‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1635 sur 2407 · XXVI. Saint Anselme reçoit le pallium · texte numérisé non relu

XXVI. Saint Anselme reçoit le pallium

Le terme de la trêve approchoit, quand Gautier, évêque d'Albane, légat du pape Urbain, arriva en Angleterre (1 ). Il passa secrète^ ment à Cantorbéry, évita l'archevêque, et se pressa d'aller trouver le roi , sans ri(»n dire du pallium qu'il apporloit, rti parler familièrement à personne, en l'absence des deux chapelains du roi qui le conduisoient. Le roi l'avoit ainsi ordonné , pour ne pas publier son dessein. Le légat parla à ce prince, suivant ce qu'il a voit appris qui lui seroit agréable, sans riendireen faveur d'Anselme. Ceux qui avoient conçu de grandes espérances delà venue du légat, en furent surpris , et disoient : Si Rome préfère l'argent à la justice, quel secours en peuvent attendre ceux qui n'ont rien à donner ? Le roi donc , voyant la complaisance du légat, qui lui promettoitdela partdu pape tout ce qu'il désiroit, pourvu qu'il voulut le reconnoître , accepta la condition etordonna par tout son royaume de recevoir Urbain pour pape légitime. Ensuite il voulut persuader au légat de déposer Anselme de l'épi scopat, par l'autorité du pape, promettant, s'il le faisoit , d'envoyer à Rome tous les ans une grande somme d'argent. Mais le légat lui ayant fait voir qu'il étoit impossible, il en fut extrêmement contristé, comptant qu'il n'avoit rien gagné à reconnoître le pape Urbain. Voyant donc qu'il ne pouvoit changer ce qui étoit fait.

(1) Edmer. î, Novor.

il voulut au moins sauver sa dignité, rendant en apparence] ses boimcs grâces à l'archevcque, puisqu'il ne pouvoit lui faire le mal qui] désiroit.

he roi célébra à Windsor la Pentecôte , qui cette année, mil quatre-vingt-quinze, fut le treizième de mai. Delà il envoya des évêqucs qui pressèrent encore Anselme de lui faire un présent, du moins à l'occasion du pallium, qu'il seroit allé quérir à Rome à grands frais! Mais il demeura toujours ferme , disant que c'éloit faire injure au roi de montrer que hjiu amitié étoit vénale. Enfin le roi, par le conseil des seigneurs , fut réduit à lui rendre gratuitement ses bonnes grâces, et il fut dit qM;> de part et d'autre on oublieroit le passé. 11 lui ensuite question du pallium. Quelques-uns, pour faire leur cour, vouloient persuader a Anselme de le recevoir de la main du roi; mais il représenta que ce n'étoit pas un prc sent du prince, mais une grûce singulier* du saint -siège; et on convint que le légnl qui l'avoit apporté le porteroit à Cantorben et le mettroit sur l'autel, où Anselme il prend roi t.

La cérémonie se fit le dimanche, dixième de juin. Le légat vint à Cantorbéry et entra dans l'église métropolitaine, portant le pallium dans une cassette d'argent avec beaucoup dedécenc(\ Les moines qui servoient la même églisejallèrent au devant avec ceux de l'abbaye de Saint- Paul , un grand clergé et un peuple innombrable. L'archevêque, accompagné de plusieurs évéques qui le soutenoient adroite et à gauche, s'avança nu-pieds, mais revêtu de st's ornements. Quand le pallium eutélémissurrautel, il l'alla prendre et le fit baiser à tous les as sistants. Puis , s'en étant revêtu , il célébra la messe solennellement. Ensuite le moine Baudouin fut rappelé en Angleterre, et l'archevêque demeura quelque temps en paix.

11 écrivit au pape pour le remercier du pal lium qu'il lui avoit envoyé, et lui fit faire ses excuses de n'avoir jK)int encore été le visiter, comme il étoit de son devoir , suivant la coutume , outre le désir qu'il avoit de .l'entretenir et le consulter (1). Il s'excuse sur les guerres, la défense du roi , son âge et sa mauvaise santé. Cependant il lui représente ainsi ses peines : Je suis affligé , saint-père , d'être ce que je suis et de n'être plus ce quej'êtois. Dans une moindre place il me sembloit que je faisois quelque chose; dans un rang plus élevé, mon fardeau m'accable, et je ne suis utile ni à moi ni aux autres. Je voudroisquitter cette charge, que je ne puis porter; mais la crainte de Dieu, qui me l'a fait recevoir, m'oblige à la garder. Si je connoissois la volonté de Dieu, j'y conformerois la mienne ; faute de la connoîlrc, je m'agite, je soupire, et je ne sais quelle lin mettre à mes maux.

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