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XLII. Le pape en Italie

Le pape étoit rentré en Italie, et avoit célébréà Mortare, presdePavie, la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix (2). Comme il étoit prés de Lucques, une troupe de pèlerins françois le rencontra , conduite par Robert, duc de Normandie, et Etienne , comte de Blois. Ces deux seigneurs et ceux de leur suite qui le voulurent parlèrent au pape ; et , ayant reçu sa bé-

(l) Hist. Trevir. to. 12, (2) Fulcher. Car. c. 2. Spicil. p. 236.

nédiclion, ils ^.lièrent à Rome. Etant entres dans l'église de Saint- Pierre, ils trouvèrent des gens de l'antipiipe Guibert, qui l'épée à la main s'emparoicnt des otTrandes que IVm mettoit sur l'autel; d'autres, montés sur les poutres qui Iraversoient l'églist» , en jeloienl dos pierres sur les pèlerins prosternés en oraison. Car, sitôt qu'ils voyoient quelqu un fidèle au pape Lrbain, ils le vouloient tuer. Il y avoji toutefois, dans une des tours de celle é^îlise, des gens du pape, qui la lui gardoient fidèlement. Les pèlerins , affligés de ces crimes, mais n'y pouvant remédier, se contentèrent de souhaiter que Dieu en fil la vengeance Plusieurs d entre eux, manquant décourage, ne passèrent pas Rome, et n*lournèrent chez eux , les autres traversèrent la Cainpanie et la Pouillr, et arrivèrent à Rari, où, ayant fait h^urs prières à saint Nicolas, ils croyoienl semlKirquer aussitôt ; mais, la saison n'y étant plus propre, on les obligea de demeunT; et le duc de Normandie alla passer 1 hiver en Calabre avec ses compatriotes. Toutefois , le comte de Flandre trouva moyen de passer la mer avec sa lroup<'. Alors, plusieurs des plus pauvres ou des plus timides, craignant la disette à venir, vendirent leurs armes, reprirent leurs bourdons de pi»lerins, et retournèrent à leurs maisons ; de quoi ils lurent fort blâmés.

Sur la fin de cette année mil quatre-vingtseize, 1 indi( tion cinquième étant commencé*', Roger, comte de Sicile et de Calabre, voulant rétablir l'église de Squillace après la mort de 1 éyêque Théodore, qui étoit (}rec, résolut d'y mettre un évêque latin, par le conseil de tous les évêques de Sicile et de quelques-uns de Calabre, entre autns de Saxon, évêque de Cassane, vicaire du pape, et de l'avis aussi de saint Rruno et de Landuin , son compagnon , qui s'étoient établis en ce di(K'(^ (1). La raison de ce I hangement est qu il y avoit dans le pays grand nembrc de Normands et d'autres chrétiens latins. Le comte Roger choisit donc pour permier évêque latin de Squillace, Jean Nicéphore, chanoine et doyen de l'église de Mileten Calabre ; et marqua l'étendue de ce diocèse , lui donnant toute juridiction sur les Grecs et sur les Latins, particulièrement sur les prêtres grecs et leurs enfants.

La comtesse Malhildc vint au devant du pape, et le conduisit jusqu'à Rome, où il rentra comme en triomphe, et y célébra solennellement la fête de Noël avec ses cardinaux. Il no restoit plus aux guibertins que le château Saint-Ange , presque tout le reste de Rome étoit soumis au pape , par le secours des croisés, qui s'y trouvèrent en si grand nombre , qu'ils furent obligés d(î camper. Le roi Henri fut aussi chassé de Lombardie par les troupes de la comtesse Mathilde, et réduit à se retirer en Allemagne.

AndcJ.-C. lOUT.J

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