‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1581 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-TROISIEME

que les catholiques avoicnt bien de la peine à les éviter. Le pape tint celte année un concile général de cent quinze evéques, où il y a apparence que l'on confirma l indulgence à l'égard des schisnialiques (1). Car les Romains chassèrent honteusement Guibert , et lui firent promettre par serment qu il n'usurperoit plus le saint-siége. Il conservoit toujours celui de Rayenne. et dans toutes les chartes de celle égfise il se nomme (juiberl , archevêque, hors une seule, où il prend le nom de Clément : et ce qui est de plus singulier, celles où il se nomme Guibert sont datées du ponlilicat de Clément, comme si c'étoient deux hommes diflérents.

Lesd'ux partis cherchoient à laire la paix : et il y eut une conlérence des ducs et des comtes catholiques avec l'empereur Henri (2). Ils lui promettoient leur secours [)our le rétablir dans son royaume s'il vouloit abandonner Guibert et reconnoitre Urbain; et il ne s'en éloignoit pas beaucoup ; mais il vouloil avoir le consentement des seigneurs de son parti. Entre ceux-ci étoient les évèques ordonnés par les schismatiques,qui, voyant qu ils seroient infailliblement déposés avec Guibert, détournèrent absolument l'empereur de se réconcilier avec le pape.

Pour fortifier d'autant plus le parti catholique, le pape Urbain persuada à la comtesse Mathilde d'épouser Guelfe , fils de Guelfe, duc de Bavière , et petit-lils d'Azon , marquis de Ferrare. Mathildeéloit veuve depuis treizeans, et en avoit quarante-trois : aussi ne fit-t-elle ce mariage que par obéissance au pape, pour être mieux en étal de soutenir l'église romaine contre les schismatiques; et Guelfe protesta depuis qu'il ne lui a voit jamais loue hé. Ce mariage aflligea fort l'empereur Henri (3). °

XLVll. Fin de Lanfraiic de Canlorbéry.

L'Angleterre perdit cette année l'archevêque Lanfranc, une des grandes lumières de ce siérle , le restaurateur de lAngleterre pour le spirituel, comme le roi Guillaume le conquérant pour le temporal (4). Ce prince» avoit une telle confiance en lui, que quand ildemeuroil en Normandie il laissoit a Lanfranr la garde de l'Angleterre; tous les seigneurs luiobeissoienl et l'aidoient à défendre le royaume et y maintenir la paix, suivant les lois du pays; Laniranc ne laissoit pas de venir quelquefois trou ver le roi en Normandie, comme il fit en mil soixantedix-sept. H profita de cette occasion pour revoir l'abbaye du Bec, dont il avoit été tiré ; et il y fut reçu avec la joie quelon peut imaginer par le vénérable abbé Hellouin , qui avoit déjà

(1) Berlhold. aiin. 1089.

ra^ To X, Co. |). !siM.

E\ Tiiib. Ili t. Haven. liD. v, p. 311.

('.) Sup. liv. LXil, n. .32.

BiTihol». ai. lî.S'jot 10!)5.

k'*-j ViU Laufr. c. 15.

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été le visiter en Angleterre. Dans l'une cl l'autre visite , Linifranc , oubliant sa dignité reconnoissoit toujours Hellouin pour son mai' tre: à Canlorbéry, il lui rendit tous les honneurs possibles ; au Bec, il voulut être traité comme les autres moines, et vécut avec eux en frère, reprenant son ancienne place do prieur, au lieu delà chaire épiscopale qu'on lui avoit préparée. 11 tit la dédicace; de l'église de ce monastère le vingl-troisième d'octobre mil soixante- dix-sept (1).

