XL. Fin de Bérenger
Au commencement de l'année suivante, mourut Bérenger, si liimeux par ses erreurs! Il ne persista guère dans la confession de foi qu'il a voit faite au concile de Rome en nnl soixante-dix-neuf, et, sitôt qu il fut revenu en France, il la réfuta par un écrit qui subsiste encore(2 . L'année suivante, mil quatre-vingt, au mois d'octobre , on tint un concile à Bordeaux , où assistèrent deux lé-ats du sainlsiege, Amat et Hugues, avec trois archevêques, Goscelinde Bordeaux, Raoul de Tours, Guillaume d'Auch, et plusieurs autres évcfques. En ce concile , Bérenger, amené apparemment par l'archevêque de Tours, rendit raison de sa foi , soit pour confirmer la profession qu il avoit faite à Rome , soit pour rétracter son dernier écrit. Depuis ce concile, il n'est plus parlé de lui dans les auteurs du tempsjusqu'à sa mort, arrivée le quinzième de janvier mil quatre-vingt-huit. Il avoit prés de quatre-vingt-dix ans, et il est loué pour sa charité envers les pauvres (3). Quoiqu'on ne voie point d'acte authentique de sa dernière rétractation, il est certainqu il mourut dans la communion de l'Eglise ; et on tient pour constant qu'il passa les huit dernières années de sa vie dans la pénitence, en l'ih'de Saint-Côme prés de Tours. Il fut enterré dans le cloître de Saint-Martin de la môme ville , et deux poètes fameux du temps lui tirent des épilaphesma gnifiques , Hildebert, depuis évéque du Mans et Baudri , abbé de Buurgueil. '
hier et donner un chef à IKglise prête à loniber. S'étanl réunis, ils écrivirent à Rome aux clercs etaux laïques catholiques,quet(»usceu\ qui pourroient vinssent à TcTracine la première semaine de carême ; et que ceux qui ne jMmrroienl envoyassent un député avec pouvoir par écrit de consentir à leur nom. Ils écrivirent de mêmeà tous lesévêques el les abbés do
Campanie,desprineip;iutésetdelaPouille.L'nssemblée se tint en enélàTerracine,h'mercre(li de la première semaine de carême , qui éloit la huitième de mars mil qualre-vii gl-huit. De la partdes Romains, Jean, év^^que de Porto, avoit pouvoir de tous les cardinaux et de tout le clergé catholique, et le prefel Benoit de tous les laïques; ils étoienl en tout quarante, tant evêques qu abbés.
Le lendemain , jeudi . ilss'assemblèrenl dans l'église cathédrale dediee à saint Pierre et à saint ( ésaire; et, quand ils fun ni assis, l'évêque de Tusculum se leva el rapporta ce que le pape Gregoir' et ensuite le pape Yict<)r, a voient ordonné }H)ur le g<>uvernement de LEglise , et quel étoit le sujet de l'assemblée. L'evêque de Porto et h; préfet Benoit représentèrent leurs pouvoirs; Ordérise, abbé du mont Cassin , 1 archevtkjue de (Papoue , et tous entin approuvèrent cequiavoitéte dit, et l'on convint de passtT ces trois jours, jeudi, vendredi et samedi . en jeûnes et en prières accompagnées d'aumônes, \)imr demander à Dieu de faire connoître sa voUmIé.
Le dimanche , douzième de mars, ils s'assemblèrent tous de grand matin dans la même église , et, après qu ils eurent délibéré quelque temps , les trois cardinaux qui eloient à la tête du concile, savoir, lesévckjues de P(»rto, de Tusculum et d Albane se levèrenl , montèrent sur l'ambon, et prononcèrent tout d une voix qu'ils éloient d'avis d élire p(»ur papel evêque Othon. Ils demandèrent selon la coutume lavis de I assemblée, et tous répondirent àhautevoix qu'ils approuvoic ntce choix, et qu Othon étoit digne d être pape. L'évtkpie d Albane déclara qu on devoit le nomnier Lrbain, et tous se levèrent , le prirent, lui ôlèrentsa chape de laine, le revêtirent d'une de pourpre, et, avec des acclamations el l'invocation du Saint-Esprit , le Iralnèrenl à l'autel de Saint-Pierre, et le mirent dans le trône de l'evêque. Il célébra la messe solennellement, et tous se retirèrent chez eux avec joie en action de grâces.
Le pape Urbain II, dès le lendemain de son élection, écrivit à lo s les catholiques pour leur en donner part, et leur déclarer qu il suivroit en tout les traces de Grégoire VII. De ces lettres, on a celle qu'il écrivit à l'archevêque de SallzlK)urg et aux autres évYtjues d'Allemagne, celle qu'il écrivit aux évalues delà
AndeJ.C. 1088.
pro^ince de Vienne, et la lettre à saint Hugues de Clugny , dont il se reconnoissoit disciple. Peu de temps après, le pape vint au mont Cassin, d'où il lira le moine Jean Gaétan, qu'il fit diacre cardinal de Téglise romaine, et qui fut depuis pape sous le nom de Gélasell(l).