‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1651 sur 2407 · XL. Voyage des croisés · texte numérisé non relu

XL. Voyage des croisés

Cependant les pèlerins , qui s'étoient croisés pour faire le voyage de Jérusalem, commençoient à marcher de toutes parts (3). Les principaux étoient: Hugues, surnommé le grand, frère du roi de France, et comte de Vermandois par sa femme ; llobert , duc de Normandie , surnommé courte-heuse , frère du roi d'Angleterre; Etienne, surnommé Henri, comte de Blois, de Chartres et de Troyes ; Raymond, comte de Toulouse et de Saint-Gilles; Godefroy, duc de Lorraine, avec ses frères, Baudouin et Eustache ; et Baudouin du Bourg, leur cousin , fils du comte de Réthel. Il y avoit un grand nombre des moindres seigneurs , et une infinité d'autre noblesse. Il y eut des évêques, entre autres Adhémar du Puy, légat pour la croisade, et Guillaume, évêque d'O-

(1) Gall. Chr. to. 2, p. (2) Epist. 53. 245. Ep. 51, 54. C3) Guill. Tyr. 1 , C. 17.

range , quantité de prêtres et d'autres clercs, quantité d'abbés et de moines, et même des reclus qui sorloient de leurs cellules (1).

Ce mouvement fut si grand, qu'il entraînoit le petit peuple, et jusqu'aux femmes et aux enfants. Ils accouroient en troupes auprès des seigneurs croisés pour les accompagner, avec promesse de les servir et leur obéir. Ils s'empressoient à qui partiroit le premier et feroit plus promptement ses préparatifs. Les seigneurs vendoient ou engageoient leurs châteaux et leurs terres même , à vil prix; chacun quittoit ce qu'il avoit de plus cher, femmes, enfants, père, mère; les voleurs mêmes elles scélérats contèssoient leurs péchés, et cherchoient à les expier par la guerre sainte (2). Il est vrai que tous les croisés n'étoient pas animés du même zèle. Quelques-uns s'engageoient par compagniepour ne pas quitter leurs amis , d'autres par honneur, pour n'être pas estimés poltrons, les uns par légèreté, les autres par intérêt , pour éviter les poursuites de leurs créanciers. Plusieurs moines quittoient leur habit pour porter les armes; et quantité de femmes suivoient les croisés en habit d'hommes , et s'abandonnoient à eux. Le premier qui partit fut Gautier sans-avoir, homme noble et brave , mais dont le surnom fait voir qu'il n'étoil pas riche. Il se mit en chemin le huitième de mars mil quatre-vingt-seize, conduisant une grande multitude de gens de pied , et passa par l'Allemagne et la Hongrie jusqu'à Constantinople. Il fut suivi de près par Pierre l'ermite, avec une troupe d'environ quarante mille hommes, qu'il avoit ramassés de différentes nations, en France et en Allemagne. Ainsi , plusieurs autres troupes partirent pendant le même été, depuis le mois de mars jusqu'au mois d'octobre. Pierre l'ermite fut suivi d'un prêtre allemand, nommé Godescalc, avec quinze mille hommes, mais si mal disciplinés, qu'ils ne passèrent pas la Hongrie , et y furent taillés en pièces (3).

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