‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1681 sur 2407 · LXVII. Godefroy de Bouillon, roi · texte numérisé non relu

LXVII. Godefroy de Bouillon, roi

Huit jours après la conquête, les seigneurs s'assemblèrent pour choisir un d'entre eux qui fût roi de la ville et du pays (2). Comme ils étoient enfermés pour délibérer , quelquesuns du clergé demandèrent à entrer , et leur dirent : Le spirituel doit aller devant le temporel ; c'est pourquoi nous croyons que l'on doit élire un patriarche avant que d'élire un roi, autrement nous déclarons nul tout ce que vous ferez sans notre consentement. Le chef de ces clercs étoit l'évêque de Martorane en Calabre, appuyé d'Arnoul, chapelain du duc de Normandie, qu'il vouloit faire patriarche, quoique ce fût un homme d'une vie infâme et décrié dans toute l'armée. Or, il n'y avoit plus ni piété ni discipline dans le clergé de la croisade, depuis la mort d'Adhémar, évêque du Puy, et de Guillaume, évéque d'Orange, qui lui survécut peu de temps.

Les seigneurs, sans s'arrcHcT à la remontrance des clercs séditieux , élurent pour roi de Jérusalem Godefroy de liouillon, duc de lorraine, ayant principalement égard à sa vertu; car il y avoit entre eux des princes plus distingués par leur naissance et leur pouvoir ; mais il étoit recommandable par sa valeur et

sa piété (1). Le roi , Henri d'Allemagne, avoit une telle confiance en lui, que, dans la bataille contre Rodolphe, son compétiteur, il lui donna à porter son étendard , et on dit que ce fut Godefroy qui donna le coup mortel à Rodolphe. Sitôt qu il fut élu , les seigneurs le menèrent solennellement à l'église du Saint-Sépulcre pour loffrir à Dieu ; mais il ne voulut point être sacré solennellement , ni porter une couronne d'or dans la ville où Jésus-Christ en avoit porté une d'épines. 11 prit soin, dès les premiers jours de son règne, d'établir le service divin. 11 fonda un chapitre de chanoines dans l'église du Saint-Sépulcre, et un autre dans l'église du Temple, leur assignant des revenus suflisants et des logements convenables près ces églises. L'église du Temple étoit la grande mosquée des musulmans , fondée par Omar , à la place de l'ancien temple des juifs (2); elle étoit octogone, revêtue de marbre dehors et dedans , et ornée de mosaïque; le toit étoit un dôme couvert de plomb. A la prise de la ville , on trouva dans cette mosquée quantité de lampes d'or et d'argent, ot d autres richesses immenses. Le roi Godefroy fonda aussi un monastère dans la vallée de Josaphat, en faveur de plusieurs moines qu'il avoit tirés des maisons les mieux réglées, et qui, pendant tout le voyage, lui faisoient le service divin aux heures du jour et de la nuit.

Sur la fin de Tannée mil quatre-vingt-dixneuf arriva à Jérusalem Dairabert, archevêque de Pise, légat envoyé par Urbain II, accompagné d'un grand corps de croisés d'Italie, et il célébra la fête de Noël à Bethléem. Depuis cinq mois que Jérusalem étoit au pouvoir des chrétiens il n'y avoit point encore de patriarche; car, quoiqu'incontinent après lélection du roi , l'évêque de Martorane eût fait élire par sa faction le chapelain Arnoul, H l'eût intronisé par la protection du duc de Normandie, ils furent bientôt obligés d'abandonner cette entreprise téméraire. Le siège patriarcal fut donc regardé comme vacant , car il ne paroît pas que l'on comptât le patriarche Siméon qui étoit en Chypre ; et les seigneurs qui restoientà Jérusalem s'assemblèrent afin d'y pourvoir (3). Après une mûre délibèra-

(3) Lib. vui, c. 3.

(3) Lib. IX, c. li, 4, 15.

lion , ils élurent l'archevêque Daïmbert et l'intronisèrent; ensuite de quoi le roi Godefroy et le prince Boémond reçurent humblement de lui l'investiture, l'un du royaume de Jérusalem, l'autre de la principauté d'Antioche, prétendant honorer celui dont il étoit vicaire sur la terre.

Quelque temps après il s'émut un difiFérent entre le roi et le patriarche, qui prétendoit que le roi avoit donné à Dieu la ville de Jérusalem et sa forteresse (1), et encore la ville de Joppé et ses dépendances. Pour terminer cette dispute, le pieux roi céda à l'église du Saint-Sépulcre le quart de Joppé , et fit cette cession publiquement devant le clergé et le peuple le jour de la Puri finition, l'an mil cent. Le jour de Pâques suivant, qui étoit le premier d'avril , il céda de même au patriarche la ville de Jérusalem avec la tour de David et ses dépendances, à condition toutefois que le roi auroit la jouissance de Jérusalem et de Joppé jusqu'à ce qu'il eût augmenté son royaume d'une ou deux autres villes; que, s'il mouroit sans enfants, le tout appartiendroit au patriarche.

Or , dans ce commencement, le royaume de Jérusalem étoit peu de chose (2). Car , après que les seigneurs qui avoient été à cette conquête se furent retirés chacun chez soi , ayant accompli leur vœu , Godefroy demeura seul avec Tancréde, et leurs troupes assemblées faisoient à peine trois cents chevaux et deux mille hommes de pied. Les villes de leur obéissance étoient en très-petit nombre, et séparées par des places ennemies , en sorte qu'on ne pouvoit passer de l'une à l'autre sans grand péril. Toute la campagne étoit occupée par les infidèles, qui, regardant les chrétiens comme leurs ennemis mortels, les tuoient sur les chemins ouïes faisoient esclaves, et abandonnoient la culture des terres , ne craignant pas de s'affamer eux-mêmes, pourvu qu'ils les fissen périr de disette. Les Francs n'étoient pas mêmt en sûreté dans les villes mal fermées et mal peuplées : on y venoit de nuit les piller et les tuer jusque dans leurs maisons : ce qui en obligeoit plusieurs à tout abandonner. Tel étoit ce royaume de Jérusalem, qui subsista toutefois quatre-vingt-huit ans.

(!) Sup. li V. lAlV, n. 58 Guill. Tyr. vu, c. 19.

(2j Guill. viii, c. 5.

(3) 17, 18, etc.

(2) Lib. \l, C. 1.

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HISTOIRE DU CHRISTIANISME

i An de J.-C. lOOu.

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