XXXVII. Sainl Canut, martyr
(i) Chr. Cass. n. 71.
Bertbold. an. 1088.
(ï Berlhold. ann. lOW (3) Ctir. Cim. m, c. 11
1 «'ndant ce concili', qui dura trois jours, le ff^ Victor tomba grièvement malade; et, <l(wnil il lut lini , il retourna au mont Cassin, "» il établit, pour abbé, Odrifc, diacre de
l'glise romaine et prevoi du monastère. Car '".P'ipe avoit jusque-là gardé l'abbaye. Ensuite , ayant appelé les évêques et les cardinaux , il leur recommanda d élire pour pape '"iion, évêque d'Ostie, suivant l'iiitenlion de ^"■t^goire Vil; et, comme t)lhon étoit présent, Victor le prit par la main, el, le présenaiit aix autres évêques, il dit : Recevez-le, y '"rdonnez pour ré:;lise romaine : je vous
onne eu tout mon pouvoir jusqu'à ce que
On rapporte à celle année, mil quatrevi"gl-sep( le martyre de saint'canut, ro ide Danemarck. Après que son frère Harald eut règne deux ans, il fut reconnu roi d'un conscnlement unanime vers l'an mil quatre-vir, et on croit que c'est lui qui est nommé Acon dans deux lettres de Grégoire VII (2) dans a dernière desquelles il l'exhorte à imiter iS vertus de son père, et à bannir de son royaume la coutume barbare d attribuer aux péchés des prêtres le dérèglement des saisons et les ma^ ladies, et de condamner pour le mêmesuiet des femmes innocentes. ^
Le roi Canut continua la guerre qu'il avoit commencée dès le temps de son père. contreTes nations barban-s qui étoient au levan? de la mer Baltique, plutôt pour y établir la reli gion que pour faire des conquêtes, et été gml entièrement les royaumes de Curlande de Sembr-e et d'Estonie (3). Ensuite il se maria avec Elhle ou Adèle, fllle de RobtrU; frison, comte de Flandre, et en eut un Ois nomme Charles. Le roi, Jon père,saîîli5 particu lerement a rétablir la ustice, suivlnt les anciennes lois, et la splendeur d^ la reli gion. Pour attirer aux évêques la vénération de son peuple encore grossier, il leur donna le premier rang entre les seigneurs, et les
la jur diction des laiqu.'s, et permit aux luges mleMastiques de condamner à l'amendeE es fau es contre la religion, dont il leur attribua toute la connoissance. 11 voulut aussi accoutumerson peuple à payer les dîmes à l'Ede ^'p'^r^' ^^ reussitpas, et ce fut la cause
Voulant occuper son peuple à une guerre qu .1 croyoit être juste, il entreprit de regagn.r 1 Angleterre, et lit, pour cet effet, armer une flotte; mais son frère Olaf, qui feignolt d approuver son dessein, le trahit, et fit dé serter son armée. Le roi voulut profiter de ce
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" . . — "lit, i;i cuiDiir les imes pour peine de celle désertion, au lieu e 1 amende qu Ils lui dévoient. Mais les Da-
(1) Chr. Cass. iir, c. 73 Chr. Cass. c. 63. Acta SS.
Jieu.ba;c.i,part.2, p. 425.
(2) vn, Epist. 5, 21.
(3) Saxo, lib. xi, p. iOi
HISTOIRE DU CHIUSTIAMSME
nois aimèrent mieux payer une fois vlp^ gra<«e amende que s'engager à un tribut perpeiuei. Le roi donna ordre de lever I amende avec rigueur, espérant encore les faire revenir à la dime; mais ses commissaires, excédant ses ordres, traitèrent le peuple si cruellement, qu'on en vint à une révolte ouverte. Le roi se retira à Slesvic , puis dans l'ile de Fionie, d'où il vouloit encore passer en Sialande, mais il fut retenu par un nommé Blaccon qui le trahissoit, feignant d'élre le plus lidèle de ses serviteurs.
Enfln le roi fut assiégé par le peuple séditieux dans l'église de Saint-Alban , où il entendoit la messe, comme il avoit accoutumé de faire tous les jours. Deux de ses frères, Eric et Benoît, vinrent à son secours, avec ceux de ses soldats qui purent prévenir l'ennemi, lienoît demeura dans l'église, résolu à mourir avec le roi ; Eric, se trouvant dehors engagé au milieu des ennemis, se fit un passage l'épée à la main, et se sauva. Le traître Blaccon fut le premier à enfoncer les portes de l'église, et fut tué en y entrant Le prince Benoît fut aussi tué à la porte. Le roi , voyant que l'on rompoit les murs de tous côtés, car ils n'étoient que de bois, fit venir le prêtre, et se confessa avec de grands sentiments de pénitence; puis il se prosterna devant lautel les bras étendus, et, en cette posture, fut percé d'une lance poussée par une fenêtre, et blessé à mort ; ensuite on lança sur lui plusieurs autres traits, sans qu'il fit aucun mouvement.
