III. Concile d Étampes
Richer, archevêque de Sens , irrité de ce que, sur son refus, Ives étoit allé à Rome se faire sacrer par le pape, lui écrivit une lettre pleine d'amertume et de mépris (2), où il ne le traitoit ni d'évêque ni de confrère, et l'accusoit de vouloir démembrer sa province en usurpant le siège de l'évêque Geoffroy, qu'il ne tenoit point pour déposé. Ives lui répondit : Si je suis un étranger à votre égard , pourquoi m'appelez vous en jugement, et pourquoi prétendez-vous que je vous doive obéissance? Vous vous élevez manifestement contre le saint-siège en voulant détruire ce qu'il a édifié, et vous ne ménagez pas assez votre réputation quand vous nommez évêque et vous efforcez de rétablir un bouc émissaire dont les adultères, les impuretés, les parjures, les trahisons ont été publiés presque dans toute l'église latine, et dont le pape, vous écrivant à vous-même, a défendu sous pe ne d'excommunication de le favoriser pour entrer dans le siège de Chartres.
Vous traitez par dérision la bénédiction telle quelle , celle que j'ai reçue pr l'imposition des mains du pape et des cardinaux ; quoiqu'il appartienne au saint-siège de confirmer ou d'infirmer les consécrations , tant des métropolitains que des autres évêques , d'examiner vos constitutions et vos jugements, et ne soumettre es siens à l'examen d'aucun de ses inférieurs.
't) Sup. 1. Lvm, n. 52. (2) Ivo. Ep. 8.
Ives apporte ensuite des passages de saint Gélase et de saint Grégoire , pour montrer que les jugements du pape ne sont point sujets à révision. Il conclut qu'encore qu'il n'ait point été appelé canoniquement , il est prêt à se présenter en lieu sûr dans la province de Sens, même à Etampes, pourvu qu il ait un saufconduit du comte Etienne, qui l'assure, tant de la part du roi que de l'archevêque. Etienne étoit comte de Chartres et de Champagne, et les hostilités universelles obligeoient à prendre de telles précautions pour de si petits voyages.
L archevêque Richer tint en effet un concile à Etampes par le conseil de Geoffroy, évêque de Paris, homme de grand crédit (1). II étoit frère d'EusIache, comte de Boulogne, et oncle de Godefroy de Bouillon depuis si fameux. II étoit chanchelier du roi Philippe , ou plutôt grand- chancelier ; car on en voit plusieurs autres qui firent la fonction sous lui. L'évêque de Chartres Geoffroy étoit aussi son neveu, et c'est ce qui excitoit l'évêque de Paris à prendre cette affaire à cœur. Il assista donc au concile d' Etampes avec les évêques de M eaux et de Troyes , de la même province, et qui agissoient par le même esprit. En ce concile, l'archevêque accusa Ives de Chartres de s'être fait ordonner à Rome, prétendant que c'étoit au préjudice de l'autorité royale. Il vouloit le déposer et rétablir Geoffroy ; mais Ives appela au pape, et arrêta ainsi la procédure du concile. C'est ce que nous apprenons par la lettre qu'Ives en écrivit au pape, où il ajoute : Il me semble nécessaire que vous envoyez une lettre commune à l'archevêque et à ses suffragants, afin qu'ils me laissent absolument en paix , ou qu'ils aillent avec moi en votre présence rendre compte de leur conduite. Je vous conseille aussi d'envoyer en nos quartiers un légat, homme de bonne réputation et désintéressé ; car il seroit nécessaire à l'Eglise , où chacun fait ce qu'il ose , et le fait inpunément.