XXV. Saint Olhon, évl^que de Bamberg
En Allemagne, Rupert, évêque de Bamberg, étant mort la même année mil cent deux, on porta à la cour, suivant la coutume, les marques de l'épiscopat, j'entends la crosse et l'anneau, avec la requête pour avoir un évêque ; mais l'empereur Henri prit un délai de six mois, au bout desquels il écrivit qu'on lui envoyât des députés, disant qu'il avoit trouvé un digne évêque pour cette église (3) ; c'étoit vers iSoèl ; et les députés étant arrivés à la cour de l'empereur, il leur dit que l'affection qu'il
(i\ m Eo «2, 12, 109. Alb. Aquens. Ub. VllI.ViH l (2) Ab. V-P^rg, UOt. Tyr.x, 12.
(3) Dodech. Urspcr. Vila
to. 2,
(1) C. 19. Vilaap. Tengneg. p. 82. OUon lib. i, c. 3,
(2) Sup. liv. LXii, n. 42. Caiiis. p. 333. Ap.Barou. an 1102.
avoit pour leur église lui avoit fait prendre un si long terme, afin de faire un bon choix; puis, prenant par la main Othon , son chapelain , il leur dit : Voilà votre maître et l'évèque de Bamberg. Les députés, surpris, se regardoient l'un l'autre, et les assistants, qui avoient espéré cette place pour eux ou pour les leurs, sembloient les exciter par leurs gestes et par leurs murmures à faire quelque remontrance. Ils dirent donc à l'empereur : Nous espérions que vous nous donneriez quelque personne de la cour connue et bien apparentée, car nous ne connoissons point celui-ci. Voulez-vous savoir qui il est? dit l'empereur : je suis son père , et léglise de Bamberg doit être sa mère ; nous ne changerons point ; nous ne l'avons pas choisi légèrement , mais après avoir connu son mé^ rite par une longue expérience , et nous le trouverons bien de manque quand nous ne l'aurons plus.
Othon se jeta aux pieds de l'empereur fondant en larmes, et les députés accoururent pour le relever. Il refusoit, disant qu'il étoit un pauvre homme, indigne d'une telle place, et priant que l'on choisît entre ses confrères quelque personne noble et riche. Voyez -vous, dit l'empereur, quelle est son ambition ? C'est la troisième fois qu'il refuse. J'ai voulu lui donner l'évêché d'Augsbourg, et ensuite celui d'Halbc rstadt : je crois que Dieu le réservoit à l'église de Bamberg. En parlant ainsi il lui mit au doii i l'anneau épiscopal et la crosse à la main, (î, lui ayant ainsi donné l'investiture, il le mit entre les mains des députés. Othon eut bien de la peine à consentir, à cause de la dispute truchant les investitures, et dès lors il promit à Dieu de ne point demeurer évêque qu'il ne reçût de la main du pape la consécration et l'investiture, du consentement et sur I la demande de son église. Il célébra à May ence la fête de Noël avec l'empereur, et demeura à la cour environ six semaines (1).
L'empereur le fit conduire à Bamberg par
les évèques d'Augsbourg et de Wirtzbourg ,
avec d'autres seigneurs et une nombreuse
suite ; et il y arriva la veille de la Purification,
premier février mil cent trois. Dès qu'il vit
l'église cathédrale, il descendit de cheval, se
déchaussa, et fit le reste du chemin marchant
à pieds nus sur la neige et sur la glace , au
milieu du clergé et du peuple, qui l'étoit venu
recevoir solennellement en procession. Peu de
jours après, et avant toute autre affaire, il
envoya à Rome des députés avec une lettre au
pape Pascal, où il lui déclaroit sa soumission,
et lui demandoit conseil. J'ai passé, disoit il,
quelques années au service de l'empereur,
mon maître, et j'ai gagné ses bonnes grâces;
mais, me défiant de l'investiture donnée de sa
main, j'ai refusé deux fois des évêchés qu'il
mevouloit donner (2); il m'a nommé pour la
troisième fois à celui de Bamberg, mais je ne
(2) C. 5; to. X, Conc. p.68.
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