‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1692 sur 2407 · XII. Etienne de Garlande élu évêque de Beauvais · texte numérisé non relu

XII. Etienne de Garlande élu évêque de Beauvais

Pendant qu'ils étoient en France, Ives de Chartres leur écrivit au sujet d'Etienne de Garlande, élu évêque de Beauvais. Cette église, dit-il (1), est désaccoutumée depuis si long-temps d'avoir de bons pasteurs, qu'elle semble être en droit d'en élire de mauvais. Elle vient de prendre, suivant la volonté du roi et de sa concubine, un clerc qui n'est point dans les ordres sacrés, ignorant, occupé du jeu et de semblables amusements, et autrefois chassé de l'Eglise pour un adultère public par l'archevêque de Lyon, légat du saint-siége. Si jamais il parvient à l'épiscopat par l'autorité du pape, on impose de notre tomps aux canons un silence pernicieux. Je vous en avertis, afin que vous soyez sur vos gardes ; car cet intrus se pressera d'aller à Rome ou d'y envoyer, de gagner la cour par

présents et par promesses , et surprendre le pape par tous les artifices possibles. Nous vous déclarons donc la vérité de la chose, afin que vous puissiez pourvoir à Fautorité du saint-siége et à votre réputation; car si notre attente est frustrée en cette occasion, nous ne saurons plus que répondre à ceux qui parlent contre l'église romaine.

Ives écrivit au papi^ Pascal sur le même sujet en ces termes (1) : Comme véritable fils de l'église romaine et sorti de son sein, je ne puis m'empêcher d'être sensiblement touché lorsqu'elle est déchirée par la médisance. C'est pourquoi je vous prie que, si l'on porte devant vous de nos quartiers des accusations contre des évêques ou d'autres personnes, ou des excuses en leur faveur ,vous ne vous pressiez pas d'y ajouter foi , mais que vous accordiez un délai convenable et long pour vous faire informer de la vérité par des personnes vertueuses du voisinage. Autrement, s'il paroît quelque décret indigne de vous, nous garderons le respect, mais nous cesserons de vous donner des avis inutiles Et que votre sainteté ne trouve pas mauvais si je prends cette liberté , c'est que j'ai déjà vu plusieurs personnes zélées pour la justice ^ qui , voyant que l'on avoit pardonné ou dissimulé plusieurs crimes , se sont imposé si-r lence, n'espérant presque plus la correction des abus. Il avertit ensuite le pape de l'élection d'Etienne de Garlande , répétant les mêmes reproches qu'il avoit marqués dans sa lettre aux légats ; qu'il n'est pas sous-diacre , qu'il est sans lettres, joueur, adonné aux femmes, et qu'il a été excommunié pour adultère. Le plus grand mérite d'Etienne étoit sa noblesse. Il étoit fils de Guillaume de Garlande, sénéchal de France , qui étoit alors la première charge de la couronne, et luimême fut depuis chancelier. Il devoit être jeune, puisqu'il vécut encore quarante ans.

Etienne alla trouver le pape pour faire confirmer son élection, et Yves de Chartres ne put lui refuser une lettre de recommandation (2), où, sans rien dire directement contre la vérité, il se joint à l'église de Beauvais, sa mère , pour prier le pape de lui accorder ce qu'elle demande, autant que lajustice et l'honneur du saint-siége le permettent. Etienne fut refusé , et le pape fit des reproches à Yves de sa recommandation. A quoi il répondit (3) : J'ai reçu une extrême joie et du refus qu'a reçu Etienne qui briguoit l'église de Beauvais, et de la réprimande paternelle que vous me faites à son sujet , quoique dans ma dernière lettre je n'aie rien écrit de contraire à la première. Il a extorqué de moi cette lettre par son importunité ; mais j'ai cru qu'étant bien entendue elle lui nuiroit plutôt que de lui servir. La vôtre m'a fait voir clairement combien vous

(!) Ep.87.

(I) Ep. 89.

f2) Ep.94.

HISTOIRE DU GUIUSTIAJNISME

[An de J.-C. Ilot.

êtes ferme dans l'amour de la justice, et le zèle de la maison de Dieu , et je l'ai fait connoître presqu'à toutes les ép^lises du royaume. Entre les éveques auxquels Yves de Chartres envoya cette lettre du pape, étoient deux des plus vertueux de la province de Reims , Lambert d'Arras et Jean de Thérouane, qu'il exhorta à faire par obéissance pour le pape ce qu'ils avoient fait jusqu'alors par le seul amour de la justice. Avertissez, ajoute-t-il, votre métropolitain d'assembler le clergé de Beauvais pour faire une élection canonique , aOn que son autorité guérisse les foibles et affermisse les forts ; qu'il honore son ministère , et ne s'expose pas à voir exécuter par d'autres ce qui le regarde. Yves écrivit aussi au clergé de Beauvais , pour les encourager à élire un bon sujet à la place d'Etienne , comme le pape leur ordonnoit ; mais il ne leur recommande, dit-il, personne en particulier (1).

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