‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1668 sur 2407 · LVII. Luuden, archevêché · texte numérisé non relu

LVII. Luuden, archevêché

Vers le même temps, Eric I", roi de Danemarck, surnounné Eigoth, c'est-à-dire le bon , fut menacé d excommunication sur de vain^» soupçons par Liémar, arche vtVjue de Hambourg (1). H en appela au pape, et alla luimême à Rome, où, sa cause ayant été soigneusement examinée, il repoussa si bien l'accusation de l'archevêque , qu'il revint pleinement justilié. Mais, pour n'être plus exposé à un pareil traitement , il retourna à Rome , et demanda d être affranchi de la juridiction de ce prélat étranger, et qui étoit alors schismatique et attaché au parti de l'empereur Henri.

Le pape Urbain accorda au roi Eric ce qu'il demandoit, tant en considération de sa dignité que de la peine qu'il avoit prise de faire un si hmg voyage, et il lui promit d'ériger un archevêché dans son royaume.

Quelques aimées après, Eric, ayant tué par accident quatre de ses chevaliers, fit vœu d'aller à Jérusalem pour l'expiation de ce crime. Sim peuple l'aimoit à tel point, quil offrit la troisième partie de son bien pour le faire dispenser de ce voyage ; mais le roi de-

(1) Saio. Grarnni. 1. \n, Liudcnibr. p. 300. Poiilaup. 201 liisl.Gcul Daii. ap. lib. ' . p. 202.

An de J.-C. 1098 J LIVRE SOIXANTE-QU ATRIEME. 363

meura ferme, et, avant que de partir, il en- Pierre Rarthélemy , vint trouver l'évéque du

visité les principales villes de Danemarck, choisit celle de Lunden qui en étoit alors la capitale, pour lui donner la dignité de métropole , tant à cause du mérite d Ascer ou Atzer, qui en étoit évêque, quv pour la situation avantageusede la ville, qui, étant près de l'embouchure d'une rivière dans le Schonen , donnoit aux pays voisins un facile accès par terre et par mer. Lunden fut donc érigée en archevêché l'an mil cent trois , et non-seulement tirée de la dépendance de Hambourg , mais encore donnée pour métropole aux trois royaumes de Danemarck, de Suède et INorwège,

LVUI. Prise d'Anlioche.

En Orient, le siège d'Antioche dura sept mois , après lesquels elle fut prise par intelligence. Comme il n'y avoit que quatorze ans que les Turcs l'avoient conquise , elle èloit encore pleine de chrétiens, grecs, syriens et arméniens ; mais les Turcs ne leur permettoient point l'usage des armes , ne leur laissant que le trafic et les métiers (1). Un de ces chrétiens , nuis renégat , nommé Emir Fèïr ou Pir, fit connoissance avec lioèmond , et lui promit de lui livrer une tour dont il étoit le maître, pourvu qu'il fût assuré que les autres seigneurs laissassent à l!oémond la propriété de la ville. Roémond leur en ayant fait la proposition , ils s'y accordèrent, excepté le comte de Toulouse Enfin, le projet s'exécuta, la tour fut livrée , les croisés entrèrent dans la ville d'Antioche, et s'en rendirent maîtres le jeudi , troisième de juin mil quatre-vingtdix-huit (2).

Mais les Turcs tenoient encore le château , et trois jours après arriva une armée immense qui venoit à leur secours ; en sorte que celle des croisés se trouva assiégée dans la ville; et, comme ils n'avoient pas eu le temps d'y faire entrer des vivres, ils furent affamés jusqu'à manger les chevaux et les chameaux. Alors Etienne , comte de Chartres , quitta l'armée et repassa en Grèce , où il arrêta l'empereur Alexis qui venoit au secours des croisés, l'assurant qu'il n'y seroit pas à temps. Ce que les infidèles ayant appris , ils pressèrent davantage les croisés, et les réduisirent au désespoir ; en sorte que les troupes refusoient d'obéir, et les seigneurs songeoient à prendre la

fuite; 3). . .

H y avoit vingt-six jours qu'ils étoient amsi

assiégés(4), quand un clerc provençal, nommé

marqué le lieu où on la trouveroit. H ajouloit que, s'étant voulu plusieurs fois excuser de cette commission , saint André l'avoit menacé de mort s'il n'obéissoit. L'évéque et le comte, ayant communiqué secrètement la chose aux autres seigneurs, leur présentèrent Pierre qui leur fit son rapport , et les persuada si bien, qu'ils se rendirent dans l'église, et, ayant fait fouiller bien avant au lieu qu'il marqua , on y trouva la lance. Le peuple des croisés regarda cette découverte comme une consolation envoyée du ciel. Tous reprirent courage, et promirent par de nouveaux serments que, si Dieu les délivroit du péril présent, ils ne se sépareroient point qu ils n'eussent pris Jérusalem et délivré le Saint-Sépulcre. Ensuite ils firent un tel effort , qu'ils mirent les ennemis en fuite, et prirent leur camp, où ils firent un butin immense. Ils remportèrent ceUe victoire le vingt-huitième de juin mil quatrevingt-dix-huit 1).

La ville d'Antioche étant ainsi délivrée et tranquille, l'évéque du Puy et les autres prélats croi es s'appliquèrent à y rétablir le service de Dieu (:>). Premièrement, ils purifièrent et réparèrent la grande église dédiée à saint Pierre, et les autres que les infidèles avoient profanées et défigurées , car ils en avoient converti les unes en écuries et appliqué les autres à d'autres usages indignes. Ils avoient effacé les saintes images, les couvrant de boue, leur arrachant les yeux , grattant les murailles où elles étoient peintes. On prit d'entre le butin de l'or et de l'argent pour faire des calices , des croix , des chandeliers et d'autres pièces semblables , et des étoffes de soie pour les ornements. On rétablit le clergé dans ses fonctions avec des revenus suffisants. Le patriarche Jean, qui depuis l'arrivée des croisés avoit été mis aux fers par les infidèles et traité cruellement , fut rétabli dans son siège avec honneur ; et de son vivant on n'osa pas ordonner à Antioche de patriarche latin, pour ne pas mettre deux évéques dans un même siège contre les canons. Toutefois , environ deux ans après , le patriarche vit bien luimême qu'étant Grec il ne pouvoit pas utilement gouverner des gens du rit latin , et se retira à Constantinople. Après quoi le clergé et le peuple d'Antioche élut pour patriarche Rernard, évêque d' A rta en Epire, qui avoit suivi à la croisade l'évéque du Puy en qualité dechapelain.Dèsle temps de la réduction d'Antioche , on établit des évéques dans les villes voisines qui avoient des éiilises cathédrales.

Cl) Guill.v,c.ii, 12,

(:i) 1/ib. VI, c. 7, 10, 13- (4; C. 14.

(1; C. 19, 20, etc.

HISTOIRE DV CUKlSTlAMSiME.

[AndeJ.-C. m^.

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