XXXIV. Commencements de Robert d'ArbrisselIes
Le onzième de février, le pape , étant encore à Angers , confirma la fondation de l'abbaye de Notre-Dame-de-la-Roue , près de Craon , pour des chanoines réguliers , dont le premier abbé fut le fameux Robert d'ArbrisselIes (2). Ce surnom lui venoit du lieu de sa naissance, petit bourg en Bretagne, à sept lieues de Rennes. Comme il y avoit alors peu de gens de lettres en cette province , l'inclination que Robert avoit pour l'étude le lit aller à Paris du temps du pape Grégoire VII. Il y profita beaucoup dans les lettres et la piété , en sorte que Sylvestre de la Guerche, évéque de Rennes, en ayant ouï-parler, le fit revenir de Paris pour lui aider dans le gouvernement de son église , car ce prélat étoit plus noble que lettré. Il le fit donc archi prêtre, et Robert demeura quatre ans auprès de lui , accommodant les différents, combattant les vices, particulièrement la simonie, les mariages illicites des clercs et des laïques , et l'oppression des églises que les laïques réduisoient en servitude. Au bout de ces quatre ans, l'évéque mourut, et Robert se trouva exposé à l'envie et k la haine du clergé : ce qui l'obligea de se retirer à Angers, où il s'appliqua à l'étude, et devint écolàtre de Saint-Maurice, qui est la cathédrale. Il prioit beaucoup, jeùnoit et veilloit , et portoit une cotte de maille sur la chair.
Après avoir ainsi vécu deux ans, il se retira ayec un prêtre dans la forêt de Craon , où il augmenta encore ses austérités. Comme on venoit le voir en foule , il convertit grand nombre de personnes, et forma une communauté de chanoines réguliers , qui fut l'abbaye de la Roue Le pape Urbain , étant venu à Angers, entendit parler de ce solitaire, et voulut l'entretenir. Il le fit prêcher à la dédicace de l'église de Saint- Nicolas, où l'assemblée étoit très-nombreuse , et fut si content de son sermon , qu'il lui ordonna d'exercer ce talent et d'aller prêcher partout. Robert obéit, quoiqu'avec bien de la peine, et commença à prêcher dans les diocèses voisins, étant honoré de tf)utle monde, et faisant un fruit merveilleux. Comme le monastère de la Roue ne suffisoit
Ï>as pour recevoir toutes les personnes qui vouoient vivre sous sa conduite , il en sortit par l'ordre du pape et par le conseil de l'évéque d'Angers , qui étoit alors Geoffroy de Mayenne. Il se sépara donc de ses chanoines avec bien des larmes de part et d'autre; et, prenant
(1) Chr Maleac. p.2i:^ (i) Baluz. 2, Miscel. p. Ghr. AndeK. p. 281, to. 1, 21i. Vlta ap. Boll. 24 febr Bibl. Lab. Ivo. Ëp. 48. to. 5, p. 393.
de Dieu.