Tome IV
toute l'Italie , puis du reste de l'Occident, et ce pèlerinage devint un des plus fameux de la chrétienté; aussi, dès le premier jour, y eut-Il plus de trente personnes guéries de diverses maladies ; plusieurs furent guéries étant arrivées a une croix d'où l'on commencoit à découvrir la ville, et il s'y fit un si grand nombre de miracles, qu'il étoit imoossible de les compter. Ainsi le témoigne Jean , archidiacre de Ban , qui écrivit incontinent après 1 histoire de cette translation par l'ordre de l'archevêque Ourson. On en fixa dés lors la fête au neuvième jour de mai , comme toute l'église latine l'observe encore (1).
XXXIIl. Plaintes de Hugues de Lyon contre \ictor.
Hugues, archevêque de Lyon, un des trois que Grégoire VII avoit désignés pour lui succéder, voyant la longue résistance de l'abbé Didier , conçut de grandes espérances de devenir pape , qui se tournèrent en un furieux dépit quand il vit que Didier avoit accepté. Il le témoigna dans une lettre à la comtesse Mathilde , écrite lorsque Didier alloit à Rome être sacré, et où il parle ainsi : Vous savez que l'élection de l'abbé du mont Cassin fut faite avant que je fusse arrivé à Rome, et il est vrai que mes confrères et moi y consentîmes par foiblesse pour nous accommoder au temps (2) ; mais, quand nous fûmes avec lui au mont Cas^ sin, nous comprîmes, par ses discours, combien nous avions offensé Dieu en le choisissant. Il l'accuse ensuite d'avoir dit qu'il a voit promis d'aider le roi Henri à obtenir la couronne impériale, et qu'il l'avoit exhorté à venir à Rome envahir les terres de saint Pierre, et d'avoir blâmé les décrets du pape Grégoire.
Maintenant, ajoute-t-il, lorsque nous pensions faire à la fin une élection libre, il a convoqué, sous ce prétexte, un concile à Capoue, comme vicaire apostolique de ces quartiers. J'y suis venu de Salerne avec l'abbé de Marseille et l'archevêque d'Aix, et, comme nous voulions traiter l'affaire, l'abbé Didier, feignant toujours de refuser, a commencé par des gestes affectés à exciter le prince de Capoue à le contraindre. Nous, connoissant son artifice, tînmes conseil avec l'évêque d'Ostie et le moine Gui Imond, et, désapprouvant sa légèreté, nous déclarâmes, devant tout le mon de, que nous ne consentirions point qu'il reprît les marques du pontificat, s'il n'étoit auparavant examiné canoniquement sur quelques cas contraires à sa réputation et à la dignité du saint-siège, qui étoienl venus à notre connoissance depuis son élection. Il en fut indigné et déclara publiquement qu'il ne subiroit point d'examen et n'accepteroit jamais l'élection, et s'éloigna de nous secouant les bras. Nous nous retirâmes aussi , parce que la nuit approchoit,
(1) Martyr. R. 9 mai.
(2) Chr. Virdun p 233, to. .X, Conc. p. iU.
HIStOIKE du CHKlSTlAMlSMli.
[Ande J.-C. 1087.
mais le duc Tloger demeura avec lui , ayant retenu Tevéque d'Ostie, les autres évOques romains et les cardinaux.
Le duc pressa long-temps Tabbé Didier de sacrer evéque de Salerne un certain Alfane; mais levêque d'Ostie s'y opposoit, et Didier n'osoit y consentir, parce qu' Alfane étoit convaincu de brigue manifeste. Ainsi le duc le quilla fort en colère; mais Didier, qui désespéroit de parvenir au | oniilicat sans le secours de ce prince, lui envoya un message bien avant dans la nuit; ils se virent, et convinrent que Didier seroit pape et Alfane évêque. 11 fut en elîet sacré le lendemain, dimanche des Rameaux, et le même jour, après le diné et le sommeil de la méridienne, l'abbé, soutenu de
I autorité du duc, prit lui-même la chape sans la participation de l'évéque d'Ostie ni la notre. Alors cet évêque, qui jusque-là avoit marché de bon pied avec nous, voyant quo l'abbe alloit à Rome se faire sacrer par le pouvoir du prince Jourdain , et craignant de perdre sa dignité si un autre faisoit le sacre, manqua de cœur dans l'occasion , et, oubliant la promesse qu il avoit faite, il fit honteusement sa paix avec l'abbé, et lui rendit en tout le respect comme à un pape. Vous apprendrez mieux du porteur com ment il se prépare pour aller à Rome. Telle est la lettre de Hugues, archevêque de Lyon, à la comtesse Mathilde.