‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 167 sur 2407 · XLVI. Sainte Liobc, etc · texte numérisé non relu

XLVI. Sainte Liobc, etc

Saint Boniface fonda aussi en Germanie dos monastères de filles ; en quoi il fut principalement aidé par sainte Liobe, Angloise et sa parente (3). Dès sa première jeunesse, elle fut consacrée à Dieu , et mise dans le monastère de Yirburn sous la conduite de l'abbesse de Tetta. EUe s'appliquoit au travail des mains , mais encore plus à la lecture, en sorte qu'elle devint savante jusqu'à faire des vers latins, dont elle apprit Vart d'une sainte fille nomniec Edburge. Elle le dit dans une lettre à saint Boniface qui commence ainsi (4) : Je vous pno de vous souvenir de l'amitié que vous portiez à mon père , qui est mort il y a huit ans , et de prier Dieu pour son âme , et pour ma mère votre parente , qui vit encore accablée d'une longue maladie. Il n'y a personne de sa famille en qui j'aie tant d'espérance qu'en vous Je vous envoie ce petit présent pour

vous faire souvenir de moi malgré la distance des lieux. C'est que saint Boniface étoit dès lors en sa mission de Germanie , d'où il lui écrivit aussi et aux autres religieuses du même monastère pour leur demander des prières , afin de s'acquitter dignement de son ministère (1). En ces lettres, elle est nommée Léobiguthe, c'est-à-dire aimée de Dieu.

Ensuite saint Boniface pria l'abbesse Tetta de lui envoyer Liobe pour sa consolation et son secours ; car le mérite de cette sainte fille lui avoit déjà attiré une grande réputation. Tetta eut bien de la peine à s'en priver ; et saint Boniface, l'ayant reçue en Allemagne, résolut de s'en servir pour y former des religieuses , comme il se servoil pour les moines de Sturme, qu'il appeloit son ermite. Il bâtit pour elle un monastère au lieu qui fut nommé Bischofsheim , c'est-à-dire la demeure de Févêque, et dont une ville du diocèse de Mayence conserve le nom , car le monastère ne subsiste plus. Il s'y forma une grande communauté , d'où furent depuis tirées les abbesses de plusieurs autres monastères.

Une malheureuse femme , courbée d'infirmités qui couchoit à la porte du monastère , et vivoil de ce qu'on lui donnoit de la table de l'abbesse , ayant eu un enfant par un crime , le jeta de nuit dans la rivière qui passoit près du monastère (2). Une autre femme, venant le matin puiser de feau, trouva cet enfant mort, et remplit tout le village de ses cTis , disant que ces religieuses baptisoient ainsi leurs enfants , et infectoient l'eau de la rivière. Tout le peuple s'amassa avec indignation ; et l'abbesse ht revenir aussitôt une religieuse qui étoit sortie par sa permission , et qui protesta devant Dieu de son innocence , le priant de faire connoître la coupable. L'abbesse assembla les religieuses dans Foratoire , et leur fit réciter tout le psauti<T debout, et les bras étendus en croix , puis marcher en procession autour du monastère trois fois le jour, à tierce, à sexte et à none. A la troisième fois, Liobe en présence de tout le peuple , s'approcha de l'autel , et devant la croix que Ton alloit porter, eUe pria Dieu avec larmes, étendant les mains vers le ciel , de les délivrer de cet opprobre. Aussitôt la malheureuse pécheresse fut saisie du démon , et confessa son crime devant tout le monde. Le peuple rendit gloire à Dieu par de grands cris , les religieuses furent justifiées ; mais la coupable demeura possédée tout le reste de sa vie. Sainte Liobe fit plusieurs autres miracles. Elle avoit dans sa communauté une religieuse nommée Thècle, qui l'avoit suivie d'Angleterre, et qui fut abbesse à Chizzingue sur le Mein dans le diocèse de Yirzbourg (3).

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