XXIX. Galon, évoque de Beauvaig
En France, l'élection d'Etienne de Garlande pour l'évêché de Reauvais ayant été cassée, comme j'ai dit, on élut à sa place Galon, abbé de Saint-Quentin de la même ville. Sur quoi Ives de Chartres, qui, comme enfant de l'église de Reauvais , prenoit toujours ses intérêts, écrivit à Manassès, archevêque de Reims, pour le presser de sacrer Galon, dont il savoit que la cour vouloit traverser l'élection (1). Vous savez , dit-il , que le huitième concile, approuvé par l'église romaine, a défendu aux rois de se mêler de l'élection des évêques; et que les rois de France, Charles et Louis , ont accordé aux églises ces élections , comme ils l'ont écrit dans leurs capitulaires, et ont permis aux évêques de l'ordonner dans les conciles provinciaux. Et ne vous arrêtez pas à ce que l'on a dit malicieusement au roi de la condition servile des parents de Galon , car sa naissance est honnête , quoique médiocre, et il n'y a homme vivant qui puisse prouver qu'elle soit servile.
Ives écrivit aussi sur ce sujet au pape Pascal, en ces termes (:2) : La plus saine partie du clergé de Reauvais, de l'avis des seigneurs et du consentement du peuple, a élu p<)ur évêque Galon, homme d'une vie exemplaire, instruit des bonnes lettres et de la discipline de l'Eglise. Quelques-uns toutefois, du parti d'Etienne , qui a été refusé , et qu'il a voit gagnés par des fourrures précieuses et d'autres présents semblables, n'ont pas voulu consentir à cette élection , quoiqu'ils ne puissent alléguer aucune cause canonique. Ils se sont adressés au roi , et lui ont fait entendre que Galon est mon disciple et mon élève; et que ce lui seroit un grand adversaire si jamais il étoit évêque dans son royaume. Le roi, ainsi prévenu, ne veut point consentir à l'élection ni délivrer à l'élu les biens de l'évêché. C'est que le roi étoit en possession de ces biens pendant la vacance du siège. Ives continue : Les électeurs auroienl dc'jà eu recours à votre sainteté si leur métropolitain ne les relenoit, leur ayant donné jour avec les opposants pour les accorder , à ce que l'on dit ; mais peut-être veut-il adroitement empêcher la chose , suivant l'intention du roi. C'est à vous, saint père, à employer votre autorité pour soutenir ces clercs suivant la justice de leurs demandes, et continuer avec fermeté comme» vous avez commencé. Dans une autre lettre au pape, il ajoute que le roi avoit fait serment (3) que jamais de son vivant Galon ne seroit évcVjue de Reauvais. Si un tel serment, dit-il, ih'uI annuler une élection canonique, il n'y aura [)lus en France que des intrusions simoniaques ou violentes.
AndeJ.-C. \m\
Anselme écrivit aussi au pape en faveur de Galon, à la prière de l'église de Béarnais, dont il avoit conim le triste état du temps qu'il éloit au Bec , et il rendit témoignage qu'on ne pouvoit trouver [)Our ce siège un meilleur sujet. Galon fut en effet sacré évêque de Beauvais ; mais le roi, trop fidèle à son siTment, ne voulut jamais l'y souffrir. Ce prélat alla à Borne, comme il paroîl par une lettre d'ives de Chartres au pape Pascal, où il parle ainsi (1 ) : 11 y a des pécheurs qui, lorsque nous les voulons corriger et les tirer de leurs habitudes criminelles, nous apportent des lettres du saint-siége, surprises par je ne; sais quels artifices, pour se défendre de nous obéir, ce qui produit dans l'Eglise un mépris des commandements de Dieu, et une corruption de mœurs qui ne se peut exprimer; et, ce qui est de plus triste, c'est que ces hommes corrompus sont écoutés favorablement par les colonnes mêmes de l'Eglise, quand ils veulent calomnier les gens de bien. Ainsi, désespérant presque de laire aucun fruit, nous pensons souvent à nous décharger de l épiscopat, et, dans le dessein de vous entretenir sur cci sujet et sur plusieurs autres, nous sommes venus quasi jusqu'aux Alpes. Mais, sachant qu'on nous y dressoil des embûches , nous avons sursis notre voyage, et nous vous envoyons notre confrère l'évê^que Galon , qui est plus propre à se cacher dans les lieux dangereux. Nous avons mis nos paroles en sa bouche, atin qu'après l'avoir écouté, tant sur ses besoins que sur les nôtres , vous ordonniez ce que vous jugerez convenable.
Galon fit quelque séjour à Rome, et 1 histoire de Pologne porte que le pape Pascal l'y envova en qualité de légat; que, soutenu par l'autorité du duc Boleslas, il y condamna et déposa deux évêques; et que Ladislas, fils du duc, étant né pendant le temps de sa légation , il le leva des fonts avec des évêques du pays dans l'église de Cracovie (2).