XXXIV. Conlinualion du schisme
Cette princesse arriva à Rome peu de temps après que le pape Victor en fut parti, et envoya le prier instamment qu'elle pût avoir la consolation de le voir et l'entretenir (1). Quoique la mauvaise santé du pape l'obligeât à demeurer en place, il ne laissa pas de partir, croyant que 1 utilité de l'Eglise le demandoit, et vint par mer. Etant arrivé à Rome , il fut reçu par la comtesse et son armée, et par tous les catholiques avec une grande dévolicm; il demeura huit jours à Saint-Pierre, et y célébra la messe solennellement le jour de Saint- Barnabe. Le môme jour, il entra dans Rome par le secours de la comtesse. Il éloit mal Ire de toute la partie d au delà du Tibre, nommée Trastevere, du château Saint- Ange, de la basilique de Saint Pierre, des villes d Ostie et de Porlo, et de l'ile du Tibre, où il demeuroit.
II avoit pour lui la plus grande partie des nobb's et presque tout le peuple; mais l'antipape Guiborl étoit maitre du reste de Rome, c'est-àdire presque de toute la ville, et demeuroit au milieu, à la Rotonde, nommée alors Sainte- Marie-des-Tours , parce qu'elle avoit deux clochers (2).
La veille de Saint-Pierre, les Romains du parti de Guibert et de l'empereur voulurent se rendre maîtres de l'église de Saint-Pierre ; mais
(1) Chr. Cass. m, G. 69. (a) Berthold. an. 1087.
les gens du pape Victor la défendirent si bien, qu'ils les empêchèrentd y entrer; ainsi, le jo r de la fête on ne célébra dans cette église aucun office de nuit ni de jour. Le lendemain, les schismatiques y entrèrent, lavèrent lauiel comme profané par les catholiques, et y dirent la messe; mais ils se retirèrent le jour suivant, et Tèglise de Saint-Pierre revint au pouvoir du pape Victor.
Ce pape, poussé d'un grand désir d'abattre les Sarrasins d Afrique, assembla , par le conseil des évêques et des cardinaux . une armée de presque tous les peuples d Italie, et, leur donnant létendard de saint Pierre avec promesse de la remission de t-ms leurs péchés, il les envoya à cette entreprise (i). Ils attaquèrent la ville maritime de Méhédia, nommée aussi Afrique, la prirent et défirent cent mille Sarrasins, et la nouvelle en vint le même jour en Italie, ce qui passa [K)ur un miracle.
Le pape envoya des lettres en Allemagne pour donner part de sa promotion aux seigneurs du royaume (2) , et confirmer la condamnation que Grégoire VII avoit prononcée contre l'empereur Henri. Ces lettres furent lues dans une assemblée générale tenue près de Spire, le premier jour d'août mil quatrevingt-sept , par les seigneurs qui reconnoissoient le pape Victor et ceux qui favorisoient l'empereur Henri. Ce prince y étoit présent, et les seigneurs catholiques lui promirent leur secours pour le recouvrement du royaume s'il vouloit se faire absoudre de l'excommunication. Mais il persista dans son obstination ordinaire, ne voulant pas reconnoître qu'il fût excommunié, quoiqu (m le lui prouvât en face; c'est pourquoi les catholiques résolurent de ne faire aucune paix avec lui. Ladislas, roi de Hongrie, envoya déclarer à cette assemblée qu'il demeureroit fidèle à saint Pierre, c'est-àdire au pape Victor, et il promit de venir au secours des catholiques, s'il étoit besoin, avec vingt mile i hevaux contre les schismatiques.