XVII. Geoffroy, abbé de Vendôme à Rome
Dès l'année précédente , le pape , voulant chasser de Rome les partisans de Guibert sans effusion de sang (1), a voit écrit pour lever des collectes sur les églises, comme il paroît par sa lettre aux évéques d'Aquitaine. Mais celui qui le servit le plus utilement en cette occasion fut Geoffroy, nouvel abbé de la Trinité de Yendôme. Car, ayant appris la peine et la disette où éloitle pape Urbain, il vint à Rome, et eut beaucoup à souffrir, tant dans le voyage qu'à Rome même, où, pour n'être point reconnu , il passoit pour valet de ses domestiques. Il vint voir le pape de nuit , dans la maison de Jean de Frangipane, où il se tenoit caché, et le trouva presque dénué de tout , et accablé de dettes. Il y demeura avec lui pendant le carême de l'année mil quatre-vingt-quatorze, et le soulagea autant qu'il put de l'argent qu'il avoit apporté, montant à plus de douze mille sous, qui valoient cent marcs d argent (2). Quinze jours avant Pâques, Fertuchio, à qui l'antipape Guibert avoit donné la garde du palais de Latran, fit parler au pape, demandant de l'argent pour lui rendre ce palais et la tour. Le pape, en ayant conféré avec les évéques et les cardinaux qui étoient avec lui , leur demanda de l'argent ; mais il en trouva peu chez eux , parce qu'ils étoient dans la persécution comme lui. L'abbé Geoffroy, voyant le pape si afQigé et si embarrassé qu'il en répandoit des larmes, s'approcha de lui et lui dit qu'il traitât hardiment avec Ferruchio. Il y employa son argent, jusqu'à ses mules et ses chevaux. Ainsi , le pape entra dans le palais de Latran, et Geoffroy fut le premier qui lui baisa les pieds dans la chaire pontificale, où depuis long-lemps aucun pape catholique ne s'étoit assis. En ce temps-là , le pape Urbain ordonna prêtre l'abbé Geoffroy, le remit en possession de l'église de Sainte Prisque, que ie pape Alexandre II (3) avoit donnée à Odéric ,
(1) Ep. 28, Urb. M. S.
• (2) Geoffr. I, Ep. 8. Ep. 13, 14.
(3) Episl. 14. Sirmond.
ad Ep. 9.
son prédécesseur, pour lui et ses successeurs, avec la dignité de cardinal ; mais les guibertins les en avoient dépossédés. Les abbés de Vendôme ont gardé le titre de cardinal pendant trois cents ans.