LIVRE SOIXANTE-TROISIEME
entra dans le monastère d'Hirsauge pour y faire pénitence. Les habitants de Metz chassèrent entièrement de la ville l'usurpateur Brunon , et s'engagèrent par serment à ne recevoir point d'autre évêque qu'Herman, leur légitime pasteur, alors prisonnier en Toscane, où il aima mieux demeurer, que d'embrasser le schisme pour jouir de son évéché ; Vécilon, archevêque de Mayence, et Meinard , évêque de AVirtzbourg, les plus savants des schismatiques, niourur nt excommuniés. Mais les catholiques tirent de grandes pertes, Berthold et Bernard , savants hommes et docteurs fameux moururent. Burchard, évi^iued'Halberstat, fut tué le sixième d'avril, Gébehard, archevêque de Saltzbourg, mourut le quinzième de juin; c'étoit le chef des catholiques , et il nous reste un livre de lui contre les schismatiques. Pierre Ignée, moine de Vallombreuse, et depuis cardinal évêque d'Albane, mourut le huitième de janvier de l'année suivante, mil quatre-vingtneuf, en grande réputation de sainteté. Le roi Herman , abandonné des Saxons se retira en Lorraine , où il mourut cette année mil quatrevingt-huit, la septième de son règne ; mais les Saxons chassèrent bientôt de nouveau l'empereur Henri (1).
L'année sui vantemil quatre-vingt-neuf, Herman, évc'que de Metz, revint chez lui après une longue captivité, et y fut reçu agréablement de plusieurs. L'usurpateur Brunon tomba dans un mépris général, étant odieux par ses mœurs infâmes, même à l'empereur Henri , qui lui avoit vendu cet évéché. Entin, il fut réduit à se retirer chez le comte Albert, son père, qui étoit du parti catholique. Outre Herman, il y avoit quatre évéques qui soutenoient les catholiques en Allemagne , savoir : Adalbéron de W irtzbourg, Altman dePassau, Albert deWormes, et Gébehard de Constance. Ce dernier étoit parfaitement connu du pape Urbain qui l'avoit lui-même ordonné évcViue étant légat en Allemagne : c'est pourquoi il le lit son légat dans ce royaume, c'est-à-dire dans toute l'Allemagne, la Bavière, la Saxe et les pays voisins, par une lettre décrétale donnée en concile.
Gébehard avoit envoyé à Rome Eginon , depuis abbé de Saint-Ulricd'Augsbourg, qui, s'étant déguisé, échappa aux schismatiques. Il portoit des lettres par lesquelles Gébehard consultoit le pape sur plusieurs questions touchant les excommuniés. Sur quoi le pape lui répondit par cette décrétale (2) : Nous tenons pour excommunié au premier degré l'hérésiaque de Ravenne, usurpateur de l'église romaine, avec le roi Henri. Au second rang ceux qui les aident d'argent, de conseil ou d'obéissance, principalement en recevant d'eux ou de leurs fauteurs les dignités ecclésiastiques. Au troi-
(1) Hisl. Compost. M. S.
(2) 8, q. 3, c. 2. Alarca V. Concord. c. il et ♦.
Marca Hisp. 466.
(3; Borthold. au. 1088.
(1) Berlhold. an. 1089.
Sup. liv. lAi, n. 2i. Dertbold. ai). 1089.
(i) Udescalc. t. l,Canis.
to. .X, Conc. p. 445.
sièrae rang sont ceux qui communiquent avec eux. INous ne les excommunions pas nommément , mais nous ne les recevons point en notre société sans pénitence, que nous modérons, selon qu'ils ont agi par ignorance, par crainte ou par nécessité. Car nous voulons que l'on traite avec plus de rigueur, ceux qui sont tombés volontairement ou par négligence : ce que nous laissons à votre discrétion.
Quant aux clercs ordonnés par des évéques excommuniés, nous n'en portons pas encore de jugement , parce qu'il faut un concile général ; nous vous répondons toutefois , quant à présent, que vous pouvez laisser dans les ordres qu'ils ont reçus ceux qui ont été ordonnés par des évéques excommuniés mais auparavant catholiques , pourvu que ces évéques ne fussent pas simoniaques, et que les clercs dont il s'agit, n'ayent pas reçu d'eux les ordres par simonie; pourvu aussi qu'ils soient recommandables par leurs mœurs et leur doctrine. A ces conditions vous pourrez les laisser dans leurs ordres, après leur avoir imposé la pénitence que vous jugerez convenable. Mais nous ne leur permettons point de monter aux ordres supérieurs, sinon pour une grande utilité de l'Église, et rarement. Le pape permet de même pour la nécessité présente de l'Eglise contre les schismatiques, de laisser ou rétablir dans leurs fonctions les prêtres et les autres clercs tombés dans le crime , marquant toutefois qu'il ne veut point donner atteinte à l'ancienne discipline , qui ne réhabilitoit jamais les clercs criminels, quelque pénitence qu'ils eussent faite.
Le pape donne ensuite à Gébehard la juridiction sur l'île de Richenou, sauf l'exemption des moines, auxquels il lui commande de donner un abbé catholique aussi bien qu'à Saint- Gai et aux autres monastères qui en manquent. H lui enjoint encore de pourvoir aux évêchés d'Aouste et de Coire, et aux autres où l'évéque de Passau ne pourra venir. Car, ajoutet-il, nous lui avons donné, comme à vous, la commission de gouverner à notre place la Saxe, l'Allemagne et les autres pays voisins , atin que vous réprouviez les mauvaises ordinations, que vous conGrmiez les bonnes , et que vous régliez toutes les affaires ecclésiastiques , après avoir pris conseil des hommes pieux , jusqu'à ce que vous puissiez recevoir un légat plus particulier du saint siège. La bulle est datée de Rome, le dix-huitième d'avril.
XLYI. Suite du schisme.
Il n'étoit pas aisé de tenir alors le juste milieu entre la trop grande indulgence, qui eût alfoibli la discipline , et la rigueur excessive , qui eût révolté les coupables. Car Guibert et ses sectateurs ne cessoient de faire des ordinations dans les lieux de l'obéissance du roi Henri , et de les vendre bien cher. Ce qui mul-
ki
tiplioit tellement le nombre des excommuniés ,
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[An deJ.-C. lo8y.
An de J.-C. 1080.]