‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1561 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-TROISIÈME

voyant qu'ils ne gagnoient rien avec lui par les prières , résolurent de finir l'affaire par la violence. Ils le prirent donc malgré lui, et le traînèrent à l'église de Sainte-Luce, où ils l'élurent pap<.* dans les formes d'un consentement unanime , et lui donnèrent le nom de Victor 111. Ils le revêtirent delà chape rouge, mais ils ne purent lui mettre l'aube à cause de sa résistance. Cependant le gouverneur de Rome, pour l'empereur Henri, se saisit du Capitole, d'où il incommoioit fort le nouveau f>ape, qui sortit de Rome quatre jours après son élection (1) ; et, étant arrivé à Terracine , y quitta la croix , la chape et les autres marques du pontificat , sans que r<m pût lui persuader de les reprendre , résolu de passer le reste de sa vie en pèlerinage, plutôt que de se charger de cette dignité. On le prioit avec larmes, et on lui représenloit le péril del Eglise et l'indignation de Dieu qu il s attiroit. Il retourna ainsi au mont Cassin , et demeura inflexible pendant toute une année. Les cardinaux et les èvêques qui étoient avec lui ne se rebutèrent pas pour cela ; mais ils pressèrent Jourdain , prince de Capoue , de le remener à Kome pour son sacre. 11 vint en effet au mont Cassin avec beaucoup de troupes ; mais il fut r-^tenu tant par les instances de Didier que par la crainte des chaleurs , et, sans vouloir passer outre, il s'en retourna.

XXVIIL Travaux de saint Anselme de Lacques.

Saint Anselme de Lucquos ne survécut que dix mois au pape Grégoire, qu'il regardoit comme son maître et son modèle ; et il mourut hors d^ son diocèse, chassé par son clergé. Dès le commencement de son épisc opat , il avoit voulu réduire à la vie commune les chanoines de sa cathédrale, dédiée à saint Martin, oITrant de vivre dans la même communauté. 11 croyoit tes y devoir obliger en exécution d'un décret du pape Léon IX, et il étoit soutenu par la comtesse Mathilde, dame du pays. 11 arriva même que le pupe Grégoire Vil vint à Lucques, apparemment en mil soixant<»-dix-sept, dans le séjour qu'il fit en Toscane; et, ayant été instruit de l'affaire , il exhorta les chanoines à se soumettre. Ils lui promirent tout, mais sitôt qu'il lut passé ils nn inrent à leur première indocilité. Le pape leur en fil des reproches par deux lettres, leur défendant même l'entrée de l'Egfise. Enfin ils furent appelés à Rome , et convaincus d avoir conspire contre leur évêque. Ainsi, parle jugementdu concile, ils furent livrés à la cour séculière, suivant les canons, c'est-à-dire soumis aux charges publiques : ce qui étoit une espèce de servitude. La comtesse Mathilde fit exécuter ce jugement, ce qui les révolta contre elle-même (2j.

(1) C. 6C. Sup. 1. L vil, n. ià.Y.EpisU

(3; Vita, c. 1, n, 5, c. 2. 1; vi, Ep. 11.

HISTOIHE DU CHRISTIAJSISIVIE.

Oq i\t\i dune encpro qq concile à Saint-Gcqès, prè^ de ^ucqjies, où présida, au nom du pape, Pierre Ignée, évéqued'Albane; les chanoines rebelles y furent excommuniés , et le pape écrivit au clergé et au peuple de iucques, ijqur défendre de les laisser jouir de leurs prébendes, ni de leur donner aucun secours. La lettre est du premier octobre mil soixante-dixneuf. Alors les chanoines désespérés se révoltèrent contre leur évêque, contre |a comtesse et le pape , et embrassèrent le parti du roi Henri et (Je Fantipape Guibert , qui , étant venu en Toscane en mil quatre-vingt-un, donna l'évôché de Lucques au chanoine Pierre , chef des conjurés , homme insolent et débauché. Il s'empara de toutes les terresde l'Eglise , en sorte qu'il ne demeura qu'un seul château à l'évêque Anselme , qui se retira prés de la comtesse Malhilde, avec deux chapelains et peu de domestiques. Car le pape l'avoit donné pour directeur à cette princesse, qu'il soutint de ses conseils dans la guerre qu'elle eut contre l'empereur (i).

Le saint évoque travailloit en même temps à convertir les schismatiques ; et le pape 1 avoit déclaré pour cet effet son vicaire en Lombardje, comme j'ai dit. S'ils venoient à conférer avec lui , il leur fermoit la bouche par sa doctrine et son éloquence. Car il savoit par cœur presque toute l'Ecriture sainte, et, si on l'interrogeoit sur quelque passage, il disoit aussitôt comment chacun des pères l'avoit expliqué ; aussi composa-l-ilplusieursouvrages, enlreautres une apologie pour Grégoire VU , une explication des lamentations de Jéremie et du psautier, qu'il entreprit à la prière de la comtesse Malhilde, et que la mort l'empêcha d'achever. Il avoit fait de plus une collection de canons en livres, qui n'est pas encore imprimée L'apologie pour Grégoire VII semble être le second des deux discours qui nous restent seuls de saint Anselme de Lucques.

f An dci.-C. 1030.

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