne parle que d'un prêtre qui fait schisme avec son évêque, et qui passe jusqu'à exciter une sédiiion dans la ville ; ce qui met l'Eglise dans la nécessité d'avoir recours au magistrat, d'où il ne s'ensuit pas qu'elle soit en droit d'employer l'autorité temporelle contre toutes sortes de pécheurs, beaucoup moins d'exciter des guerres et des révoltes. Ce second discours de saint Anselme est suivi d'un re-
LIYRE SOIXANTE-TROISIÈME.
UJ Aucl. Bibl. PP. tom. v«; Can. Aposl.31,gr.23. 1, p. 725, 787, (3j Sup. 1. bi, n. «1.
(1) P, T7&, C. Can. S. Sup. lir. xn, n. 11.
cueil de passages, pour montrer que les biens ecclésiastiques ne sont point à la disposition des princes.