I. Pascal II, pape
Le saint-siége ne vaqua que quinze jours après la mort du pape Urbain 11, et on élut pour lui succéder, Rainier, cardinal - prelrc , du titre de saint Clément. Il étoit ne a Blede en Toscane , à huit lieues de Rome , mais il fut mis dés son enfance à Clugny et y embrassa la profession monastique (1). Il n'avoit que vingt ans, quand son abbé l'ayant envoyé a Kome pour les affaires du monastère , le pape Grégoire YIl connut sa vertu et sa capacité, le retint auprès de lui à Rome, et après l'avoir éprouvé quelque temps , l'ordonna prétre-cardmal ; ensuite il fut élu abbé de Saint-Paul hors de Rome.
Après la mort du pape Urbain, les cardinaux , les évéques, le clergé de Rome et les principaux delà ville s'assemblèrent dans leglise de Saint-Clément, pour procéder a l élection. Ayant proposé plusieurs sujets, on convint du cardinal Rainier qui , l'ayant appris , s'enfuit et se cacha ; mais il fut découvert et ramené par force à l'assemblée. On lui lit des reproches de sa fuite , et, malgré les protestations de son indignité , on lui déclara qu il éloit élu pape , et qu'il devoit se soumettre a la volonté de Dieu. Alors quelques uns du cierge lui changeant de nom, crièrent trois fois : Pascal pape, saint Pierre l'a élu; a quoi 1 assemblée répondit de môme , ajoutant plusieurs autres acclamations de louanges. Ensuite on le revêtit de la chappe d'écarlate rouge, qui étoit alors un ornement particulier du pape , car les cardinaux ne portoient encore que le violet; on lui mit la tiare sur la tète, il monta à cheval et fut conduit en chantant et avec une nombreuse suite au palais de Lalran. Il descendit de cheval à la porte méridionale de la basilique du Sauveur, et fut mis dans le siège qui y étoit; puis étant monté au palais, il vint à l'endroit où étoient deux sièges d'ivoire. Là on lui mit une ceinture où pendoient sept clefs et sept sceaux, signifiant les sept dons du Saint- Esprit, suivant lesquels le pape doit user du pouvoir d'ouvrir et de fermer. On le fit asseoir dans l'un et dans l'autre siège, et onluimit
en main la férule ou bâton pastoral. C'est ainsi qu'il prit possession du palais de Lalran.
Le lendemain dimanche, quatorzième jour d'août mil quatre-vingt-dix-neuf, il fut sacré à Saint-Pierre, par Odon, évéque d Ostie, assisté de Maurice de Porto, Gauthier d'Albane, Boson de Lavici , Milon de Préneste et Othon de Népi. L'évèque d'Oslie porte le pallium eu cette fonction , et le remet ensuite au pape. C'est ainsi qu'en parle Pierre Pisan , auteur du temps, de qui nous tenons ces parlicularitès. Le pape Pascal II tint le saint-siège plus de dix-huit ans. Il célébra à Rome en grande paix la fêle de Noël de cette année mil qualre-vingt-dix-neuf, et confirma par ses lettres la légation d'Allemagne donnée par son prédécesseurà Gébehard, évéque de Constance, comme témoigne Berthold , prêtre de la même église, qui vivoit alors et dont la chronique finit l'an mil cent (1).
IL Mort de Godefroy. Baudouin, roi de Jérusalem.
Le pape Pascal reçut bientôt des nouvelles de l'armée des croisés, par une letlre adressée non-seulement à lui , mais à tous les évêques et à tous les fidèles, qui contenoit en abrège toutes les conquêtes des croisés, depuis la prise de Nicée jusqu'à celle de Jérusalem. Le pape leur écrivit de son côté une lettre où il les félicite principalement de la découverte de la sainte lance et d'une partie de la croix trouvée à Jérusalem. Et comme le légat Daïmbert avoit élé élu patriarche , il leur envoie pour légat Maurice, évêque de Porto, avec pouvoir de régler toutes choses dans les églises nouvellement délivrées. La lettre est du quatrième de mai , indiction huitième, qui est Tan
mil cent (2).
Peu de temps après, les choses changèrent de
face à Jérusalem par le décès du roi Godefroy, qui mourut le dix-huilième de juillet (3), n'ayant régné qu'un an, et fut enterré dans l'église du Saint-Sépulcre , où fut aussi la sépulture de ses successeurs. Son frère Bau-
(1) Berthold. an., 1099.
Pet. Pisan. op. Papebr.
Conat. p.202, elap.Paron.
an. 1100
(1) Sup. liv. Lxiii, n.iS.
Berthold. an. 1100.
(2) A p. Dodechin. an.
1100. Pasch. Ep. 1. Sup liv. LMV, n. G7.
(3) GuU. Tyr. ii, c. ull.
douin, comte d'Edesse, fut reconnu roi de Jérusalem , et on lui manda d'y venir incessamment. Cependant le comte Garnier, qui commandoit à Jérusalem, refusa d'en reconnoître le patriarche pour seigneur , et de lui livrer la tour de David et la ville de Joppé, suivant la promesse que Godefroy enavoitfaite, et Daïmbert , jugeant bien que le nouveau roi Baudouin ne seroit pas plus facile, écrivit à Boémond, prince d'Antioche, en ces termes :
Vous savez que vous m'avez élu malgré moi pour être patriarche de Jérusalem, et je sais ce que j'y ai souffert(l). A peine le duc Godefroy laissoit à l'Eglise ce que le patriarche avoit tenu sous les Turcs , jusqu'à ce qu'il s'est reconnu et lui a restitué tous ses droits, se ren dant vassal du Saint-Sépulcre et le nôtre , et remettant en notre pouvoir la tour de David, toute la ville de Jérusalem avec ses dépendances, etce qu'ilavoit à Joppé. lia promis tout cela publiquement à Pâques et l'a confirmé au lit de la mort. Toutefois, après son décès , le comte Garnier a fortifié contre nous la tour de Dav id et a mandé à Baudouin de venir au plus tôt
s'emparer violemment des biens de l'Eglise. En celte extrémité, je n'ai, après Dieu, d'espérance qu'en vous seul. Si vous avez de la piété et si vous ne voulez pas dégénérer de la gloire de votre père qui délivra le pape Grégoire assiégé à Rome, hàtez-vous de venir au secours de c^tte église , comme vous me l'avez promis (2). Ecrivez donc à Baudouin pour lui défendre de venir sans notre permission, lui montrant qu'il n'est pas raisonnable d'avoir (essuyé tant de travaux et de périls, pour délivrer cette église et la réduire à présent sous la servitude de ceux à qui elle doit commander, comme étant leur mère. Que s'il ne veut pas se rendre à la raison , je vous conjure par Tobéissance que vous devez à saint Pierre , de l'empêcher devenir par tous les moyens possibles, même par force s'il est nécessaire.
On voit par cette lettre qu'il ne tint pas au patriarche d'exciter une guerre civile entre les princes croisés ; mais la Providence en disposa autrement. Car Boémond avoit été pris par les Turcs quinze jours avant la mort de Godefroy, et Baudouin , étant arrivé à Jérusalem , se réconcilia avec le patriarche Daïmbert, nonobstant les efforts de 1 archidiacre Arnoul, qui avoit prétendu au patriarcat, et qui étoit toujours puissant par ses richesses et ses artifices (3). Enfin, Baudouin fut couronne roi par Daïmbert à Bethléem , le jour de Noël de la même année mil cent, et régna dixsept ans.