‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1571 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-TROISIÈME

(1) P. e.'is, D.

(2) Ibid. p. W6. D.

trerleroi dans l'ile d'Wight. Le roi assembla les seigneurs , et leur dit : Avant que de passer en Normandie, je laissai le gouvernement de l'Angleterre à l'évéque de Bayeux , mon frère, qui y a commis des vexatiims inouies contre les peuples et œntre les églises mêmes qu'il a dépouillées; et maintenant, sur des espérances frivoles, il a débauché mes troupes nécessaires à la garde du pays pour les mener au delà des Alp<»s. Que me conseillez -vous de faire en cette occasion ? Comme personne n'osoit dire son avis ni prendre l'évéque, quoique le roi l'eût commandé, il le prit lui-même. Le prélat s'écria : Je suis clerc, on ne peut condamner un évéque sans jugement du pape. Je ne vous condamne pas comme évéque , dit le roi, mais comme comte , qui doit me rendre raison du gouvernement du royaume que je lui ai confié. 11 le fit donc mener en Normandie , et enfermer au château de Rouen, où il demeura quatre ans.

Le roi étant à l'article de la mort , comme on le pressoit de délivrer ce prélat, il dit (1) : Vous devriez considérer pour qui vous me priez ; pour un homme qui méprise et déshonore la religion, pour un séditieux qui ne sera pas plutôt en liberté qu'il troublera tout le pays, et fera périr bien du monde Toutefois, je vois bien que, quand je vous le refuserois , il sera bientôt délivré après ma mort : ainsi je l'accorde , quoiqu'à regret. Le roi Guillaume, ayant ainsi donné tous ses ordres, mourut le jeudi neuvième de septembre mil quatre-vingtsept, âgé de soixante-quatre ans, dont il avoit régné vingt-un ans comme roi d'Angleterre , et cinquante-six comme duc de Normandie.

Son corps fut porté à Caen , pour être enterré dans l'abbaye de Saint-Fltienne qu'il avoit fondée. Guillaume, archevêque de Rouen, fit la cérémonie des funérailles , assisté des six évêques, ses suffragants , et de plusieurs abbés. Après la messe, et avant l'inhumation, Gilbert, évéque de Lisieux , monta en chaire , et fit l'oraison funèbre , après laquelle il exhorta le peuple à prier pour le prince défunt, et à lui pardonner s'il avoit ofl'ensè quelqu'un d'entre eux. A ce discours plusieurs répandirent des larmes ; mais un nommé Ascelin , fils d'Artus, se leva dans la foule, et dit à haute voix : Cette place où vous êtes étoit la cour de la maison de mon père, que celui p(>ur qui vous priez , n'étant encore que duc de Normandie , lui ôla par violence, et sans en faire aucune justice, y bâtit cette église. Je réclame donc celte terre, et je défends delà part de Dieu que le corps de l'usurpateur soit enterré dans mon héritage. Les évêques et les seigneurs , ayant appris des voisins qu'il étoit ainsi , apaisèrent Ascelin par la douceur , et lui donnèrent sur-le-champ soixante sous pour la seule place de la sépulture , promettant de le satisfaire pour le reste , comme ils tirent peu de " — — ^^^^— »»^— ^— ^■— ^»»— ^— — ^-— ■^■"'

temps après. En faisant l'inhumation, le cercueil se trouva trop court, en sorte qu'il fallut plier le corps pour l'y faire entrer , ce qui fit crever le ventre , car il éloit très-gros ; et il répandit une odeur qui ne put être corrigée ni par l'encens, ni par les autres parfums. On se pressa de finir la cérémonie, et cet accident fit faire de tristes réflexions sur la vanité des grandeurs humaines.

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