Ainsi mourut le roi Canut, le samedi dixième de juillet mil quatre-vingt-sept. Les miracles qui se firent à son tombeau déclarèrent bientôt sa sainteté; et les auteurs de sa mort ne pouvant les nier, et ne voulant point avouer leur crime, disoient qu'il s'éloit sanctifié par la pénitence dans les derniers moments de sa vie. On le compte pour martyr, parce que le zèle de la religion fut la cause de sa mort ; mais il ne faut pas le confondre avec le duc Canut, son neveu, aussi martyr, que l'Eglise honore le septième de janvier. La reine Adèle, veuve du roi Canut, se retira en Flandre avec son fils Charles, qui en fut depuis comte , et mis aussi au nombre des saints.
XXXVm. Mon de Guillaume, roi d'Angleterre.
La môme année mourut Guillaume, roi d'Angleterre, le plus grand prince qui portât alors couronne (1). Etant venu en Normandie pour faire la guerre au roi de France touchant le Vexin, il tomba malade à Rouen, et fut traité, entre autres médecins, par Gissebert, évéque de Lisieux , et Gontard , abbé de Jumiége. Il avoit trois fils, Robert, Guillaume et Henri; Robert sétoit plusieurs fois révolté <ontre lui, et éloit alors auprès du roi de
(l) Oderic. lib. vii, p. 655, D.
(AndeJ.-C. 108T.
France , les deux autres étoient avec le roi leur père. Se sentant près de sa fin, il les fit venir et quelques-uns des seigneurs ses confidents, et traita avec eux de la disposition de ses états. H laissa le duché de Normandie à Robert, son fils aîné ; le royaume d'Angleterre à Guillaume le roux, son second fils ; et au troisième, Henri V, mille livres d'argent. Il donna le reste de son trésor a x églises et aux pauvres, et en régla lui-même la distribution.
Il parla long-temps aux assistants; et premièrement se reconnut couf)able de grands péchés, principalement du sang répandu en tant de guerresqu'il avoit soutenues. Il repassa les principaux événements de sa vie, et ajouta (Ij; J'ai toujours honoré l'Eglise, et n'ai jamais vendu les dignités ecclésiastiques, détestant la simonie; au contraire, dans le choix des prélats, j'ai cherché les personnes les plus dignes, autant qu'il m'a été possible; comme : Lanfranc, archevf'que de Cantorbérv, Anselme, abbé du Bec, Gerbert de F^mlènelle. Durant de Troarn , et plusieurs autres. Je les «ai attirés auprès de moi, et me suis fait un plaisir de profiter de leurs sages conseils. IVles pères avoient fondé en Normandie neuf abbayes de moines et une de religieuses; et, grâce à Dieu , elles se sont augmentées de mon temps et par mes bienfaits. Depuis que je suis duc, on a bâti dix-sept monastères de moines et six de religieuses, où l'on fait tous les jours beaucoup de services et de grandes aumônes. Ce sont les véritables forteresses de la Normandie. J'ai aussi confirmé gratuitement toutes les donations que mes barons ont faites à l'Eglise, tant en Normandie qu'en Angleterre. 11 exhorta ses enfants à suivre son exemple, et à prendre toujours le conseil des honunes doctes et pieux.
On le pria de relâcher ceux qu'il tenoit en prison, ce qu'il accorda, à la réserve d'Eudes, évéque de Bayeux , son frère utérin , qu il avoit fait arrêter quatre ans auparavant à celle occasion (2). Quelques sorciers romains cherchèrent qui seroit pape après la mort de Grégoire \ II , et trouvèrent qu'il se nommeroit Eudes. L'évéque de Bayeux , l'ayant appris en Angleterre, où il étoit comme vice-roi, envoya à Rome , y acheta un palais qu'il meubla magnifiquement, et fit de grands présents aux sénateurs pour gagner leur amitié. Il s'assura du comte de Chester et d'un grand nombre de chevaliers , à qui il lit de grandes promesses ; et ils s'enf^agèrent par serment à le suivre en Italie. Le roi Guillaume, averti de ces préparatifs que faisoit l'évéque, son frère, crut son dessein préjudiciable à l'état ; et pour l'arrêter se pressa de passer en Angleterre. Le prélat, de son côté, venoit en Normandie avec un grand appareil ; mais il fut bien surpris de rencon-
Ande J.-C. 1087.]