LIVRE SOIXANTE-QUATRIÈME
ligion, et nous ne pouvons, étant chrétiens, nous soustraire à sa conduite, vu principalement qu'il n'est coupable d'aucun crime.
Alors les évéques demeurèrent confus, et tout le monde les regardoit avec indignation , nommant l'un Judas, Taulre Pilate, l'autre Hérode. Plusieurs dirent qu'ils ne prétendoient refuser obéissance à Anselme que quant à l'autorité qu'il disoit tenir du pape Urbain, et, s'étant attirés par-là l'indignation du roi , ils se le réconcilièrent à force d'argent. IMais Anselme, voyant qu'il n'étoit plus en sûreté en Angleterre, car le roi le lui a voit déclaré, lui demanda un sauf-conduit jusqu'à la mer pour sortir du royaume , en attendant qu'il plût à Dieu d'apaiser ce trouble. Le roi fut fort embarrassé de cette proposition. Car, quoiqu'il souhaitât passionnément la retraite du prélat, il ne vouloit pas qu'il sortît revêtu de la dignité pontificale , et ne voyoit pas qu'il fût possible de l'en dépouiller. Entin, on convint de lui donner un délai jusqu'à la Pentecôte, et le roi promit de laisser jusque-là toutes choses en même état. Mais il ne tint point sa parole ; et pendant cette trêve il chassa d'Angleterre le moine Baudouin, en qui l'archevêque a voit sa principale conflance. Il fit prendre son chambellan dans sa chambre et à ses yeux, et lui flt plusieurs autres insultes.