L'arche vêHjue Lanfranc rebAtil de fond en comble l'église mélropolilaine de Canlorbér), brûlée quelques années auparavant , et répara les lieux réguliers pour les moines qui desservoienl cette église. H bâtit deux hôpitaux hors de la ville, et retira plusieurs terres aliénées de son église. 11 s'opposa aux vexations d'Eudes, frère du roi Guillaume, évêque de Bayeux el comte de Kent, et délivra , non-seulement les sujets de l'église, mais tous les habitants de la province des exactions indues d<mt il les avoit chargés (2). Lanfranc permit à Thomas , archevêque d'York, de faire ordonner un évêque pour les îles Orcades par deux evêques suflragants de Canlorbéry; mais il srpprinia le siège episropal de Saint-Martin au faubourg de Canlorbéry, où toutefois il n'y avoit qu'un corévêque.

INonobstant ses grandes occupations, il s'appliquoit a corriger les exemplaires des livres ecclésiastiques, particulièrement des saintes Ecritures, et on en trouve encore de corrigés de sa main (3). 11 étoit très-libéral, et ses aumônes montoient par an jusqu'à cinq cents livres. 11 mourut la dixième année de son p<mti- Gcat, le vingt-huilièmede mai mil quatre-vingtneuf. H laissa plusieurs écrits dont les principaux sont le traité de l'eut haristie par Berenger, el diverses lettres. Sa doctrine rendit l'abbaye du Bec uneecolecélèbre ; et ce fut alors que les iNormands commencèrent à cultiver les lettres, qu'ils a voient négligé<*s depuis leur conversion, sous leurs cinq premiers ducs. Mais on venoit étudier sous Lanfranc des provinces voisines, de France, de Gascogne, de Hrelagne, de Flandre. Entresesdiseiples les plus fameux, furent : Anselme, de puis pape, sous le nom d Alexandre 11 ; Guitmond, arch( vê^que d'Averse; Guillaume, ar(hevê(|ue de Bo. en; Ilernosl el Gondulfe, évêques de Ro( hester; Foulques de Beauvais , Ives de Chartres et plusieursautresevêques,surtoul saint Anselme, son successeur dans le siège do Canlorbéry

XLVIII Métropole de Tarragone.

Bérenger, évtVjue d'Ausone ou Vie en Catalogne, étoit depuis long-temps à Home, où il poursuivoit le rétablissement de la métropole

1 C. 7, 8. V;ta Mnl Saji!. 0, lien. par. 2, p. aôi.

2 \'la f.nnfr. ii. 20, 21, 31. Luufr. hp. n. 32

de Tarragone fl). Celte ville , qui sous les Romains donnoit le nom au tiers de l'Espagne, avoit été tellemej t ruinée depuis linvasion des Maures , que son èvêctié avoit été uni à celui d'Ausone, et la province soumise à la métropole de JNarbonne pendant quatre cents ans. Bérenger oblinl du pape Urbain 11 une bulle adressée aux trois comtes, Bérenger de Ba^celon(^ Ermengaud d'Urgel el ernard de Bésalu, aux évêques de la province el à tout le cierge et à la noblesse, par laquelle le pape les exhorte à faire tous leurs elTorts pour rétablir la ville de Tarragone, en sorte que l'on puisse y remettre un siège épiscopal (2). Il leur donne celte bonne oeuvre pour pénitence, et promet à ceux qui dévoient aller à Jérusalem ou ailleurs la même indulgence que s'ils avoient accompli leur pèlerinage. Cette ville étant rétablie |X)ur le temporel , il promet de lui rendre ses privilèges |>our le spirituel , c'est-àdire le droit de métropole; sauf touteiV^is le droit de 1 église de iNarbonne , si elle peut montrer que la province de Tarragone lui appartienne par l'aulorilé du saint-siége. Cette bulle est datée de Rome, du premier de juillet, la seconde année du pontifical d Urbain 11 , indiclion douzième, qui est 1 an mil quatrevingt-neuf. Elle fut expédiée par Jean , diacreacrdinal , qui est Jean Gaétan ; et l'on voit par-là que dès lors il étoit chancelier de l'éjflise romaine. Celte affaire eut des suites, et Béreng r devint, comme il prélendoil, archevêque de Tarragone.

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