LXVI. Prise de Jérusalem
Quinze jours avant la mort du pape Urbain, les croisés avoient pris Jérusalem ce qui s'étoit ainsi passé. Après la prise d'Antioche , ils firent encore quelques conquêtes et les ambassadeurs qu'ils avoient envoyés en Egypte, au calife Fatimite , revinrent avec les
^*^ £• ^I* r. ^3) Berlhold. an 1099
(î) GeofTr. n, Ep. 18. Gesta. D.per.Fr. lib.ii, inui
HISTOIllE DU CHRISTIANISME.
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ambassadeurs de ce prince (1). Il avoit recherché l'alliance des Francs, pour lui aider à chasser de la Syrie les Turcs , ses ennemis , qui reconnoissoient le calife de Bagdad ; mais , profitant des victoires des Francs, il reprit Jérusalem sur les Turcs , qui l'avoient ôtee à son père trente-huit ans auparavant, et déclara aux Francs que les choses ayant changé de face, il prétendoit garder cette ville ; mais qu'il permettoit aux Francs d'y venir visiter les saints en toute sûreté, pourvu qu'ils n'y entrassent pas plus de deux ou trois cents à la fois et sans armes.
Les seigneurs francs prirent cette réponse pour une dérision , et répondirent au calife d'Egypte qu'il ne leur feroit pas la loi, et qu'ils iroient en corps d'armée à Jérusalem. Ils y marchèrent en effet , et arrivèrent devant la ville le septième de juin mil quatre-vingtdix-neuf (2). Ils n'a voient plus de gens de service que vingt mille hommes de pied et quinze cents chevaux, et on tenoit que dans la ville il y avoit quarante mille hommes bien armés, avec toutes sortes de munitions, et les assiégés avoient comblé les fontaines et les citernes , jusqu'à cinq ou six milles à l'entour. Toutefois, le siège ne dura que cinq semaines , et les croisés firent de tels elîorts , qu'ils prirent Jérusalem le vendredi quinzième de juillet, à trois heures après midi : ce qui fut remarqué comme étant le jour et l'heure de la mort de Jésus-Christ.
Le duc Godefroy entra le premier dans la yille avec son frère Eustache , passant sur la muraille par une tour de bois qu'on en avoit approchée (3). Ensuite le comte de Toulouse, qui étoit à une autre attaque , et enfin toute l'armée. On fit main -basse sur les infidèles, dont la ville étoit pleine, et le massacre fut horrible. On tua, non-seulement ce qui se trouva dans les rues, mais ceux qui s'étoient réfugiés dans la mosquée bâtie à la place du temple , où l'on en tua environ dix mille , et autant dans le reste de la ville. Tout nageoit dans le sang , et les vainqueurs, fatigués du carnage, en avoient horreur eux-mêmes.
Après qu'on eut donné les ordres les plus près sants pour la sûreté de la ville, ils quittèrent leurs armes et leurs habits pleins de sang , en prirent de plus propres, lavèrent leurs mains, et marchèrent nu - pieds , en gémissant et répandant des larmes pour visiter les samts lieux, particulièrement l'église du Saint-Sépulcre. Ils y furent reçus par le clergé et le peuple de la ville, c'est-à-dire le peu de chrétiens du pays qui y étoient restés , et qui, rendant grâce à Dieu de leur délivrance, vinrent au devant des seigneurs francs, avec les croix et les reliques, et les conduisirent dans léglise, chantant des hymnes et des cantiques spirituels.
C etoit un spectacle merveilleux de voir avec quelle dévotion les croisés visitoient et baisoient les vestiges des souffrances du sauveur. Ce n'étoientque larmesetcrisde joie; ce n'étoient qu'actions de grâces de voir leur pèlerinage si heureusement accompli , et goûter le fruit de leurs travaux ; les plus spirituels se représenloient la félicité de la Jérusalem céleste, par le plaisir qu'ils ressentoient de voir la terrestre. Les uns confessoient leurs péchés, avec vœu de n'y plus retourner. Les autres répandoient de grandes libéralités sur les pauvres, vieux et infirmes , s'estimant trop riches d'avoir vu cet heureux jour. D'autres visitoient les lieux saints à genoux nus ; chacun s'efforçoit de renchérir sur la piété des autres. Les évéques et les préires otTroient le saint sacrifice dans les églises , priant pour le peuple , et rendant grâce à Dieu d un si grand bienfait. On ordonna de célébrer à perpétuité le jour de cette réduction par une fête solennelle. Les chrétiens du pays, ayant reconnu Pierre l'ermite qu'ils avoient vu à Jérusalem quatre ou cinq ans auparavant, se mettoient à genoux devant lui, et ne sa voient comment lui témoigner leur reconnoissance de la liberté qu'il leur avoit procurée (1). Le patriarche étoit allé dans l'ile de Chypre chercher des aumônes pour payer les impositions dont les infidèles accabloient son peuple , et empêcher ainsi la destruction des églises. Il ne savoit
rien de ce qui se passoit à Jérusalem.