LV. Monarchie de Sicile
Le pape, ayant appris que le duc de Calabre et le comte de Sicile, son oncle, étoient à Salerne, vint les y trouver (4) , et s'entretint familièrement avec le comte, pour lequel il avoit une amitié particulière. Depuis long-temps, il avoit établi légat en Sicile Robert, évêque de Traine, sans la participation du comte, qui en
(l; Lib. i,c. 1.
(3) Chr. Becc. an.ll2i,c.lG
(1) C. eod.ctseq.
(2) Vila, c. 4, 5. Gaufr.
Malcar. iv,c. 87.
(3) Diplom. ap. Sur. 0 oclob. et Baron. 1097.
(1) Edmer. 2, Novor. n.
(3) Maimesb. I. Pontif.
(4) Gaufr. Malat. iv, c.
ult.
HISTOIRE hV CHRISTIANISME.
[ An de J,-C. 1(W8.
étoit mal satisfait, et ne pouvoit consentir que ce légat exerçât ses pouvoirs. C'est pourquoi le pape révoqua sa commission ; et, connoissant le zèle du comte dans toutes les affaires ecclésiastiques, il lui donna à lui-même la légation héréditaire sur toute la Sicile, avec promesse que, tant que le comte vivroit ou qu'il resteroit quelqu'un de ses héritiers successeurs de son zèle, le saint-siége ne metlroit point en Sicile d'autre légat malgré eux. Mais que si l'église romaine avoit quelque droit à exercer dans cette province sur les lettres envoyées de Rome, ils les décideroient par le conseil des évéques du pays. Si les évéques sont invités à un concile , le comte ou ses successeurs y enverront ceux qu'il leur plaira, si ce n'est que dans ce concile on doive parler de quelqu un d'eux, ou que l'affaire ne puisse être terminée en Sicile ou en Calabre en présence du prince.
Ce sont les paroles du moine Geoffroy de Maleterre, auteur du temps et du pays, à la fln de son histoire de rétablissement des Normands en Sicile. Ensuite il rapporte la bulle du pape Lrbain, où il parle ainsi au comte Roger : Comme par votre valeur vous avez beaucoup étendu l'église de Dieu dans les terres des Sarasins , et que vous avez toujours témoigné un grand dévouement pour le saint-siége, nous vous confirmons, par lellres, ce que nous avons promis de vive voix; que, pendant tout le temps de votre vie ou de votre fils Simon, ou d'un autre qui soit votre légitime héritier, nous ne mettrons aucun légat de l'église romaine dans les terres de votre obéissance contre votre volonté. Au contraire, nous voulons que vous fassiez ce que nous ferions par notre légat , quand même nous vous enverrions quelqu'un d'auprès de nous pour le salut des églises qui sont sous votre puissance et pour T honneur du saint-siége. Que si l'on tient un concile, et que je vous mande de m'envoyer les évéques et les abbés de votre pays , vous en enverrez ceux qu'il vous plaira , et vous retiendrez les autres pour le service des églises. La date est de Salerne, le cinquième de juillet, l'onzième année du pontificat d'Urbain, qui est niil quatre-vingt-dix-huit. En vertu de cette bulle , les Siciliens prétendent que leur roi est légat-né du saint-siége, et nomment ce droit la monarchie de Sicile ; mais il leur est contesté par la cour de Rome, qui soutient que, si celle bulle est vraie, elle a été révoquée dans la suite (1).