IV. Erreur de Roscelin de Compiégne
Vers le même temps, Renauld , archevêque de Reims, tint un concile à Compiégne, où fut condamnée l'erreur de Roscelin , docteur fameux , mais qui sa voit plus de dialectique que de théologie (2). Il disoit, que les trois personnes divines étoient trois choses séparées, comme trois anges ; en sorte , toutefois , qu'elles n'avoient qu'une volonté et qu'une puissance. Autrement il auroit fallu dire, selon lui, que le père elle Saint-Esprit s'étoient incarnés 11 ajoutoit que l'on pourroit dire véritablement, que c'étoient trois dieux si l'usage le permettoit. Il disoit, pour s'autoriser, que Lanfranc, archevêque de Cantorbéry, avoit été de cette opinion, et que c'étoit encore celle d'An selme , abbé du Bec.
(1) Ivo. Ep. 12. Gall. Ctir. (2) To. x, Conc. p. 484.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
Anselme l'ayant appris, écrivit en ces termes a Foulques, évêques de Beauvais, quiavoit été son disciple (1) : Comme je crois que \ous assisterez au concile que l'archevêque de Reims doit tenir dans peu sur ce sujet , je veux que vous soyez instruit de ce que vous devez ré pondre pour moi , s'il est à propos. Quant à I archevêque Lanfranc, tant de personnages vertueux et savants qui l'ont connu peuvent rendre témoi-nage qu'il n a jamais rien dit de semblable, et la mort le mel à couvert de (ou(e nouvelle accusation. Pour moi, je veux que tout le monde sache , que je crois ce qui est contenu dans les trois symboles ; et quiconque en me quelque chose, et en particulier qui soutiendra le blasphème que l'on attribue à Roscelin, qu'il soit anathème. On ne doit lui demander aucune raison de son erreur, ni lui en rendre aucune de la vérité que nous soutenons. Car ce seroit une extrême simplicité, de mettre en question notre foi si solidement établie à l'occasion de chaque particulier qui ne l'entend pas. Il faut défendre notre foi par raison contre les infidèles, mais non pas contre ceux qui portent le nom de chrétiens. Je vous prie de porter cette lettre au concile , ou , si vous n'y allez pas , de l'y envoyer par quelqu'un des vôtres , pour y être lue publiquement , s'il est besoin.
Roscelin comparut au concile de Compiè^ne où il fut convaincu d'erreur, et obligé de l'abjurer. Mais il ne laissa de l'enseigner ensuite , disant qu'il n'a voit abjuré que parce qu'il craignoit d'être assommé par le peuple (2). Ives de Chartres lui fit des reproches de cette récidive, l'exhortant à se rétracter sérieusement, et à faire cesser le scandale qu'il a voit causé dans l'Eglise.