‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1577 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-TROISIEME

ri) T5orlho!d. ann. 1088. C. 13.

Chr. Cuss. IV, c. 5, 7 (3» Roderic.

(i Oib. lOp. 1 K6, lom. 2*, 25.

X, Conc. Gaufr. Malal. iv,

pour être clerc, puis il porta les armes ; mais étant tombé malade , il embrassa la vie monastique à Sainl-Orens d'Auch, d'où il fut appelé par saint Hugues à Clugny , et y vécul très-régulièrement. Ensuite le roi Alphonse, voulant rétablir le monastère de Saint-Fagon,etle distinguer autant en Espagne que Clugny l'étoit en France , envoya demander à saint Hugues un sujet digne d'en être abbé , et ce saint lui envoya Bernard, qui se fit tellement aimer, que peu après il fut élu tout d'une voix archevêque de T(dède, dans le concile que le roi y avoit assemblé pour ce sujet.

Le roi étant allé vers Léon , le nouvel archevêque, poussé par la reine Constance, se saiMl à main armée de la grande mosquée , y dre>sa des autels el mit des cloches dans la grande tour (1). C'éloil contre la parole du roi, qui avoit promis aux Maures de leur conserver celle mosquée; c'est f)ourquoi, l'ayant appris , il en fut tellement irrité, qu'il revint promptement à Tolède, el menaçoit défaire brûler l'archevêque et la reine. Les iMaures, l'ayant appris , vinrent au devant du roi avec leurs femmes el leurs enfants; el, comme il crut qu'ils venoient se plaindre, il leur dit: Ce n'est pas à vous que l'on fait injure, c'est à moi, qui ne pourrai plus me vanter d'être fidèle à mes promesses; c'est mon intérêt de vous satisfaire par une sévère vengeance. Les Maures lui demandèrent à genoux et avec Lirmes de les écouler. Ils retinrent son cheval, et ils dirent : JNous savons que l'arc hevêque est le chef de votre loi ; si nous si^mmes cause de sa mort , les ( hrétiens nous extermineront un jour, et, si la reine périt à cause de nous, nous serons loujoursodieux à ses enfants, et ils s'en vengeront après votre règne. C'est pourquoi nous vous prions de leur pardonner, el nous vous quittons de votre serment. Le roi fut ravi de conserver la mosquée sans manquer à sa parole.

Le pape Grégoire VII , à la prière du roi Alphonse (2) , avoit envoyé Richard, abbé de Saint- Victor de Marseille, en qualité de son légat, pour rétablir la discipline dans les églises d Espagne, où elle avoit été si long-temps interrcmipue par la domination des Maures ; mais Richard se conduisit mal dans sa légation, et l'archevêque Bernard alla à Rome en porter ses plaintes. Il trouva sur le saint-siège Urbain II, qui le reçut très-favorablement, el lui d<mna le palliura'avec un privilège, qui lélablissoit primat sur toute l'Espagne. Cette bulle est du quinzième d'octobre mil quatrevingt-huit, adressée à l'archevcH|ue Bernard, et le pape dit en substance (3) : Nous rendons à Dieu de grandes actions de grâce de ce que l'église de Tolède , dont la dignité est si ancienne , et dont l'autorité a été si grande en Espagne et en Gaule , vient d'être délivrée de

VI , c. 23,

(1) Maria ix, Hist. c. 27. (3) To. v, Conc. p.l635.

Si2

HISTOIRE mJ CHRISTIANISME.

Toppression des Sarrasins après environ trois cent soixante-dix ans. C'est pourquoi, tant par le respect de cette église, qu'à la prière du roi Alphonse, nous vous donnons le pallium, c està-dire la plénitude de la dignité sacerdotale; et nous vous établissons primat dans tous les royaumes des Espagnes, comme il est certain que l'ont été anciennement les évéqucs de Tolède. Tous les évéques des Espagnes vous regarderont comme leur primat; et, s'il s'élève enlr'eux quelque que tion qui le mérite , ils vous en feront le rapport , sauf toutefois les privilèges de chaque métropolitain.

On voit, par les paroles de cette bulle, que le pape Urbain ne prétendoit pas ériger de nouveau la primatie de Tolède , mais la rétablir , comme ayant subsisté avant l'invasion des Sarrasins: ce qu'il tenoit pour certain, se fondant sans doute, comme Grégoire YII, sur la fausse décrétale d'Anaclet, qui marquoit les primats comme établis par toute l'Eglise dès son origine. Mais le lecteur se peut souvenir que, dans toute la suite de Thisloire, il n'a rien vu jusqu'ici de la primatie de Tolède. Sous les Romains: l'Espagne ètoit divisée en cinq provinces, Tarraconoise, Carthaginoise, Bèlique, Lusitanie et Galice; dontles métropoles étoient- Tarragone , Carthagène , Séville , Mèrida et Brague : Tolède n'étoit que simple évéché. Carthagène ayant été ruinée par les Suèves en quatre cent soixante-un, Tolède, devenue la capitale des roisGoths, prit aussi la dignité de métropole, comme on voit au second concile de Tolède en cinq cent trentivun : ce qui fut conGrmé l'an six cent dix , en déclarant que l'évéque de Tolède étoit primat de toute la province carthaginoise ; mais le litre de primai ne signifie là que métropolitain , puisqu'il ne s'étend que sur une province (1). Au douzième concile de Tolède, tenu en sixcent quatre-vingt un, on augmenta considérablement l'autorité de l'archevêque, en lui donnant le pouvoir d'ordonner tous les évéques d Espagne. Mais il n'avoit jamais eu de juridiction sur les autres archevêques, ni par conséquent de véritable primatie ; aussi le pape, pour appuyer le droit de Bernard , le Gt son légat en Espagne à la place de Richard.

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