‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1565 sur 2407 · XXXII. Translation de saint Nicolas · texte numérisé non relu

XXXII. Translation de saint Nicolas

Le môme jour que le pape Victor fut sacré, les reliques de saint iNicolas arrivèrent à Bari , ville maritimiîd.; la Pouille, sur la mer Adriatique. Ce saint confesseur, évéque de Myre en Lycie, et )it célèbre en Orient depuis plusieurs siècles. L'an huit cent sept, Chomeid, envoyé avec une flotte par le calife Aanm, ayant pillé 1 île de Rhodes, passa à Myre à Sjn retour, el voulut, rompre le tombeau de saint Nicolas ; mais il se mépnl et en rompit un autre. Aussitôt il s'éleva une furieuse tempête qui lui brisa plusieurs bâtiments, ce qu il attribua lui-même à la puissance du saint, très-renommé par ses miracles, llètoil coimu en Occident dès le même siècle, comme il paroit par les martyrologes d'Adon et d'Lfuard ; mais son culte recul un grand accroissement par cette Iranslalion, dont voici 1 histoire (1).

L'an mil quatre-vingt-sept, indiction dixième, quelques marchands de Bari s'embarquèrent sur trois vaisseaux pour aller trafiquer à Antioche (2) Sur la mer il leur vint en pensée d'enlever les reliques de saint Nicolas , et ils en conférèrent ensemble. Quelquesuns les exhortoient à l'entreprendre, disant que ces reliques etoient dans une église déserte, sans cierge el sans peuple, et qu ils ne trouveroient point de résistance; les autres soutenoient que l'entreprise ne pou voit réussir. Quand ils furent arrivés à Myre, ils jetèrent l'ancre, el, ayant enu conseil, ils envoyèrent un étranger, qu'ils menoient avec eux, reconnoître le pays. 11 rapporia qu'il y a voit beaucoup de Turcs dans la bourgade où étoit l'église du saint, parce que le gouverneur étoit mort, et qu ils étoi ni venus à ses funérailles.

(1) Teoph.p.408, 6 decfcmb. (2; Ap, Sur, y mai.

Les marchands de Bari, l'ayant appris, mirent à la voile et continuèrent leur route. Etant arrivés à Aniioche, ils y trouvèrent des Vénitiens de leur connoissance, et dans la conversation ils leur parlèrent du corps de saint INicolas. Les Véniliens ne leur dissimulèrent pas qu'ils vouloient l'enlever, et qu'ils a voient dos pinces el des marteaux préparés pour cet effot. Ceux de Bari en furent d autant plus excités à hàler leur entreprise, craignant l'afl'ront d'être prévenus par les Vénitiens.

Ayant donc expédié promptement les afTaires de leur négoce, ils se remirent en mer; mais, quand ils furent à la côte de Myre, ils changèrent de résolution, et, craignant les difliculles , ils vouloient profiler du vent qui leur étoit favorable. Ce vent changea tout d'un coup, et ils furent contraints de s arrêter, ce qu ils prirent pour une marque de la volonté divine. Ils envoyèrent à la découverte, et on leur rapporta que le pays éloit désert et l'église seule gardée seulement par trois moines. Alors ils prirent les armes, et, laissant quelques hommes à la garde des vaisseaux, ils marchèrent en bon ordre, comme s'ils eussent du rencontrer des ennemis, car le lieu où ils alloient ét«»it éloigné du rivage d'environ trois milles. Etant arrivés à I église , ils quittèrent leurs armes, el firent leurs prières au saint. Puis ils demandèrent aux moines où eloil son corps. Ils repondirent : JNous avons appris do nos ancêtres quil est en cet endroit; et ils leur montrèrent la place. C'est que, suivant l'ancien usage, il étoit sous terre. Les moines tirèrent ensuite à l'ordinaire de la liqueur d(»nl etoil plein U* tombeau, et leur en donnèrent. Alors les voyageurs leur dirent qu ils vouloient enlever ce saint corps, el l'emporter (hez eux. Car, ajoutèrent-ils, le pape nous a envoyés < xprés pour ce sujet; et, si vous y voulez consentir, nous vous donneront cent sous d'or pour chacun de nos trois vaisseaux. Les moines, elTra^és de cette propositicm, répondi rent : (Comment oserions-nous tenter ce qu'aucun homme mortel n'ajusqu ici entrepris impunément, etquel prix pourroit-on mettre à un tel trésor? 1 outciois, si vous voulez essayer, voilà la place. (Je qu'ils disoient, persuadés que ces étrangers ne pourroient l'exécuter.

