‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1669 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-QUATRIÈME

Quant à la seigneurie temporelle, elle demeura à Boêmond avec le titre de prince.

Incontinent après la réduction d'Anlioche , il s'y mit une maladie contagieuse qui emporta entre autres le légat Adhémar, évèque duPuy, et il fut extrêmement regretté. Les croisés crioienl que l'on marcliàt incessamment à Jérusalem ; mais les seigneurs jugèrent à propos de les laisser rafraîchir, et remirent le voyage au mois d'octobre; cependant ils écrivirent au pape une lettre où Boémond est nommé le premier , puis le comte de Toulouse , le duc Godefroy, le duc de Normandie, le comte de Flandre, le comte de Boulogne (1). Ils racontent la prise d'Antioche, comment ils furent eux-mêmes assiégés ensuite, et délivrés après la découverte de la sainte lance ; enlin la mort de Févéque du Puy , arrivée le premier jour d'août ; c'est pourquoi ils prièrent le pape de venir lui-même se mettre à leur tête, dans la ville où le nom chrétien a commencé , et où saint Pierre a mis sa première chaire. Nous avons, ajoutent-ils, vaincu les Turcs et les païens , c'est à vous à vaincre les hérétiques grecs , arméniens , syriens et jacobites , et venir nous conduire à Jérusalem. Ils se plaignent ensuite qu'il accorde à quelques croisés dispense de faire le voyage , et l'avertissent que l'empereur de Constantinople ne leur a point tenu ce qu'il leur avoit promis. La lettre est de l'onzième de septembre. Le pape se contenta de leur envoyer un légat à la place du défunt évêque du Puy ; et ce fut Daibert , archevêque de Pise.

Quelque temps après , on révoqua en doute la vérité de la sainte lance , que l'on prétendoit avoir été trouvée à Antioche, et plusieurs soutenoient que c'étoit un artifice du comte de Toulouse et une invention intéressée (2). Le principal auteur de ce soupçon étoit Arnoul, chapelain du duc de Normandie, homme lettré, mais corrompu dans ses mœurs et brouillon. Comme l'on dispuloit beaucoup sur ce sujet, Pierre Barthélémy, qui prètendoit avoir eu la révélation, demanda à se justiher par l'épreuve du feu. On alluma donc un bûcher terrible , et tout le peuple s'assembla îi ce spectacle le vendredi-saint , huitième d'avril mil quatre-vingt-dix-neuf. Pierre Barthélémy, quoique clerc , avoit peu de lettres , et paroissoit un homme simple. Après avoir fait sa prière, il prit la sainte lance, et passa par le feu, d'où le peuple crut qu'il étoit sorti sain et sauf. Mais il mourut peu de jours après, quoiqu'il se portât très-bien avant cette épreuve. Quelques-uns atlribuoient la cause de sa mort à l'empressement du peuple, qui s'étoit jeté sur lui en foule au sortir du bûcher par dévotion. Enfin cette épreuve fut inutile pour décider la question ; et il demeura plus incertain qu'auparavant , si la lance trouvée à

Antioche étoit la même dont le côté de Jésus- Christ fut percé.

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