‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1632 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-QUATRIEME

(t) Edmer. 2Novor.

(3) 1, NoYor. {). 38.

vaut. Cependant les crimes se multiplient, et passent en coutume. Ce sera, dit le roi, quand il me plaira , et nous y penserons dans un autre temps. Puis il ajouta en raillant : Et de quoi parleriez- vous dans un concile ? L'archevêque reprit : Des mariages illicites et des débauches abominables qui se sont depuis peu introduites en Angleterre, et qu'il faut réprimer par des peines qui répandent la terreur par tout le royaume. Et en cela , dit le roi, que feroit-on pour vous ? Anselme dit : Si on ne faisoit rien pour moi on feroit pour Dieu et pour vous-même. C'est assez , dit le roi , ne m'en parlez pas davantage. L'archevêque, chan géant de discours , ajouta : Il y a plusieurs abbayes sans pasteurs ; ce qui fait que les moines mènent une vie stîculière et meurent sans pénitence. Je vous conseille donc et vous prie d'y mettre des abbés ; il y va de votre salut. Alors le roi, ne pouvant plus se contenir, lui dit en colère : Que vous importe ? les abbayes ne sont-elles pas à moi ? Vous faites ce que vous voulez de vos terres : ne ferai-je pas ce qu'il me plaira de mes abbayes? Elles sont à vous, dit le prélat , pour en être le protecteur, non pour les piller. Elles sont à Dieu, afin que ses serviteurs en vivent , non pour soutenir vos guerres. Vous avez des domaines et de grands revenus pour subvenir à vos affaires ; laissez à LEglise ses biens Sachez , dit le roi , que ces discours me déplaisent extrêmement. Votre prédécesseur n'eiit osé parler ainsi à mon père ; et je ne ferai rien à votre considération. Anselme, voyant qu'il parloiten lair, se leva et se relira. Ensuite considérant combien il lui importoit , pour l'intérêt même de l'Eglise, d'être bien avec le roi , il le fit prier de lui rendre ses bonnes grâces, ou de dire en quoi il l'avoii offensé. Le roi dit (ju'iluelacajsoitde rien , mais qu'il ne lui rendroit point son amitié, et les évêques dirent à Anselme que le seul moyen de se racconunoder avec le roi étoit de lui donner de l'argent : à quoi il ne put se résoudre, prévoyant les conséquences. Ce fut en ce temps-là qu'Anselme consulta Hugues, archevêque de Lyon, sur la conduite qu'il devoit tenir à l'égard du roi (1). Il y a des terres, dit-il, que des gentilshommes anglois ont tenues de l'archevêque de Cantorbéry avant que les Normands entrassent en Angleterre. Ces gentilshommes sont morts sans enfants : le roi préU^nd pouvoir donner leurs terres à qui il lui plaira ; voici ma pensée. Le roi m'a donné l'archevêché, comme Lanfranc, mon prédécesseur, l'a possédé jusqu'à la fin de sa vie ; et maintenant il ôte à cette église ce dont Lanfranc a joui paisiblement si long-temps. Or, je suis assuré qu'on ne donnera à personne cet archevêché après moi , sinon tel que je l'aurai au jour de ma mort; et que, s'il vient un autre roi de mon vivant, il ne me donnera que ce dont il me

trouvera en possession. Ainsi l'église perdra ses terres par ma faute , parce que , le roi en étant l'avoué et moi le gardien , on ne pourra revenir contre ce que nous aurons fait. J'aime donc mieux ne point posséder les terres de l'église à ce prix , et faire les fonctions d'évêque, vivant dans la pauvreté comme les apôtres, en témoignage de la violence que je souffre, que de causer à mon église une diminution irréparable. J'ai encore une autre pensée. Si, étant sacré archevêque, je passe toute la première année sans aller trouver le pape ni demander le pallium , je mérite d'être privé de ma dignité. Que , si je ne puis m'adresser au pape sans perdre l'archevêché, il vaut mieux que l'on me l'Ole par violence , ou plu- \ùi que j'y renonce , que de renfoncer au pape. C'est ce que je veux faire , si vous ne me mandez des raisons pour m'en détourner.

Le roi Guillaume le rou^ fit son voyage en Normandie, et revint en Angleterre, sans avoir rien fait. Alors Anselme vint le trouver, et lui dit qu'il avoit dessein d'aller demander au pape son pallium. A quel pape? dit le roi. Au pape Urbain, répondit Anselme. Le roi dit : Je ne l'a» pas encore reconnu pour pape ; nous n'avons pas accx)utumé , mon père et moi, de souffrir qu'on reconnoisse un pape en AnglelxTHî sans notre permission ; et quiconque voudroit m'ôter ce droit, c'est comme s'il vouloil m'ôter ma couronne. Anselme, fort surpris, représenta qu'avant que de consentir a son èli^ction à Rochester (1), il dit au roi qu'étant abbé du J3ec il avoit reconnu le pape Urbain , et qu'il ne se retireroit jamais de son obédience. Alors le roi protesta avec emportement qu'il ne lui étoit point fidèle s'il (}einei^roit contre sa volonté dans l'obédience du pape. Anselme demanda un délai pour assemuWf les évêques et les seigneurs , et par leur avis décider celle queslion : S'il pouvoil garder la fidélité au roi sans préjudice de l'obéissance au saint-siège. Car, dit-il, si on prouve que je ne puis garder l'un et l'autre, j'aime mieux sortir d(î votre royaume jusqu'à ce que vous reconnoissiez le pape , que de renoncer un momxînt à son obéissance. Le roi ordonna une assemblée à Rochingham , pour le dimanche onzième de mars mil quatre-vingt-quinze.

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