Ceux-ci, voyant que le jour baissoit, résolurent de ne pas diflérer davantage Ils commencèrent par se saisir des moines, puis ils mirent des sentinelles et des gens armés sur les avenues pour arrêter ceux qui pourroient survenir. Us n'éloient que quarante-quatre sous les armes, mais ils n'en auroient pas craint quatre fois autant. Dans l'église deux prêtres qui les accompagnoiinl, Loup el Grimoald, commencèrent avec quelques autres les litanies, mais la frayeur les emv>êchoit de parler. Cependant un des voyageurs, nommé Mathieu, rompit avec une grosse masse de fer le pavé de marbre, et, ayant ôte le ciment (jui éloit dessous, ou découvrit le dos du aTCueil,

aussi de marbre. Mathieu le cassa avec sa masse, et il en sortit une odeur très-agréable. Il mit sa main dedans et y sentit une liqueur en si grande quantité, qu'elle emplissoit presque à moitié le cercueil qui n'étoit pas petit. Il y enfonça la main, et en lira les os du saint sans ordre, selon qu'il les rencontra, mais la léle y manquoil. Pour mieux chercher il mit les pieds dans le cercueil où il entra, et l'ayant trouvée il en sortit tout trempé. Quelques-uns des assistants prirent des particules des saintes reliques , et les cachèrent. C'étoit le vingtième d'avril.

Comme ilsn'avoientpointdechasses pour met tre les reliques, un des prêtres ôta une casaque qu'il portoil, et les y enveloppa. Ils lesemportércntamsi avec joie à leurs vaisseaux, où il y eut contestation, savoir dans lequel ils les mettroient. et ils convinrent que ce seroit dans celui dont éloit Mathieu; mais ses compagnons promirent par serment de ne point disposer du saint corps sans les autres. Ils Tenveloppèrenl d'un linge blanc, el le mirent dans une barrique destinée à mettre de l'eau et du vin. Cependant les habitants du bourg de Myre, situé à un mille de l'église sur une petite montagne, ayant appris l'enlèvement des reliques, accoururent promptement au bord de la mer, s'arrachant la barbe et les cheveux , et jetant des cris lamentables. Mais, voyant les Italiens déjà en mer, ils se retirèrent lentement, retournant de lemps en temps vers eux leurs visages , tantôt baignés de larmes, tantôt allumés de fureur.

Les Italiens eurent trois jours le vent contraire, et n'avançoient qu'à force de rames ; mais, qrand ceux qui avoient détourné quelques particules des reliques les eurent rendues,

le ventleur devint favorable. Ilsachevérentheureusementleur voyage, et abordèrentau port de Saint-George, à cinq milles de Bari. Là ils tirèrent les reliques delà barrique, et les mirent dans une cassette de bois, qu ils avoient préparée pendant le voyage, et la couvrirent d'un drap par-dessus. Cependant ils envoyèrent à Bari, où cette nouvelle répandit une joie extraordinaire. L'archevêque Ourson étoit à Trani, où il devoit s'embarquer le lendemain pour aller en pèlerinage à Jérusalem. On lui envoya un courrier avec des lettres, pour lui apprendre le trésor qu'avoil acquis son église. Il rompit son voyage, et revint en diligence. Cependant les voyageurs avoient remis les reliques à Elie, abbé du monastère de Saint- Benoît, situé sur le port. Il les reçut le neuvième de mai, et les y garda trois jours. L'archevêque étant arrivé les transféra solennellement à l'église de Saint-Etienne, et, pour les garder et recevoir les ofl*randes du peuple, on ne trouva personne plus propre que l'abbé Elie.

Dès que l'on sut que les reliques de saint JNicolas étoienl arrivées à Bari , il y eut un concours prodigieux de peuple de tous les bourgs et les villages du pays. On y vint ensuite^ de

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