XLIX- Saint Anselme sort d'Angleterre
Robert, duc de Normandie, allante la croisade, céda pour trois ans au roi d'Angleterre son frère la jouissance de la Normandie, moyennant une somme d'argent que le roi lui
(i) Epist. 10, 5 IVliscell.
Baluz. p. 38Ô. Gali. Chr. t.
2^ Sup lib.xxxiF, n. 43.
Miscell. p. 312.
[An de J.-C. 1097.
avança (1). Pour lever celte somme, le roi pilla toutes les églises d'Anglelerre, et leur ôta leur argenterie, jusqu'aux châsses des reliques et aux couvertures des Evangiles. Saim Anselme donna pour cette subvention la vah ur de deux cents marcs d'argCiit du trésor de siui église, et pour les remplacer il lui céda, pendant sept ans, la jouissance d'une terre de sa manse. Quelque temps après, le roi d'Angleterre ayant soumis par les armes les Gallois, qui s'ètoient soulevés , manda à l'archevêque qu'il n'étoit point content des troupes qu'il lui avoit envoyées pour cette guerre, et lui ordonna de se tenir prêt à lui en faire justice au jugement de sa cour. Anselme vit bien que ce n'étoit qu'un prétexte pour lui fermer la bon che quand il voudroit parler en faveur de la religion; et sachant d'ailleurs que les jugements de la cour se régloieiit absolument par la volonté du roi, il ne crut pas à propos de s'y exposer, et ne répondit rien à celui qui lui porta l'ordre de ce prince, mais il résolul d'aller à Rome consulter le pape sur les moyens de remédier aux maux de son église.
11 vint donc à la cour le jour de la Pentecùlc en mil quatre-vingt-dix-sept; et , voyant quelo roi étoit toujours aussi mal disposé à son égard , il lui fit demander par quelques seigneurs la permission de faire le voyage de Rome, où il ne pouvoit se dispenser d aller. Le roi, surpris de cette proposition, répondit : Je ne crois pas qu'il soit capable d'un assez grand piVhé pour avoir besoin de l'absolution du pape; et il est plus capable de donner conseil au pape que de le recevoir de lui. Anselme prit palienee, et après avoir été refuse une S(*conde fois, il demanda encore son conué au mois d'octobre à M incht>sler. Le roi dit eu colère : S il part , je veux qu'il sache que je réduirai tout l'archevêché sous ma puissance, et que je ne le recevrai plus pour archevêque. Anselme demanda conseil à quatre évêques qui se trouvèrent présents ; mais ils lui avouèrent ingénument qu'ils étoient alta< hés à leur> biens, et que ses maxinies étoient trop sublimes pour eux ; enfin qu ils ne îK)uvoient se séparer du roi, et ne tenir, comme Anselme, qu à Dieu seul.
On lui vint dire ensuite de la part du roi : Quand vous vous réconciliâtes avec le roi à Rochingam, vous lui pronn'tes de garder les lois et les usages deson royaume. Or, il est absolument contraire à ces lois qu'un s<Mgneur. surtout tel que vous, fasse le voyage de Rome sans son clergé. Anselme alla trouver le roi , et s'étant assis à sa droite, suivant l'usage, il dit : J'avoue que j'ai promis de garder les coutumes de votre royaume, mais je n ai entendu que celles qui sont selon Dieu et la droite raison. Le roi et les seigneurs lui obje( tèrent qu'il n'avoit jMunt fait alors cette n'striction. A quoi il répliqua : A Dieu ne plaise
i) Ldnier. 2, •Novor. p. 45, E.
AndeJ.-C.loyS.]