XXXV. Concile de Rouen
Pendant le même mois de février mil quatrevingt-seize , Guillaume , archevêque de Rouen y assembla un concile de ses suiïragants (i)'. Odon de Bayeux, Gislebert d'Evreux, et Sorlon de Sez, avoient assisté, comme j'ai dit, au concile de Clermont , avec les députés des autres évêques de Normandie chargés de leurs excuses, et ils en rapportèrent à leurs évèqucs les lettres synodales. On examina donc au concile de Rouen les décrets du concile de Clermont, on confirma les ordonnances du papo, et on y fit huit canons. Ils regardent principalement la trêve de Dieu et la liberté de l'égliso. La trêve est perpétuelle à l'égard des églises et leurs parvis, à l'égard des moines, des clercs, des religieuses , de toutes les femmes , des pèlerins, des marchands et de leurs serviteurs, des hommes et des bêtes servant au labourage des terres de l'Eglise et des biens des clercs. On prescrit une formule de serment pour l'observation de la trêve, que tous les hommes au-dessus de douze ans seront obligés de prêter, et on prononce ana thème contre ceux qui ne l'observeront pas. Ainsi les évêques s'elTorçoientde rétablir peu à peu la sûreté et la tranquillité publique.
On défend aux prêtres de faire hommage aux laïques en prêtant serment entre leurs mains, parce, dit le canon, qu'il est indigne que des mains consacrées soient mises dans celles qui sont souillées de crimes. On défend aux hommes de nourrir leurs cheveux : ce qui a rapport à ce que fuisoit en même temps saint Anselme , car il obligeoit les jeunes hommes à couper leurs longs cheveux, à cause des débauches infâmes qui régnoient à la cour d'Angleterre (2) Ces canons furent lus publiquement par Gislebert, évêque d'Evreux, surnommé la grue , à cause de sa grande taille, et par Fulbert, archidiacre de Rouen, et ils furent approuvés par l'archevêque Guillatfnie et les autres évêques, savoir : Odon de Rayeux, Gislebert de Lisieux , Turgis d'A vranches, Serlon de Séez et Raoul de Coutances. Les abbés de toute la province, avec le clergé et une partie des seigneurs, étoient présents. Il est remarquable qu'en ce qui nous reste de ce concile il n'est pas dit un mot de la primalie de Lyon.
XXXVL Concile de Tours, etc.
Au commencement du mois de mars mil quatre-vingt-seize, le pape vint à Tours et logea à Marmoutier. Le dimanche , neuvième du
(1) To X, Conc. p. 509. (2) C. 0 Edmer. Novor. Et. Odorico. lib. ix, p. 721, p. 3y.
mois, il prêcha sur le bord de la Loire, en présence de Foulques , comte d'Anjou , de plusieurs seigneurs , et d'une infinité de peuple. Le lendemain, il dédia l'église de Marmoutier. Il visitoit souvent l'église de Saint-Martin; il s'en déclara seul évêque , car elle se prétendoit depuis long-temps exempte de la juridic- (ion de l'archevêque de Tours (1). La semaine suivante, qui étoit la troisième de carême, il tint un concile à Saint-Martin , où il confirma les décrets de celui de Clermont. Là , quelques évêques de France s'efforcèrent d'obtenir l'absolution du roi Philippe; mais les autres s'y opposèrent, et le pape la refusa. Le concile finit le quatrième dimanche de carême par une procession solennelle , où le pape se couroima d'une couronne de palmes , suivant l'usage de Rome , et donna au comte d'Anjou la rose d'or, que les papes bénissoient ce jour- là. Ensuite il indiqua un autre concile à Arles pour la fin de juin (2).
Sur la fin de mars, le pape retourna à Poitiers; ensuite il passa à Saintes , où il célébra la fête de Pâques , qui , cette année mil quatrevingt Seize, étoit le treizième jour d'avril. Ensuite il vint à Bordeaux , où le premier jour de mai il dédia la grande église ; puis à Toulouse, où le vingt-quatrième du même mois il dédia l'église de Saint-Sernin. Isarn étoit alors évêqile de Toulouse, et le pape étoit accompagné de Bernard , archevêque de Tolède. Sur la tin de juin, le pape vintà Maguelone à la prière de l'évéque Godefroy (3) , et le dimanche , jour de Saint-Pierre , après avoir prêché devant le clergé et le peuple assemblés, il consacra solennellement toute l'Ile de Maguelone , donna 1 absolution de tous leurs péchés à tous ceux qui y étoient enterrés et qui le seroient à l'avenir, et accorda à cette église plusieurs autres privilèges. Il étoit assisté en cette cérémonie des archevêques de Pise et de Tarragone et des évêques d'Albane, de Ségni, dejINîmes et de MagueUme.
Tandis que le pape étoit à Montpellier, il examina, à la prière du roi Philippe, l'élection de Guillaume pour l'évêché de Paris. Il étoit frère de Bertrade, que ce prince avoit épousée de la manière irrégulière que j'ai dite, et n'a voit pas encore tout- à -fait l'âge pour être évêque , ce qui rendoit cette élection suspecte. Toutefois, sitôt qu'elle fut faite, Ives deChartres écrivit au pape que Guillaume étoit un clerc de grande espérance , nourri dans l'église de Chartres, et ajouta : 11 n'a rien voulu laire en celte rencontre sans notre conseil. C'est pourquoi nous avons envoyé avec lui quelques-uns de nos frères, pour s'informer soigneusement s'il avoit toutes les voix , et si celte élection s'étoit faite moyennant de l'argent , ou avoit été extorquée par quelque vio-
(1) Sup. I xxxix, n. 55; to. X, Conc. p. 60L (i) Ordo. Kom.
(3) Catel. mem. lib. v, p. 876. Arnd. Verd. to. 1, Bibl. Lab. p. 799.
1 Ui
lence du roi. Comme ils nous ont rapporté que tout s'étoit bien passé, nous avons conseillé à notre frère de consentir à l'élection, et ne se pas soustraire à l'ordre de Dieu , car nous craignions que quelqu'un ne vînt à la traverse s'ingérer par simonie. Quant au défaut de son âge, nous lui avons conseillé de garder les interstices convenables dans sa promotion aux ordres , et cependant de vous demander dispense de ce qui pourroit manquer à la régularité de son ordination. Je vous prie de ne point écouter ceux qui voudroient lui rendre de mauvais offices auprès de vous, et de nous prescrire vous-même comment cette affaire peut être terminée à votre satisfaction. Ce témoignage d'Ives de Chartres étoit d'autant plus fort, que ce prélat s'étoit plus déclaré contre Bertrade.
Le pape donc étant à Montpellier , et ayant examiné cette élection , commit Ives de Chartres, qui étoit alors auprès de lui pour la discuter plus amplement (1). Ives, étant de retour, fit venir devant lui les chanoines de Paris , savoir, le doyen , le chantre et un archidiacre , qui jurèrent au nom de tous que , dans l'élection de Guillaume, il n'y avoit eu ni crainte du roi , ou de la prétendue reine, ni simonie. C'est pourquoi il ordonna de la part du pape à Richer, archevêque de Sens, de le sacrer avant la Saint-Remy, lui permettant de porter le pallium en cette cérémonie, quoique l'usage lui en fût interdit, à cause de son refus de se soumettre à la prima tie de Lyon (2). Cet ordre fut exécuté , et dans le temps marqué Guillaume fut sacré évêque de Paris.