XLI. Les juifs massacrés
Peu de temps après, suivit une autre troupe de gens de pied, au nombre d'environ deux cent mille, sans chef et sans discipline, quoiqu'il y eût quelques nobles avec eux ; mais ils ne leur obéissoient point , et se donnoient toute sorte de licence. Ils s'avisèrent de se jeter sur les juifs qu'ils rencontrèrent dans toutes les villes où ils passoient , et de massacrer cruellement ces malheureux, qui n'étoient point sur leurs gardes : ce qu'ils firent principalement à Cologne et à Mayence, où un comte, nommé Emicon, se joignit à eux , les encourageant à ces crimes (4). A Spire, les juifs se
(2) Ordcric. lib. IX, p.
(3) Bcrlhold. an. 1096.
Guill. I, c. 18. Fulcher. c.
(4) G.29.Berlhold,10V0.
ToMt lY,
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[ An (leJ.-C. loo:.
réfugièrent dans le palais du roi , et se défendirent par le secours de l'évéque Jean, qui lit ensuite mourir quelques chrétiens pour ce sujet, étant gagné par l'argent des juifs A Wormes les juifs, pcjursuivis par les chrétiens, allèrent trouver l'évéque qui ne leur promit de les sauver qu'à condition qu'ils recevroient le baptême. Ils demandèrent du temps pour délibérer ; et aussitôt , entrant dans la chambre de l'évéque, tandis que les chrétiens attendoient dehors leur réponse, ils se tuèrent eux-mêmes.
A Trêves , les juifs, voyant approcher les croisés, quelques-uns d'entre eux prirent leurs enfants et leur enfoncèrent le couteau dans le ventre, disant qu'ils vouloient les envoyer dans le sein d'Abraham plutôt que de les exposer aux insultes des chrétiens (1). Quelquesunes de leurs femmes montèrent sur le bord de la rivière, et, ayant empli de pierres leur sein et leurs manches, se précipitèrent au fond de l'eau. Les autres, qui vouloient conserver leur vie , prirent avec eux leurs enfants et leurs biens, et se retirèrent au palais, qui étoit un lieu de franchise et la demeure de larchevêque Egilbert. Ils lui demandèrent avec larmes sa protection; et lui, prolitant de l'occasion, les exhorta à se convertir, leur représentant qu'ils s'étoient attirés cette persécution par leurs péchés, principalement par leurs blasphèmes contre Jesus- Christ et sa sainte mère , et leur promettant de les mettre en sûreté s'ils recevoient le
baptême.
Alors leur rabbin , nommé Michée , pria l'archevêque de les instruire de la foi chrétienne, ce qu il lit, leur expliquant sommairement le symbole. Michée dit ensuite : Je proteste devant Dieu que je crois ce que vous venez de dire, je renonce au judaïsme , et j'aurai soin de m' instruire plus à loisir de ce que je n'entends pas bien encore. Baptisez-nous seulement pour nous délivrer des mains de ceux qui nous poursuivent. Tous les autres juifs en dirent autant. L'archevêque baptisa donc Michée, et lui donna son nom, et les prêtres qui étoient présents baptisèrent les autres ; mais il n'y eut que le rabbin qui persévéra dans la foi , tous les autres apostasièrcnt l'année suivante.