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LXII. Concile de Rome

Le pape Lrbain tint «î Rome le concile dans le temps marqué, c'est-à-dire la troisième semaine après PAques , qui cette année mil quatre-vingt-dix neuf étoit le dixième d'avril. II s'y trou va cent ci nquanteèvêques, entre autres: Anselme, archevêque de Cantorbèry, Daimbertde Sens, qui reconnut alors la primatie de Lyon, Léger de Bourges, Anjat de Bordeaux, Ryzance de Trany, Gautier, èvêque d'Albane, Odond'Ostie, Gonlard de Fondy , Leutald de Sentis, Lanib<Ttd'Arras, Humbaud d'Auxerre, Norgaud d' Autun, Ismèon de Die , Geoffroy de Maguelone (1). Chacun étoit assis à son rang selon la coutume; mais il y eut de la difiiculte pour placer Anselme, parce que personne ne se souvenoit d'avoir vu dans un concile de Rome un archevtHjue de Cantorbèry. Le pape lui lit donc mettre un siège dans le cercle que formoit la séance, ce qui maniuoit une grande distinction.

Nous avons dix-huit canons de ce concile, dont les onze premiers sont les mêmes, mot pour mol, que les douze premiers du concile de Plaisance, tenu en mil quatre-vingt-quinze, touchant les ordinations des simoniaques et des schismatiques , que le pape avoit déjà fait confirmer dans le concile de Clerniont et dans les suivants. En celui-ci on défendit encore aux abbés et aux autres supiTieurs des églises de recevoir de la main des laïques des dîmes ou d'autres droits ecclésiastiques sans le consentement de l'èvêque (2). On défendit tout ce qui sent la simonie, même d'exiger à l'ordina-

tion des évêques des chappes, des tapis ou d'autres petits présents. On ordonna que tous les fidèles jeùneroient tous les vendredis pour leurs péchés, principalement pour ceux dont ils auroient oublié de se confesser (1).

Le concile se tenoit dans l'église de Saint- Pierre , et le bruit de ceux qui entroient et sortoient continuellement pour y faire leurs prières empêchoit que l'on entendît distinctement ce qui étoit résolu dans le concile, outre la grande multitude de ceux qui y assistoient (2; . C'est pourquoi le pape ordorma à Reinger, évêque de Lucques, qui avoit la voix forte, de se lever au milieu de l'assemblée et prononcer les décrets du concile. Mais après en avoir dit quelques-uns, tout d'un coup, changeant de visage, de voix et de geste, il s'interrompit, et, tournant ses regards vers les assistants . il dit : Mais que faisons-nous? Nous chargeons d'ordonnances ceux qui nous sont soumis, et nous ne nous opposons pas aux violences des tyrans qui oppriment l'Eglise, et dont tout le monde se plaint. Nous avons ici un prélat venu des extrémités du monde, qui demeure assis modestement , mais dont le silence crie , et demande justice des cruels traitements qu'il a soufferts. Voici la seconde année qu'il est ici sans avoir encore reçu aucun secours. Si vous n entendez pas tous de qui je parle, c'est d'Anselme , archevêque d'Angleterre. L'èvêque, ayant ainsi parlé, frappa trois fois la terre de la crosse qu'il tenoit à la main, et témoigna encore son indignation en serrant les dents et les lèvres. 1^ pape lui dit : C'est assez, mon frère , c'est assez , nous y donnerons bon ordre. Reinger reprit ensuite le reste des décrets du concile; mais, avant que de s'asseoir, il recommanda encore de faire justice à Anselme, qui garda toujours le silence, étonné de cette saillie à laquelle il n'avoit aucune part.

Rysance, archevêque de Trany, vint à ce eonèile , avec des députés de son clergé et de son peuple, pour suivre la canonisation de saint Nicolas Pérégrin, mort depuis près de ( inq ans (3). L'archevêque explique en peu de mots, la vie du saint, sa mort et les miracles quil'avoientsuivie; et leconcile, Payantécouté attentivement, en rendit grâce à Dieu. Ensuite on présenta au pape la relation écrite de ses miracles. Le pape la lut av(»c empressement; puis , de l'avis da concile , il répondit qu'ils (Toyoient tout ce qui étoit rapporté du saint par un témoignage si authentique, qu'ils accordoient à l'èvêque ce qu'il demaiidoit, et Inissoient le tout à sa volonté L'arehevêque pria le pape de prononcer lui-même, et obtint une bulle, où le pape disoit: L'archevêque Bisancc nous ayant prié instamment de mettre au catalogue des saints le vénérable Nicolas, surnommé Pérégrin, nous lui avons commis

(1) To. X, p. 615. Berthold. an. 109Q. Edmer. â, Kover. n. iO.

(i) To. X, p. 503. Sup.

n. 21. Can. 15, 16, c. 17.

(1) C. 12, 17, 18. Chr.

Malleac.

(2) Edmer.

(3) Vlla S. Nie. par. 3, c. 1. Boll. to. 19, p. 249.

Sup- n. 10.

l'affaire , par la confiance que nous avons en sa vertu et en sa science, afin qu'après en avoir mûrement délibéré il fasse ce que Dieu lui inspirera. En vertu de cette commission , l'archevêque fit bâtir en l'honneur du saint une nouvelle église, où son corps fut depuis transféré.

Sir la fin du concile, le pape et tous les évêques prononcèrent excommunication contre tous les laïques qui donneroient les investitures des églises (1 j , et contre tous les ecclésiastiques qui les recevroient, ou qui donneroient la consécration à ceux qui les auroient reçues. On comprit sous le même anathème ceux qui faisoient hommage aux laïques pour les dignités ecclésiastiques. Car, disoit le pape, on ne peut voir sans horreur que des mains élevées à cet honneur suprême, de créer le Créateur , et l'offrir à son père pour le salut de tout le monde , soient réduits à cette infamie, de se soumettre à des mains qui sont continuellement souillées d'attouchements infâmes, de rapines et d'effusion de sang. Tous crièrent : Ainsi soit-il ; et ce fut la fin du concile.

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