XIII. Saint Anselme soutient le roi Henri
En Angleterre, le délai qui avoit été pris jusqu'à Pâques mil cent un (2) fut prorogé jusqu'au retour des députés envoyés à Rome, touchant l'alTiiire des investitures. Cependant, à la Pentecôte, la cour fut extrêmement troublée par la nouvelle de l'arrivée en Angb^terre de Robert, duc de Normandie. Le roi Henri et les seigneurs éloienl dans des défiances mutuelles : le roi craignoit qu'ils ne l'abandonnassent pour se joindre à son frère, les seigneurs craignoii'ut que, si le roi éloit une fois paisible, il n'exerçât sur eux une autorité trop absolue. Ils n'avoient confiance de part et d'autre qu'en l'archevêque Anselme, et il reçut au nom de la noblesse et du peuple la promesse du roi, de les gouverner suivant de justes et saintes lois.
Mais quand le duc Robert fut effectivement entré en Angleterre , les seigneurs , oubliant leur serment, songeoienl à passer de son côté, et le roi Henri craignoit non-seulement pour son royaume , mais pour sa vie. Alors il eut recours à Anselme , et promit de lui laisser un pouvoir absolu pour exercer tous les droits de î'eglise en Angleterre , et d'obéir toujours aux ordres du pape. Anselme assembla les stMgneurs , et leur parla en présence de toute l'armée, avec laquelle le roi marchoit au devant de son frère. Il leur représenta si fortement combien étoient déteslables de\ant Dieu et devant tous les gens de bien ceux qui manquoient à la foi jurée solennellement à leur prince, que tous protestèrent qu'ils demeureroient tidèles au roi, dùt-il leur en coûter la vie. Le duc Robert , de son côté , perdit l'espérance qu'il avoit dans la défection des seigneurs , et fut touché de l'excommunication qu'Anselme avoit
(1) Ep. 97, 98.
(2) Edmer, 3, Novor.
publiée contre lui comme usurpateur -. ainsi il fit la paix avec son frère , et se relira.