‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1631 sur 2407 · XXIV. Le roi d'Angleterre irrité contre saint Anselme · texte numérisé non relu

XXIV. Le roi d'Angleterre irrité contre saint Anselme

Guillaume le roux, roi d'Angleterre, n'ayant point encore pris de parti entre les deux qui se disoient papes, avoit envoyé à Rome deux clercs de sa chapelle, Girard et Guillaume, pour savoir lequel éloit le pape légitime, et l'engager, s'ils pouvoient , à adresser au roi le pallium de l'archevêque de Canlorbéry (1). Ils virent qu'Urbain étoit le vrai pape, et, ayant obtenu de lui ce que le roi désiroit , ils amenèrenten Angleterre Gautier, évéqued'Albane, qui apportoit secrètement le pallium; et ils arrivèrent auprès du roi quelque jours avant la Pentecôte, qui, cette année rail quatre-vingtquinze, étoit le treizième de mai. Le dessein du roi étoit de faire déposer Anselme, et mettre un autre archevêque à Cantorbéry, par autorité du pape. Or, voici comment ce saint prélat avoit encouru sa disgrâce.

Dès l'année précédente, le roi , voulant ôter la Normandie au duc Robert son frère, se préparoit à lui faire la guerre , et cherchoit de Targent de tous cotés [2). Anselme, qui venoit d'être placé sur le siège de Cantorbéry, lui offrit cinq cents livres d'argent, par le conseil de ses amis , qui lui persuadèrent que c'étoit le moyen de gagner pour toujours les bonnes grâces du roi, et d'attirer sa protection pour l'Eglise. Le roi d'abord agréa l'offre de l'archevêque, mais des gens mal intentionnés lui dirent : Vous l'avez élevé au dessus de tous les seigneurs d'Angleterre, et maintenant dans votre besoin, au lieu de deux mille li vres, ou du moins mille qu'il devroit vous donner par reconnoissance , il n'a pas de honte de vous en offrir cinq cents. Attendez un peu, faites-lui mauvais visage , et vous verrez qu'il sera trop heureux de vous en offrir encore autant. Le roi lui Gt donc savoir qu'il refusoit son présent, et Anselme, rentrant en soi-même, dit : Béni soit Dieu, qui a sauvé ma réputation. Si le roi avoit reçu mon présent , on auroit cru ^ue j'aurois fait semblant de lui donner ce que je lui aurois promis auparavant pour avoir l'archevêché. Je donnerai donc cet argent aux pauvres à son intention.

Quelque temps après , la plupart des évêques et des seigneurs vinrent à Hastings par ordre du roi, lui souhaiter un heureux voyage, comme il alloit passer en Normandie. Le roi y séjourna un mois, retenu par les vents contraires. Un jour l'archevêque l'étant venu voir, et étant assis auprès de lui , suivant la coutume, lui dit : Sire , afin que votre entreprise soit heureuse , commencez par nous accorder votre protection , pour rétablir en votre royaume la religion qui s'en va perdue. Quelle protection ? dit le roi. Anselme reprit : Ordonnez que l'on tienne des conciles selon l'ancien usage. Car il ne s'en est point tenu de général en Angleterre depuis que vous êtes roi, ni long-temps aupara-

[ Aode J.-C.10U5

An de J-C. 1095]

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